Mise en garde.
Le texte qui accompagne les illustrations est peut-être sujet à critiques.
Il s'agit d'un récit autobiographique et le lecteur ne doit pas s'offusquer de l'orthographe, la grammaire et la syntaxe qui n'est pas toujours très correcte.
L'auteur s'excuse sincèrement auprès de celui qui aurait des reproches à lui attribuer.
******************************************************************************************************************


J’avais convenu de repartir cette année, une fois encore sur les chemins de Compostelle afin de me vider nouveau de toutes mes marques familières et m’imprégner à nouveau de pure nature. La recherche spirituelle n’était pas vraiment au goût du jour, mais j’étais attentif à prêter une écoute absolue à l’environnement que j’allais rencontrer.

Au départ, j’imaginais que ce chemin devrait être beaucoup plus calme que d’habitude puisqu’il sortait un peu des sentiers battus. Dans ce nouveau périple, j’avais pris la ferme résolution de marcher seul la plupart du temps. Je crois bien avoir respecter ce désir qui se trouvait être considéré comme un défi. Je me sentais dans une forme physique très acceptable. Cela ne fut pas une épreuve, mais bien au contraire comme je marchais souvent plus vite que d’autres randonneurs, je me sentais pousser des ailes.

J’ai trouvé beaucoup de sérénité sur ce chemin. D’une part par le paysage exceptionnel. Cette époque de l’année avait été vraiment bien choisie. D’autre part, par l’accueil rencontrer à chaque endroit.

La via de la Plata qui relie Séville à Astorga permet une autre approche du chemin. Seulement, quelques pèlerins la pratique. Probablement, une dizaine chaque jour et seulement au printemps. Reste donc à partir en quête et parcourir les 700 km qui relie le sud de L’Espagne au Nord.




Année 2018 - du 26 avril au 25 mai ... Arrivée à Madrid en avion...


26 avril 2018


Mon avion pour Madrid part de Bruxelles. Cette relation, ne m’as coûté qu’une somme modique car j’ai réservé mon billet sur Internet plusieurs mois à l’avance. Je reprendrai le train vers Séville car j’ai aussi un tarif de faveur sur ce trajet ayant fait ma carrière dans les chemins de fer.

Pat me conduit a Marbehan. Le train est à l’heure, je rencontre un ami qui vient d’être mis au courant de mon départ. Dans les petits villages comme Lahage, tout se sait très vite. Très discrètement, il me glisse un petit mot d’encouragement. Puis je l’invite à partager le siège d’en face, et nous discutons de mon projet. C’est un homme affable, il me quitte à Namur pour une autre correspondance. Changeant de liaison à Bruxelles Nord, je prends un train pour l’aéroport. C’est avec une demi-heure de retard que nous abordons les quais. Un évènement imprévu a perturbé le bon déroulement des opérations courantes. Peu m’importe, je suis très en avance. Lors d’un voyage de la sorte, je ne sous-estime aucun contre-temps qui pourrait mettre en péril ce départ.

Vers midi, j’enregistre mon bagage. En fait, il s’agit de mon sac à dos. Je suis obligé de le placer en soute car il ne satisfait pas aux exigences offertes par les compagnies aériennes. Après le passage en douane, il me reste encore une longue attende puisque mon avion ne décolle que dans deux heures.

J’attends avec impatience que le numéro du quai d’embarquement s’affiche sur le grand tableau d’affichage. Celui-ci, est pour l’instant vierge d’informations pouvant me servir. Il nous renseigne simplement que notre vol sera pris en compte à partir de 13h50.

A 14h15, alors que l’avion décolle à 14h35, une foule de gens s’attroupe autours de ce panneau, ne laissant que peu de place aux autres passagers qui désirent poursuivent au-delà.

Enfin, une annonce verbale vient compléter le manquement. C’est assez laconique et ne nous renseigne pas vraiment. Le communiquer se résume à ceci :
« Mesdames et messieurs notre tableau d’affichage rencontre en ce moment un défaut d’affichage. Veuillez vous renseigner auprès de votre agence de voyage pour connaitre votre quai d’embarquement. »
Cela ne fait qu’augmenter la confusion, tout le monde bondit dans tous les sens à la recherche d’un bureau de renseignement afin d’obtenir la bonne information.

Je capte une indication. Elle a été diffuser par une personne qui se rend dans la même direction que moi, celle-ci m’indique le numéro A66.

Misère, c’est situé tout au bout du couloir, celui-ci est totalement démesuré. C’est alors une course entre les passages fixes ou mobiles. Ceux-ci sont sensés accélérer le mouvement des voyageurs. Malheureusement, c’est souvent sans compter sur l’encombrement des couloirs mécaniques encourageant l’inertie des gens qui ne sont pas nécessairement pressés.

Avant d’arriver au bout de la gare, je remarque un attroupement au numéro A47. J’y remarque une inscription. Changement de programme, il s’agit de mon vol. Il reste à peine vingt minutes pour embarquer tous ce monde. Je suis toujours étonné de la quantité de personnes qui peut monter dans ces cigares volants.

Le vol reste peu attrayant, l’appareil est un A319 de construction française mais adapté pour chaque compagnie. On est très à l’étroit, je me retrouve à la place centrale et mon voisin de droite a même du mal à repartir sa forte corpulence dans son espace réservé.

Quoi qu’il en soit, l’avion décollera à l’heure. Le temps et la couverture nuageuse n’est pas pour encourager un vol tranquille. L’avion rencontre de fortes turbulences et vibre assez fortement. Mon voisin de gauche, un espagnol assez fluet, se signe. C’est peut-être par habitude afin de ne pas tenter le sort. Par chance le voyage ne dure que deux heures.

Notre approche de Madrid est très calme et l’atterrissage est parfait. Ce n’est pas la première fois que je me rends dans cette ville avec ce moyen de transport. Habituellement, nous nous arrêtons au terminal 4. Pourtant aujourd’hui, pas de bol, la situation est différente. Nous nous retrouvons au terminal 1-2-3. Cela me déroute, comment récupérer mon bagage ? D’autant, que l’on est invité à prendre un métro pour sortir.

Je cherche dans un premier temps, a rencontré un agent qui puisse me renseigner sur la façon de procéder. Eh bien oui, me dit-on, je dois emprunter la navette qui est interne à l’aéroport afin de rejoindre le terminal 4 où les bagages seront acheminés.

Au terminal 4, pas de problèmes. Je connais, le secteur et vu le temps que cela m’a pris pour arriver, les valises sont déjà en train de sortir de la bouche du portail numéro 8.

Pour sortir de l’aéroport, et emprunter un moyen public de transport, vous devez vous allouez d’une taxe de 3€ plus le coût du transport ce qui vous porte le prix à 5€. Maintenant, c’est un peu plus compliqué, car si vous n’êtes pas en possession d’une carte magnétique obtenue lors d’un voyage précèdent, celle vous coutera encore 2€ de plus, soit 7 euros.

Le train entre en gare et comme celle-ci est située au terminus, repars immédiatement dans l’autre sens. Je repasse devant le terminal 1-2-3 puis me dirige au centre de la ville. Il faut en gros environ une heure de métro. J’ai choisi de sortir à la station « Palos de la Frontera » qui est située à deux pas de la Calle de Canarias où se trouve mon logement. Celui-ci, est aussi très proche de la gare de Atocha.

Lorsque je débarque au centre-ville, il faut me resituer dans cet espace très animé. Rapidement, je reprends mes repères dans la ville et me dirige dans la rue en question. Il s’agit d’un immeuble dans une rue particulière ne comportant pas de commerces et encore moins d’hôtels. Et donc, je me retrouve un peu perplexe devant la porte d’entrée ne comportant pas de réception. C’est un peu la mode actuelle qui permet ce genre de transaction. Comme il s’agit d’appartement sans doute trop petit pour satisfaire à un logement confortable, certaines firmes proposent à la location courte un appartement assez réduit. Le temps de la location peu varié d’un à plusieurs jours. Ce lieu est en fait complètement équipé non seulement pour dormir, mais aussi comprend bien entendu une salle de bain, mais aussi une cuisinette ainsi que son matériel et aussi un coin pour manger jouxtant avec un petit salon. Mais mon problème est pour l’instant plus épineux, c’est la première fois que je me trouve devant ce cas particulier. En fait, il faut simplement téléphoner et une personne vient dans un temps variable, vous apportez les clefs et régler votre enregistrement. C’est aussi cela les réservations par Internet, sans vraiment d’interlocuteur verbal. Le prise de contact à l’arrivée peut être parfois empirique si vous ne maitriser pas correctement la langue. Mise en pratique immédiate de mes leçons d’espagnol que j’étaye tant bien que mal depuis plusieurs années.

Dés la fin de mon installation, c’est-à-dire presque immédiatement, il faut gagner la gare pour prendre une réservation. Elle doit pouvoir me permettre de me rendre avec le train rapide, qui s’appelle l’AVE, à destination de l’extrême sud de l’Espagne.

Je pénètre dans l’endroit réservé à la vente de billet. Il présente un ensemble de guichets. Un guichet est réservé à la vente du jour et une file de personnes patientent afin d’obtenir un titre de transport. Sept autres guichets sont réservés à la vente anticipative. La foule de gens qui poirotent en cet endroit est impressionnante. On vous invite à prendre un ticket d’attente à une borne d’accueil. Le numéro figurant sur le billet que je viens de prélever est le 193. Par contre le tableau affiche 736, je me demande si cela est vraiment réel, il y a plus de 500 personnes devant moi. Puisque je n’ai pas vraiment le choix, je resterai près de deux heures à attendre mon tour. D’autres personnes ont depuis longtemps abandonnés leurs perspectives et cela permet ainsi de faire avancer plus vite le compteur. Des sept guichets ouverts, rapidement, certain ferment au fil des heures. Bientôt, ceux-ci passent à cinq puis à un seul bureau ouvert. Réduisant ainsi fortement l’avancée des sollicitudes.

A 22h00, tous les bureaux seront fermés. Je guette avec inquiétude combien de personnes doivent encore être servie avant moi. A moins cinq, le numéro 193 s’affiche enfin. Il était temps, d’ailleurs je serai le dernier client. Il reste encore au moins vingt personnes derrière moi … ils reviendront demain “… lo siento, por la molestia” … Diront-ils au micro. (Désolé pour le dérangement !) Au guichet, décidément cela ne se passe pas vraiment comme je l’aurais souhaité. La société se retrouve victime de son succès. Je n’y avais pas prêté garde, mais je me retrouve face à un long weekend incluant le premier mai. Il y a une incomparable affluence de touristes qui ont prévu de descendre dans le sud.

Comme vous l’avez deviné, il n’y a plus de place dans aucun train pour le lendemain. Je suis horrifié, le premier train part à 7h30 du matin ensuite il y a un train toutes les quarante minutes pour Séville.

L’employée comprend mon embarrât, mais ne peut rien y faire, elle m’indique cependant :
- « Il me reste certaines places pour Séville mais seulement pour après-demain à 20h35, en première classe version CLUB … cela va vous coûter plus cher monsieur. Vous en réservez une ? »
- « Bien-sûr que je la prends. »
Me voilà au retour pour débourser 17€50 au lieu de 6€50 ce qui en fait ne ruinera pas considérablement mon budget. Je retourne un peu dépiter à l’appartement. N’y prenant pas garde, je parviens encore à m’égarer au retour. Ainsi, il est près de dix heures et demi du soir. Il me faut établir un plan de secours. De toute façon, je perds deux jours sur mon planning.

J’ai une date limite pour mon retour. Il a été fixé au 27 mai et ce pour des raisons personnelles mais est également défini par un planning de grèves sur le réseau SNCF.

Je téléphone à Pat qui me réserve une autre chambre à Madrid pour le lendemain. Ainsi, j’ai deux jours à tuer dans cette ville.



27 avril 2018


La nuit a été très calme. Puisque je reste à Madrid aujourd’hui, je ne suis pas trop pressé de quitter le logement. C’est vers 11h30 que je quitte les lieux. Je me dirige vers le centre-ville. Pat m’a réservé une chambre dans une auberge de jeunesse près de la Plaza Major. Je trouve un restaurant pas très loin. Au centre-ville, il y a encore une manifestation qui revendique je ne sais quelle cause. C’est chose courante dans la capitale Espagnole. Du reste, il y a toujours des manifestations de toutes sortes à Madrid. Ensuite, je vais me promener dans un parc en contre bas du palais royal, cela s’appelle « los Jardines de Sabatini » c’est un endroit beaucoup plus calme. Il est fréquenté par des étudiants en arts. Ils recherchent sans doute un bon endroit pour symboliser une œuvre qui figure depuis de nombreuses années en ces lieux.

Puis je me dis qu’il serait judicieux d’aller faire tamponner ma crédenciale à la cathédrale afin de marquer mon passage de pèlerin dans cette ville. Je remarque un petit bureau où quelques objets sont mis à disposition pour les touristes. Je fais ma demande, mais la jeune personne, d’ailleurs très sympathique, me dit que les cachets sont délivrés dans une autre église, à Parroquia Santiago y San Juan situé dans une rue pas très loin de là. Mais à cette heure, celle-ci est fermée, le portail ouvre ses portes a 18h00. Qu’à cela ne tienne, je reviendrai dès cette heure.

A force de petite balade dans la ville, voici 14h00 qui s’annonce. Je vais de ce pas prendre connaissance de mon nouvel hébergement. Je me dirige donc vers le « Toc Hostel Madrid ». Au moins, je pourrai laisser mon sac en ce lieu et je serai ainsi alléger de la sorte. Dés que je rentre dans l’immeuble, je me rends à la réception. C’est quand même plus facile pour s’exprimer que par téléphone. L’enregistrement est réalisé et c’est votre empreinte de doigt que déverrouille la serrure de la chambre. Il s’agit d’un dortoir, six personnes peuvent prendre place dans la chambrée. La vie de pèlerin commence dès cet instant.

Plus tard, je retournerai à l’église. J’y serai reçu par un prêtre qui me demandera mes motivations. Quoique de plus normal en quelque sorte. C’est un nouveau voyage sur un parcours chrétien que je commence à nouveau. Quand je lui dis que je compte me rendre à Sevilla et ensuite traverser l’Estremadura par la Via de la Plata. Il me répond :
« Vous allez y avoir chaud sur cette piste, mon jeune ami »
A présent, je peux démentir ses dires, car à cette époque de l’année, jamais n’ai subi de grandes chaleurs. Peut-être suis-je tombé sur une année rarissime.

Vers 21h00, je rentre dans la chambre. Il est temps de prendre le rythme. Dans quelques jours, ce sera probablement aux alentours de cet intervalle que je me coucherai, vu que le réveil risque de se situer aux aurores. C’est aussi un principe pèlerin.

Je suis tranquille dans la chambre. J’ai remarqué qu’un autre lit est occupé, mais pour l’instant il n’y a personne. Toutefois, je ne dormirai pas de suite. Grâce à Internet, j’écoute une radio locale concitoyenne et je l’apprécie à sa juste valeur. En même temps, je me détends avec un peu de lecture. Ce sont des fichiers inébranlables sortis tout droit de mon portable qui ont l’avantage d’être abondants et de ne rien peser dans mon sac à dos.


28 avril 2018


Etant au centre-ville et face à la rue, comme je le soupçonnais le bruit de la ville se répand à foison dans la chambre. D’autant, que la fenêtre est restée ouverte. Cela n’aurait pu en être autrement, il est plus que nécessaire d’amener un peu d’air frais dans cet endroit.

Je me resigne et tester à nouveau, une paire de boules Quies. Pour moi, c’est généralement efficace et heureusement approbateur à un sommeil bienséant.

Dès le matin, je m’aperçois que nous étions quatre à partager la chambre. Un couple s’étaient installés dans les lits d’en face mais étaient restés très discrets. Je ne les avais à peine remarqués. De plus, ils étaient partis assez tôt ce qui fait que j’aurais bien eu du mal à leurs attribué une physionomie. Par contre celui qui s’était installé en dessous de moi, bien qu’il n’eût pas été d’une grande gêne, avait fait la java toute la nuit. A présent, il dormait à poings fermés.

Je reste dans la chambre jusqu'à 10h00. Je connais un établissement à deux pas d’ici qui offre un buffet petit déjeuner pour 6€, cela me convient très bien.

Ensuite, je me dirige vers le parc du Retiro. C’est très bien pour y passer une journée a flâné. Mais la journée n’est pas vraiment radieuse. Le temps a bien changé depuis hier. Je suis à la recherche d’un banc placé dans une zone ensoleillée. Mais, le soleil ne renvoie que peu de chaleur, vu qu’il y a de plus en plus de nuages dans le ciel. J’ai changé plusieurs fois de place. J’ai parcouru le parc de long en large. En fin de compte, je me demande si je n’ai pas déambulé autant que si j’avais dû marcher une journée de randonnée normale. Je croise un petit restaurant, il doit être dans les quinze heures, je consomme une pizza. Par instinct, je me retrouve non loin de la gare d’Atocha. Il est encore loin d’être l’heure, mais avec ce vent cela devient très désagréable de marcher sans vraiment de but. Je m’y rends donc. Par curiosité, je vais observer s’il y a une longue file aux guichets des réservations de billets. Non, c’est vraiment beaucoup plus fluide. Seulement une cinquantaine de personnes attendent leur tour. Cela me fait bien rire, de toute façon, ils ont intérêt à voyager dans quinze jours, s’ils veulent attraper un train qui pourra les accueillir. J’attends encore près d’une heure, puis vu qu’il est presque 19h30, je monte à l’étage. C’est prévu ainsi pour les relations longue distances. Mon train est dans une heure, mais attendre ici ou en haut n’a que peu d’importance.

Premier contrôle de mon ticket avant de passer mon bagage au scanner. On ne lésine pas sur la sécurité. Depuis les attentats, celle-ci est indubitablement renforcée. Deuxième contrôle avant de déposer mon sac à dos sur le tapis roulant pour observation. Voilà, je suis dans le grand hall où les liaisons grande ligne partent. Il est à présent impossible de retourner en arrière, sans devoir de nouveau repasser par tous les contrôles.

Toutefois, il y a quelques distractions, dont un espace Web gratuit. Et celui-ci fonctionne admirablement. Alors on rezape sur les mobiles. J’en profites pour remettre à jour mes cartes pour mon application GPS, cela pourra sans doute me servir plus tard. Enfin, je passe le temps. De toute façon, impossible de se rendre à quai, la voie ne sera affichée qu’en dernière minutes. En effet, vingt minutes avant le départ, le tableau renseigne sur le quai où se rendre. Et c’est de nouveau la folie, tout le monde veut embarquer en même temps. C’est sans compter sur un nouveau contrôle avant de pouvoir descendre sur les quais. Donc, une file se propage à la vitesse de l’éclair prenant des proportions effarantes. Rappelons que les trains sont complets. Néanmoins, dés le moment où les gens respectent leur ordre, l’avance est cependant rapide.

Je suis sur le quai 11, il est 20h20, mon train est affiché c’est l’AVE 02202 vers Malaga M. Zambrano JBA, Puente Gentil HI… la suite des destinations défile sur l’écran. Le long ruban des voitures s’allonge à l’infini, et comme de bien entendu, je dois me rentre à l’autre bout du quai. Au centre, deux motrices sont attachées, je ne peux que remarquer la forme aérodynamique de cet ensemble moderne. Je trouve enfin ma voiture. Et je m’installe dans le coche 22, il est 20h30. Le niveau de la classe est prestigieux. Tout est soigné, les places sont larges et particulièrement confortable. Un écran de télévision diffuse un film.

A 20h43 nous roulons déjà à 189 km/h cette vitesse sera portée à 300km/h dans 20 minutes. Selon l’affichage, il fait 15°dehors.

Après un voyage tranquille, le train rentre en gare de Séville. Il est 23h30. Je me dirige vers la salle des pas perdus. La plupart les voyageurs quittent rapidement les lieux et bien vite l’immense hall se retrouve quasiment désert. Je m’assis sur un banc et je réfléchis. Vais-je rester quelques à attendre le levé du jour à cet endroit ? Sinon, que faire ?


29 avril 2018


Premier jour de marche : Séville - Santiponce - Castilblanco de los Arroyos

42.42km - 407m + départ Sevilla : 23h37(le 28-05) - arrivée Castilblanco : 13h35


Je suis assis depuis cinq minutes. Je remarque un couple de jeune gens qui déambulent avec leur vélo. J’observe une vielle personne assise sur un banc, elle possède des sacs en plastique dans une poussette de magasin, probablement une SDF qui viens se réfugier quelques instants dans un endroit abrité. Pour combien de temps, avant que la sécurité la force à quitter les lieux ? Je ferais bien d’y prendre garde, avant qu’il ne m’arrive quelque chose de similaire. Il ne fera pas clair avant sept heures cela risque d’être empirique quelque fusent mon choix.

Je n’ai guère l’habitude de marcher de nuit. Qu’à cela ne tienne, cela sera une nouvelle expérience. Et après tout, ne suis-je pas là pour tester une nouvelle aventure insolite.

Je me lance. Il est bientôt minuit et il pleut légèrement. En outre, un vent frisquet me fait frissonner. Je remets donc une épaisseur. Ne croyez pas que la ville est calme, nous sommes dimanche et toute une vie se développe. Une bande de jeunes en vadrouille chahutent lorsque je traverse un pont alors que je n’ai pas fait cinq cents mètres. Un individu relativement éméché me demande si je n’ai pas d’eau à lui présenter. Je passe mon chemin, restant indifférent.

Je passe à l’arrière de la cathédrale, ce lieu de culte est bien entendu fermé. C’est plutôt l’heure de la débauche plutôt que celle du culte. Cependant je suis étonné, le centre-ville de Séville est beaucoup plus calme que celui de Madrid. Il est vrai que celle-ci est réputée pour sa vie nocturne où danser et batifoler jusqu’au matin est chose habituelle.

J’évolue par les petites rues. Il ne pleut plus, d’ailleurs cette humidité n’a été que de courte durée. Je passe devant la Plaza de Toros de la Maestranza, mon GPS m’indique que j’ai déjà parcouru plus de trois kilomètres. Je passe dans un espace piétonnier et traverse le pont de Triana, aussi appelé Le Pont Isabelle II. Il enjambe la darse du Guadalquivir, qui traverse la ville du nord au sud. Mon chemin continue par la traversée d’un parc qui aboutit directement sur un autre pont longeant l’autoroute et qui traverse le grand fleuve Guadalquivir. Après, j’emprunte un chemin de traverse qui m’isole pour un temps de la ville. Je ne sais si ce parcours, fournis par mon GPS, était des plus judicieux car il est occupé par une multitude de chiens errants qui ont une folle envie d’en découdre. A peine sorti de cette zone turbulente, je me retrouve sur un itinéraire du chemin de Compostelle, je remarque certains fléchages.

Comme la zone est campagnarde, bien que l’autoroute poursuivre sa progression a quelques centaines de mètres, je fais un petit détour pour m’éloigner d’un endroit où j’ai entendu de furieux aboiements. Vu mon expérience récente, je préfère éviter de me retrouver face à face avec un molosse. En fait je n’avais aucune raison de m’inquiéter, il s’agissait d’un bâtiment industriel particulièrement bien surveillé mais protégé par une zone sécurisée.

Après avoir sillonné sept kilomètres, en passant sous le pont de l’autoroute, j’aborde Camas située dans les faubourgs de la ville. Je longe les blocs de bâtiments urbains. Ce sont des cubes blancs, ils sont pratiquement identiques et rapprochés, sans grand esthétique. Ils ne sont conçus que pour le logement des citadins.

Je longe une longue piste cyclable afin de rejoindre Santiponce. Peu après je quitte enfin la ville.

Je quitte la route pour une piste empierrée qui me conduit dans un premier temps dans des jardins particuliers puis ensuite viennent les champs. Le chemin me reconduit vers la grande route, bien que restant en site propre. Ensuite, je repasse sous l’autoroute et longe pendant pas mal de temps la Rivera de Huelva. Je passe au pied d’un énorme cylindre tout en hauteur. Ce n’est en réalité, qu’un château d’eau. Celui-ci est décoré de deux dessins. C’est un aboutissement visuel rappelant certaines bandes dessinées japonaise. Ils sont d’une taille impressionnante. Or, il fait nuit et impossible de réaliser une photo par manque de lumière. Après un bref détour pour traverser la A-5079, j’emprunte un chemin fléché. Ainsi vient, une longue ligne droite qui se prolongera pendant près de huit kilomètres.

Je marche ainsi dans la nuit profonde. La pleine lune ainsi que la voute céleste sont complètement dégagées. Cela me permet de me diriger aisément. Mon GPS me fournit également un tracé très approprié. Je porte cependant une lampe frontale, mais ne l’utilise que sporadiquement. D’autre part dans cette campagne, j’avance sournoisement. Et pourquoi cette discrétion, me direz-vous ? Parce qu’a chaque fois que je produis de la lumière, j’entends des aboiements de chiens. Parfois ils sont très proches, mais en réalité, je suis tenté de penser qu’ils sont vraisemblablement en captivité. Ils doivent surement surveiller leur propre territoire derrière une enceinte. Quoi qu’il en soit, je préfère rester discret.

Dans une zone en contre bas, une rivière barre le chemin. Tâtant avec précaution, à l’aide d’un de mes bâtons, je remarque de suite qu’il me sera impossible de traverser sans me déchausser. J’enlève aussi mon pantalon et glisse mes pieds dans ma paire de sandale afin de me protéger d’un corps étranger qui pourrait trainer au fond de ce cours d’eau. Mes chaussures liées autour de mon cou et mon sac à dos porté au plus haut, je progresse dans l’eau glacée d’une couleur douteuse en sondant à chaque pas pour éviter de tomber dans un trou. Enfin, j’arrive sur l’autre rive. J’ai eu toutefois de l’eau jusque mis cuisses.

Ce bain forcé n’est pas fait pour me réchauffer. Je me sèche donc et je m’empresse de remettre ma tenue de randonneur. Néanmoins, des arbres bordent mon arrêt forcé. Ainsi donc, il est inévitable que j’allume ma lampe. Cela ne dure qu’un instant, et déjà des chiens ont remarqués ma présence. Je me presse donc à quitter cet endroit hostile et lugubre.

En haut d’une colline, je remarque une ferme. Je m’empresse de passer mon chemin. Plusieurs cerbères canins émettent leur clameur caractéristique. Je viens de marcher pendant plusieurs heures, et je ressens à présent quelques lassitudes. Mon GPS m’indique que j’ai parcouru 21.7 km. Il est près de quatre heures du matin. Le long de la route, sur le côté gauche, je remarque qu’a intervalle régulier se trouve des gros cylindres en bétons qui dépassent du sol d’environ quatre-vingt centimètres. Ceux-ci sont recouvert par une dalle épaisse et servent probablement pour l’irrigation des cultures en été. Ma lampe frontale balaie l’horizon en un tour général. Je prête l’oreille, ne reçoit aucun bruit, aucune clameur. Ce tube convient très bien. Il se verra être un havre serein et pour peu d’une sécurité toute relative.

L’expérience m’as forcé a emporté un léger matelas gonflable. J’ai une sainte horreur de dormir à même le sol, c’est parfois utile dans certaines situations extrêmes. Ainsi, comme je suis dans ce cas de figure, après l’avoir gonflé, je suis prêt pour passer le reste de la nuit à la belle étoile. Et ce n’est pas peu dire car le reflet de celle-ci m’oblige à me couvrir entièrement le visage avec mon sac de couchage. Ainsi, je m'allonge pour quelques heures en pleine nature à un endroit à l'abri des regards. Il ne pleut pas mais il y a beaucoup d'humidité et une petite brise ne porte pas la température à plus de 7°. Bien au chaud dans mon sac de couchage, je ne tarde pas à sombrer dans les limbes.

C’est un tracteur passant sur la route qui me sort de mon sommeil. Je ne pense même pas que le conducteur n’a remarquer quoi que ce soit. Il continue son chemin sans s’attarder. Peut-être, qu’il n’en marque que de l’indifférence à ce genre de situation. Il reste, qu’il a sans doute d’autres chats à fouetter.

Quoi qu’il en soit, je ne désire pas m’attarder à cet endroit plus longtemps. Je replie mon bagage puis je reprends mon chemin. D’ailleurs, il est près de 8h00 et les oiseaux gazouillent et batifolent dans la campagne souriante. Les rayons du soleil portent déjà au-dessus de l’horizon. Le chemin tourne un peu plus loin et rejoint une grand-route nommée la A-460. Je passe devant la Residencia Canina y Felina Ruta de la Plata. Décidément, la gente canine m’accompagne partout c’est dernier temps.

Une demi-heure plus tard, j’aborde la petite localité de Guillena. Je dépasse l’auberge « Luz del Camino », tout est calme. Elle n’a probablement pas hébergé de pèlerins cette nuit. Ou tout au plus, ils sont déjà partis. A l’origine, j’avais pour but de m’y arrêter pour la nuit. En fin de compte, par cette marche de nuit, je viens de regagner un jour sur mes prévisions.

Il est temps à présent de se diriger vers un bar ou je pourrai prendre mon petit déjeuner. J’ai bien de quoi survivre dans mon sac, mais c’est toujours plus alléchant de se réconforté par quelque chose fraichement préparé. La première vitrine est fermée mais je repère rapidement un autre établissement. Celui-ci est ouvert, et déjà une activité fébrile anime la salle.

Il s’agit d’un bar typique de l’Andalousie, on remarque la pompe à bière qui fait toujours partie du décor. C’est très courant en Espagne même dans les villages les plus reculés. Au-dessus du comptoir des jambons et autres embutidos sont accrochés à des sortes de pendoirs. Aux murs des images qui évoquent le chemin de Compostelle montre que celui-ci reste très populaires en cette région.

C’est alors le moment de commander un solide repas avec un bocadillo con jambon, café con léché, et sumo pour quelques euros… D’ailleurs, je reprendrais bien un second café, cela ne me ruinera pas.

Je quitte cette petite ville, en même temps que deux autres pèlerins. Pourtant, ne m’avait-on pas prévenu que je n’en rencontrerais que très peu? Voilà qui me réconforte, je ne serai probablement pas seul très longtemps, pour autant qu’un dialogue puisse se créer.

Je marchais plus vite qu’eux, et je ne les jamais revus par la suite. Dans un premier temps, on longe la route qui nous dirigent vers la sortie d’une petite zone artisanale. Je quitte alors les secteurs urbains pour m’engager dans un chemin champêtre. Peu après, je passe devant l’école de pilotage, je suis du reste assez surpris par l’avion léger qui passe au-dessus de moi à plusieurs reprises.

Le terrain à cet endroit prend l’allure d’une douce pente ascendante. Je croise plusieurs fois, un jeune homme qui lambine un peu. Et c’est ainsi que je fais la connaissance d’un espagnol. Il parle un peu français mais a besoin de le rafraichir. Cela me convient bien, mon espagnol a besoin aussi d’être améliorer. Nous nous côtoierons pendant plusieurs jours, il me parlera en français, je lui répondrai en espagnol. C’est un bon échange de procédés. Très rapidement, je saurai qu’il se nomme Jerónimo. Il habite à Barcelone mais provient d’Estrémadure. Cela tombe bien, c’est dans cette contré que je compte me rendre.

C’est vers 14h00 que nous arrivons à Castilblanco de los Arroyos. Nous passons devant la station Repsol et l’albergue se trouve juste derrière, en peu en hauteur. Nous sommes pris en charge par un hospitalier qui nous dirige vers le dortoir. Le prix n’est pas défini, chacun donne ce qu'il lui semble correct. On appelle cela le donativo.

On commence par faire sa lessive que l’on met pendre sur une grande terrasse située au-dessus du bâtiment. Ainsi on peut observer tout le village.

Ainsi, j’adopte très vite cet autre régime de vie. Il se trouve, qu’il serve à diner au café situé presqu’en face et que j’en profiterais bien pour aller jeter un coup d’œil au menu du jour.

L’ambiance dans l’établissement est un peu turbulente, mais il va falloir s’y habituer. De plus, nous sommes dimanche et celui-ci est bondé.

Plus tard après une petite sieste, je me dirige vers les cuisines. L’hospitalier prépare le petit déjeuner pour le lendemain matin. Je retrouve Jerónimo et d’autres compagnons. Les discutions vont bon train, rarement en langue française. J’essaye d’y prêter une attention particulière.

La literie est confortable, nous sommes tout un groupe situé dans deux chambres adjacentes. Je prépare mes protections auditives.

Sur mon lit, je repense à ma journée particulièrement copieuse. Depuis Séville, j’ai parcouru un peu plus de quarante-deux kilomètres. Ce fut un peu semblable à un marathon… mais comme je n’ai pas couru, je n’en ai pas perdu la vie. Toutefois, je ne m'en croyais pas capable...



30 avril 2018

30avril

Castilblanco de los Arroyos - Almadén de La Plata

29.29km - 535m + départ Castilblanco : 7h37 - arrivée Almadén : 13h33


En fait, nous étions dix huit dans l’auberge municipale. Elle était presque complètement occupée. Vu ces circonstances Jerónimo m’a conseillé de réserver une place à notre prochaine étape. Cela nous évitera de devoir galoper pour arriver les premiers. Ainsi, il réserve trois places. Le premier qui arrive retient et positionne les autres, si cela est possible.

J’ai dormi comme un loir, et pour causes, après les kilomètres d’hier, j’étais vraiment fatigué. Après m’être installer sur mon couchage, j’avais lu trois pages d’un roman sur mon portable. Celui-ci était resté allumer toute la nuit. Heureusement, il était branché sur le secteur.

Je me réveille en sursaut. Dans un premier temps, je n’ai pas encore compris que je suis loin de chez moi. Progressivement, je reprends pied. Je jette un coup d’œil a ma montre. Mince, il est près de sept heure, ils sont quasiment tous partis.

Après avoir remballer mon barda, cela ne prend que cinq minutes, je passe à la cuisine. Reste t’il quelques choses à avaler pour le petit déjeuner ? Oui, car tout le monde est honnête (normalement) et ne se goinfre pas, même si c’est compris dans le prix. Ce matin, j’apprécie vraiment la salade de fruit préparée avec amour par notre hôte.

Il est passé sept heures trente lorsque je pars. Mon copain l’espagnol d’hier est déjà partit. Bien, je partirai seul encore ce jour. Je respecte encore une fois mon vœu d’être solitaire.

Je découvre la ville, déambulant dans les rues étroites, je n’ai pas encore remarqué de flèches. Je débouche sur la grande route qui conduit à la prochaine ville. En face se trouve une fontaine, une sainte relique trône au centre d’une arche disposée au centre de l’étrange édifice. Sur la face avant, un petit panneau arbore l’insigne du chemin ainsi qu’une flèche directionnelle.

Cette route, nous la suivront pendant quinze kilomètres. La circulation n’est pas abondante, il s’agit d’une route secondaire. Impossible de faire autrement, par contre après cette fatalité du macadam, notre récompense se prépare. En effet le chemin nous conduit dans le Parque Natural de la Sierra Norte de Sevilla.

Des bornes de formes triangulaire nous indique clairement le chemin à suivre. La piste en gravillons nous entraine dans un paysage vallonné. La végétation est luxuriante. C’est une myriade de fleurs aux tendances violines. Dans un groupement de chênes liège, un mirador de surveillance aux couleurs jaunâtres s’élève vers le ciel. Ce dernier est un peu nuageux mais la température est idéale. A intervalle régulier le cours d’eau passe sur la route. Mais pas de problèmes des blocs surélevés nous permettent de franchir l’obstacle les pieds au sec. J’en franchi un, un peu plus loin se présente une gigantesque infrastructure complètement en ruine.

Nous marchons à présent à plusieurs. J’encadre un français, qui me demande avec quoi je marche. Est-ce que je me fie uniquement aux balises implantées sur le terrain ? Je lui signifie que la plupart du temps, c’est ce que je fais. Bien que régulièrement, je jette un coup d’œil sur mon application GSM et je lui dis que je fonctionne avec Sport traker que je trouve parfait pour l’usage que j’en fait. Il semble intéresser mais son portable présente un petit souci, son GSM a une batterie un peu faible.

Et voilà, nous voici partit dans des discutions pratiques qui sont peu enclines au chemin.

Quand je dis qu’il vaut mieux marcher seul et profiter pleinement du milieu ambiant !

Le chemin se poursuit donc, nous abordons ainsi une forte montée cela nous conduira promptement à notre village de relâche.

Au sommet de la colline, chacun s’arrête pour donner une œillade sur le paysage qui s’étend à nos pieds. Mais la halte est de courte durée, un coup de tonnerre gronde au loin, prémisse d’un orage qui s’approche. Nous n’arriverons pas au sec jusqu’au village. L’averse, que dis-je, le déluge s’abat sur le petit village. Nous nous empressons de trouver le logement où notre choix s’est porté. Naturellement dans notre hâte, nous ne faisons que nous égarer. Bien que Almaden de la Plata ne soit pas bien grand, lorsque je frappe à la porte de l’auberge, je dégouline de partout. Je suis accueilli par une charmante hôtesse qui ne se préoccupe en rien de mon état déplorable. Et c’est ainsi que je franchi la porte en fer qui me conduit dans la salle des pèlerins de l’auberge « La Casa del Reloj » que l’on pourrait traduire par « la maison de l’horloge ». Mon choix se porte sur le premier lit que je rencontre. Je suis le premier. Où sont les autres ? Moi qui pensais entre le dernier.

D’autres gars suivront, je retrouverai Jeronimo dans la journée. Puis ferai la connaissance d’un français qui part pour la première fois sur les chemins vers Compostelle. C’est bien inhabituel de commencer ainsi son pèlerinage par une voie de traverse.

Il marche avec des souliers trop petits, il a bien peu d’expérience de la marche à pied. Bien que nous ne sommes qu’au début de nos pérégrinations, il présente déjà quelques symptômes de fatigue et ne ressent plus aucunes sensation vis-à-vis de ses pieds. Quoi qu’il en soit il est résolu à poursuivre coûte que coûte. C’est devant un verre bien salutaire, car le soleil est revenu et la chaleur se fait à nouveau sentir, qu’il me raconte un peu de son histoire. L’état français avait selon lui, beaucoup tardé pour le lui reconnaitre le droit à la retraite alors qu’il répondait à toutes les exigences requises. Ainsi, dés que ses papiers avaient été totalement en ordre, il voulait se sauver loin de son pays natal.

Il est près de cinq heures lorsque l’auberge affiche complet. L’ambiance est un peu plus tumultueuse puisqu’à présent la plupart des couchages sont occupés.



1 mai 2018


Almadén de La Plata - Monasterio

36 km – 652m + départ de Almaden : 6h29 - arrivée à Monasterio 15h02


Voilà, je suis de nouveau habitué à dormir dans un ensemble commun. J’ai décidé la veille de me lever un peu tôt, j’ai pas mal de chemin à parcourir. Un reloj en la cabeza, rappelez-vous je loge dans la maison de l’horloge et c’est ainsi que sans réveil, je m’extrais de mon sommeil. Il est 6h00, il est plus que temps que je me lève. Mon sac est préparé de la veille, je le descends en bas de l’escalier. Je remonte chercher le reste de mes affaires ainsi que quelques produits placés au frigo. Après avoir fini de compléter mon sac, je me glisse dehors. Le petit matin me surprend. Il ne fait pas très chaud. Bien que le jour tarde encore à se lever, ça va le ciel est dégagé.

Mes pas encore indécis m’emmènent devant le bar La Morena. Celui-ci est ouvert. C’est une aubaine, je vais pouvoir prendre un petit déjeuner avant d’entamer cette rude journée. Néanmoins, lorsque je ressors de l’établissement, il et presque 7h00. Toutefois, je suis satisfait et c’est rassasié que j’entame ma prospection du jour.

La lumière d’un nouveau jour naissant se dessine à l’horizon. La route monte en peu, je passe devant les arènes de la cité, puis je m’enfonce dans la campagne. N’y prenant pas garde, je continue un chemin qui contourne une colline. Après 500m, je vérifie sur mon GPS et m’aperçoit de mon erreur. Décidément, j’ai encore une fois l’art d’allonger mon parcours inutilement. Je franchis une barrière avec obligation de refermer la porte car je rentre dans une zone de pâturage. Une pancarte m’indique que Real de la Jara serra le premier village que je rencontrerai. Il y a une auberge pour pèlerins, mais il sera sans doute beaucoup trop tôt pour je m’y arrête. Il ne se trouve qu’à 12,4 km.

Je suis à nouveau dans le parc national de la Sierra. Le chemin est bien indiqué. J’atteins un haut bloc de granit qui borde la Camino de Santiago alors que les limbes de la nuit s’estompent. Je passe devant plusieurs fermes mais tout est encore endormis. J’évolue ainsi par les quelques tertres couverts d’arbres aux allures biscornues. Le petit étang d’où s’échappe un brouillard impalpable qui mire un ciel s’avérant nuageux me donne l’impression de naviguer dans une forêt un tantinet fantasmagorique. Et c’est ainsi que je découvre, cette garrigue, composée de roches blanches et gluantes, où se développe le romarin, le thuya, le ciste et d’autre plantes innombrables. Toute cette végétation luxuriante aux couleurs criardes est entrecoupée de chênes verts et de chêne-liège. Ces prés qui enrichissent la terre et qui fournissent de la nourriture pour les espèces domestiques ainsi qu’un abri pour les cohabitants plus sauvages. En Espagne, ils appellent cela la « Dehesa » Je quitte l’Andalousie à Réal de la Jara où je pénètre en Extremadura. Je découvrirai donc cette région au printemps en parcourant ses chemins semi vallonnés sur plus de 300 km. A l’entrée de Real, j’aperçois l’auberge pour pèlerin. Cela à l’air confortable, c’est ouvert mais il n’y a personne. Et pour cause, il est 10h00. De toute façon, il est trop tôt pour que je m’arrête. Cependant, il va me falloir prolonger ma marche sur une assez longue distance, le prochain hébergement se trouve encore a plus de vingt kilomètres.

Le village se découpe en petites ruelles qui rejoignent la rue principale où se trouve une petite épicerie. J’y achète quelques petits trucs dont j’imagine avoir besoin. En autre, je trouve une plaquette de pinces à linges. C’est toujours intéressant, cela ne pèse trois fois rien et bien que vous en trouviez régulièrement sur les lieux où vous faites étape, lorsque vous arrivez avec votre linge à pendre, les autres sont toujours avant vous et les ont utilisées. Donc après une pause, qui n’en est pas vraiment une, si ce n’est que le sac est resté à l’entrée du magasin, je repars en vadrouille.

En sortant du bourg, je regarde à droite a gauche. Mon regard se porte sur une église située a ma gauche. En vaut-elle le détour ? Et c’est ainsi que je n’aperçois pas le panneau indicateur qui se trouve juste sur mon chemin. Oh là là, la baffe que je me ramasse. Ainsi qu’une fameuse plaie sur le front. En plus un groupe de scouts se profilent non loin de là. C’est impossible qu’ils n’aient pas assistés à la scène. Ils doivent braiment bien se marrer. Quant à moi, j’en vois trente six chandelles. Le temps de reprendre mes esprits après une centaines de mètres, je m’arrête pour prendre une pommade qui pourra un peu me soulager. Et naturellement, je râle un peu car je fouille dans chacune des poches de mon sac pour trouver mon remède. Pendant ce temps les jeunes passent devant moi et prolongent leur randonnée.

La visite de cette église n’est plus d’actualité. J’en ai même oublié l’intérêt. Par contre, je remarque les vestiges haut dressés d’un ancien château fort. Il possédait huit tours à l’origine. Les meurtrières étaient disposées autour des murs afin de fournir une défense en cas d'attaque.

Je reprends ma marche d’un bon rythme et rattrape vite le groupe de jeunes espagnols. Ils viennent de traverser un ruisseau et le passage en file indienne les a retardés. Le paysage change peu, mais les champs en fleurs sont plus visibles car les chênes sont clairsemés. Pour le moment le temps est parfait.

Une petite rivière traverse la route et plusieurs véhicules passent à toute vitesse, ce qui engendre un grand éclatement de gerbe d’eau. Espérant qu’il n’y a plus de passage motorisé, je prends le temps d’une petite pause. D’une part pour reprendre un ravitaillement nécessaire mais surtout pour retirer mes chaussures profité de l’aubaine pour marcher pied nu dans l’eau fraiche de l’Arroya de la Llama.

Pendant ce moment de détente, je suis dépassé par une femme. Nous nous sommes déjà croisés ultérieurement. A tour de rôle, je me retrouve devant elle puis, le temps d’une petite pause, elle reprend les devants. Bref, je m’aperçois qu’elle marche quasi à la même allure que la mienne.

Je remets mes chaussures et reprend le chemin avec une ardeur nouvelle. Je pense alors qu’éventuellement, nous pourrions allier nos pas.

Mais pour l’instant ce n’est pas encore possible, elle est repartie comme un météore. Je n’ai pas envie de trop forcé dés à présent. Il me reste encore à parcourir au moins huit ou neuf kilomètres et la fin du parcours se présente en forte pente montante.

Je quitte alors très vite le chemin champêtre pour aborder la grand-route puis encore une autre artère plus importante. Je remarque à ma droite le Complejo Leo. C’est un centre de ravitaillement pour les usagers du bitume. Il y a même un complexe hôtelier. Je pourrais pareillement profiter de l’aubaine. Pour autant, je considère que cet endroit n’est pas très conventionnel à mon but. Je traverse l’autoroute. Je passe devant ce qui fut une petite chapelle. Par contre, celle-ci est complétement délabrée sans doute parce qu’elle est perdue et enfermée dans un labyrinthe de bretelles routières. A quelques pas, je bifurque vers un sentier plus arboré. En outre, j’ai perdu de vue « ma Hollandaise ». Il y a quelques instants, je l’observais à quelque distance. Ensuite, pfft, plus l’ombre de marcheurs devant moi.

Le passage est étroit. Il longe l’autoroute et est assez escarpée. Il me reste encore près de huit kilomètres à parcourir aujourd’hui. Mais ceux-ci se feront inévitablement en montant. Je reprends une large piste et un chien me colle au train. Il me suivra pendant une grande distance. Il n’est pas féroce, mais je n’ai pas envie qu’il s’incruste. Que ferais-je avec un animal dans mon périple ? D’autant que les chiens de compagnie ne sont jamais acceptés dans les hébergements en Espagne. Je le chasse en lui criant qu’il aille se faire voir ailleurs. Comme s’il pouvait me comprendre ! Mais, la situation devenait toutefois un peu comique. La bête avait compris qu’elle n’était pas la bienvenue en ma compagnie. Donc, chaque fois que je me retournais, il arrêtait tout mouvement. Puis je reprenais mon allure et celui-ci reprenait à mon insu sa progression. Je passe alors devant une ferme et je me dis qu’il va sans doute rejoindre ses maitres à cet endroit. Toutefois pas de bol, tout en restant à bonne distance, il continue son chemin comme si de rien n’était. Il s’immobilise lorsque je le regarde et chaque fois, il m’observe d’un air penaud.

Aux abords de la ville, je me retrouve seul. L’animal a disparu comme par enchantement. Aurais-je rêvé cet épisode ? Comme nous sommes dimanche et que c’est encore l’heure de la sieste, je ne vois pas d’âmes qui vives.

Comme je viens de franchir un relief de terrain très important, il serait bon que mon hébergement se trouve à proximité. Cependant, rien ne me sera épargné ce jour. Découvrant un plan de la ville, je situe rapidement l’auberge à l’extrémité supérieur de la cité.

Mon GPS ne fait pas de prouesses et j’ai bien du mal à m’y retrouver dans ce dédalles de ruelle. C’est vers 15h00 que j’arrive à l’auberge Las Moreras de Monasterio à l’entrée je croise un couple de pèlerin français. Ils ont une charrette à une roue, et pour cause, ils ne descendent pas chaque jour dans une résidence. Donc, ils portent plus de bagages car ils ont emporté tout le matériel de camping. Ils sont libres de marcher plus ou moins longtemps. Souvent ils trouvent un endroit discret, en dehors des villes et s’arrêtent en général plus tardivement. Parfois, ils choisissent une auberge pour sublimer leur ordinaire avoir un peu de confort. Le temps d’une nuit, afin de profiter d’une douche et d’un lit plus large et à coup sûr plus confortable.

Comme ce n’est pas leur intention de dormir ici, je les salue puis je franchi la porte du local.

Au bureau de la réception, il n’y a personne. Je suis un peu inquiet, devrais-je attendre que quelqu’un se présente ? Pourtant en général l’auberge ouvrent vers 14h00.

Si le siège derrière le bureau est vide, il y a cependant un feuillet de papier qui indique des instructions. On prie les personnes qui désireraient faire étape en ces lieux de se rendre directement au dortoir A ou B. L'inscription ainsi que les frais de logements se feront dès le retour de la personne. En me dirigeant dans le long couloir, une nomination figure sur la porte d’entrée. Je rentre à la première porte. Je suis le premier, encore une fois. Mais où est donc passé la hollandaise ? Je suis installé depuis environ une heure, j’ai pris ma douche et je me repose un peu, quand j’entends du bruit dans le couloir. Intrigué, je regarde. C’est elle, je vais à sa rencontre, et lui explique le topo de la maison. Plus tard, nous irons manger ensemble. Pour le moment, elle s’installe à l’autre bout du dortoir.

Fin d’après-midi, lorsque restauré, je rentre à l’auberge. Tout un petit monde a débarqué. En autre, un groupe de jeunes gens qui ne sont autres que ceux que j’ai croisé à Real de la Jara. Ils se rappellent m’avoir vu ce matin alors que je venais de subir le déboire avec la plaque de signalisation. Certains s’étaient moqués sur le coup. Il faut que dire que la situation en valait vraiment la peine. Mais dans l’ensemble, ils étaient très sympathiques. Ils sont très intéressés par mon pèlerinage. Cependant, comme mon langage est encore hésitant, ils appellent un de leur copain qui connait le français. Ainsi, ce lance une conversation à plusieurs voix, la scène est assez comique et prendra vite des proportions interminables.


2 mai 2018



Monasterio - Fuente de Cantos

22 km – 176m + départ de Monasterio : 7h48 - arrivée à Fuente de Cantos 12h54


Mon copain l’espagnol, est arrivé très tard il s’est installé dans le fond du dortoir. Après quelques mots, il partit pour se restaurer. Je n’ai pas réagi à son retour, probablement que je dormais déjà.

A mon réveil, je m’aperçois que tous dorment encore. Je m’escamote discrètement de la chambre et me rends à la cuisine pour avaler un petit en-cas. Il ne me reste que peu de choses, hier comme c’était jour férié, je n’ai pas eu l’occasion de me réapprovisionner.

Il n’est pas huit heures, lorsque je franchis les portes de l’établissement pour une balade prévue de vingt kilomètres. Une petite excursion en quelque sorte.

Dés l’instant où je reprends ma marche, je suis très alerte et c’est d’un pas ferme que je me dirige vers la sortie de l’agglomération. Mon élan est vite stoppé, je passe devant le restaurant Leo, et j’en profite pour prendre un copieux petit déjeuner.

Après cet agréable intermède, je suis rapidement dirigé vers un chemin champêtre. Les parcelles des pâturages sont entourées de palissade en pierre sèche. Le temps a peu d’emprise sur ces constructions antiques et le bétail ne cherche pas à fuir les enclos. Dans ses étendues parsemées d’une floraison aux couleurs jaunes et violette, l’herbe est très abondante. Un cheval ou un groupe d’ovins paissent nonchalamment dans cette campagne sereine. Aux alentours d’une habitation, des porcs à la peau très foncée, presque noire, sont regroupés et montrent encore une nature très lascive.

J’avance dans cette campagne. Progressivement, elle devient désertique. Bientôt, il ne reste que des terrains de culture dans cette terre rocailleuse. Au sommet d'une colline, se prolonge le long ruban de la route empierrée. Je remarque deux pèlerins L’un tire une charrette. Je ne tarde pas à les rejoindre, il s’agit des français rencontrés la veille. Ils ont trouvé un endroit tranquille où ils se sont arrêtés pour la nuit. Nous partageons un cours instant notre marche, mais leur allure est un peu lente pour moi, et je prends de l’avance. Au loin une ville se profile. C’est sans doute « Fuente del Canton » mais elle est encore à bonne distance. Au-delà, une chaîne de montagne s’étend à l'horizon. Les terrains sont très sec et recouvert de cailloux. Dans une vallée, un petit rio produit une résurgence de la végétation. L’endroit se désigne comme une oasis au centre d’un désert aride. A cet emplacement propice, deux pèlerins espagnols, que j’ai déjà croisés ultérieurement, font une pause. Nous entamons une brève conversation.

Le ciel est d’un bleu limpide, une cigogne décrit des arcs de cercle à la recherche d'une hypothétique nourriture. Dans le lointain, le son d'un tracteur trouble le chant des oiseaux. Ariana, la hollandaise m’a rattrapé. Il est à supposer, que j’ai trainé en route pour que nos pas se rejoignent. Nous déambulons dans la ville, à la recherche de notre auberge. Nous parvenons dans une grande cour et nous nous retrouvons en face de la porte d’entrée du « Convento Vía de la Plata de Fuente de Cantos ». C’est une ancienne institution religieuse. La personne de contact se présente et très vite, elle nous dirige vers une chambre. Trois lits sont disposés mais comme il semble que pour raisons probantes, on sépare les hommes des femmes, un autre lit est occupé par un français. Nous prenons une douche et adoptons une tenue plus pratique. Et d’un commun accord Ariana m’accompagne dans un restaurant. Celui-ci se trouve à l'autre bout de la ville, et nous avons un peu de mal à le situer.

Le resto « El Gato » est d’une qualité et d’un service irréprochable. Le menu du pèlerin est vraiment très appréciable. Satisfait, nous empruntons les étroits chemins dans la ville afin d’en faire une introspection. Très vite, je me retrouve solitaire.

Dans ma visite de la cité, je rencontre un français. Il s’appelle Jacques. Il loge à un autre endroit que moi, car il a été abordé par un démarcheur qui lui a vanté les mérites d’une pension. Il a été séduit par cette perspective. Nous nous attablons à un petit bar et nous discutons de nos périples respectifs. Il suit le même chemin que moi et nous pourrions sans doute nous retrouver un autre jour.

Plus tard, dans l’après-midi, Jeronimo se présente à l’auberge. On lui désigne notre chambre. Ainsi, celle-ci est au complet. Jeronimo semble bien connaitre cette région d’Estrémadure. D’ailleurs, quelques membres de sa famille au courant de son passage sont venus lui rendre une petite visite.



3 mai 2018



Fuente de Cantos à Zafra

25 km – 131 m + départ de Fuente de Cantos : 7h07 - arrivée à Zafra 13h45


J’ai emporté mon sac « FORGLAZ 5° » lorsque je m’y engouffre pour la nuit, il peut normalement faire jusque 0° de température limite. Je suis content de l’avoir pris, il m’a déjà servi une fois alors que je dormais en début d’étape à la belle étoile. L’avantage d’avoir son propre couchage, c’est de savoir dans quoi on se couche. Les couvertures dans les refuges sont nettoyées on ne sait vraiment pas à quelle période donc je préfère avoir mon propre matériel. Je suis un peu maniaque en ce sens, mais j’ai déjà rencontré quelques problèmes d’hygiène dans mes marches antérieures. Donc malgré mon choix et même en gardant mon polaire, il ne faisait pas trop chaud cette nuit.

Je suis réveillé vers 6h15, je traine un peu. Nous avons décidé de partir ensemble Ariana et moi vers les sept heures. Peu après sept heures, toujours pas l’ombre d’une hollandaise dans les parages. Tant pis, je pars seul vers le haut du village. Je prendrai le petit déjeuner au bar en face de l’église.

Lorsque je rentre dans l’établissement une agitation mène déjà bon train.

J’ai déjà avalé mon repas lorsque la fille se présente. Je la salue, puis reprend mon sac à dos et me dirige vers la sortie … sans payer l’addition.

Mon geste est involontaire sans cause prémédité. Il s’agit incontestablement d’un oubli de ma part.

J’ai à peine franchi le seuil de la porte, que le gérant me court après en vociférant son indignation. Dans cette déveine, je viens en plus de croiser deux policiers et je n’aurais sans doute pas intérêt de fuir comme si de rien n’était. Mon acte n’était pas délibéré, je lui présente donc mes excuses et lui règle promptement son dû. J’en garde néanmoins une indéniable confusion et de fait, je prends une résolution immuable : dorénavant je paierai toujours mon addition dés que j’aurai reçu ma consommation.

Avec tout cela, il est près de 8h00 lorsque j’appréhende la sortie de la ville. Je débouche directement sur une campagne souriante. Un soleil naissant flamboie déjà de mille feux tandis qu’en face, la lune tarde à disparaitre. À la faveur de mon regard scrutateur, je capte un instant le déplacement fugace d’un moineau en plein travail de recherche de nourriture. Les champs s’étendent. Le terrain est plat et peu vallonnés. Mon chemin rustique longe à peu de distance la route nationale. Celle-ci est parallèle à l’autoroute qui ne doit pas se située à plus de trois kilomètres sur ma droite. D’ailleurs à travers les chants des oiseaux on entend clairement les véhicules. Au loin se dresse la statue d'un taureau géant.

Je progresse rapidement dans cet environnement agréable. Le chemin oblique un peu vers la route et dépassant le panneau routier indiquant une attention spéciale me fait traverser celle-ci. Une étendue d’oliviers s’étend à l’infini. Après six kilomètres, je traverse rapidement Calzadilla de los Barros. C’est une petite entité très calme à l’activité très calme. Retrouvant la campagne, j’arrive à un point d’eau perdu dans la végétation. C’est facilement repérable car des joncs se balancent au gré du vent. Les alentours de ce cours d’eau sont assez étendus mais ont toutefois été aménagés pour permet de franchir aisément cet écueil. Une passerelle réalisée de palettes de bois permet de le traverser et les pieds restent au sec. La rivière forme un peu plus loin un petit lac.

Un peu plus loin, j’emprunte la « Cañada Real Leonesa Occidental ». C’est un des nombreux chemins de transhumance régulés dès 1273 par l'édit royal d'Alfonso X dit le Sage. Je remonte ainsi ce chemin ancestral sans guider d’animaux, et c’est très bien ainsi.

Juste avant d’entrer dans Puabla de Sancho Pérez, je vois le signal annonciateur d’une ligne de chemin de fer. L’infrastructure ferroviaire est assez simple et à simple voie. Mais elle est de construction récente et j’aperçois un loco tracteur plein de ferveur qui pousse deux wagons vers la gare de Zafra. Serais ce donc un bel exemple d’une certaine efficacité dans ce pays ? Peut-être notre pays pourrait-il en prendre de la graine, en tenant compte de certains raccordements qui ont été créer ces dernières années, sans grande utilité. Pourtant le contribuable en a payé les frais d’infrastructure. Même si c’est le budget de l’Europe qui les a financés en grande partie. Je n’en situerai que deux près de chez moi, sur la ligne 162. Premièrement, la transition qui conduit vers Valvert. L’inactivité de cette petite ligne engendre réellement un excès de poids lourd sur les routes. Et bien sûr, le raccordement du ZI de Molinfaing (Longlier-Neufchateau). Un projet miné, puisque la ligne n’a jamais servi depuis sa construction.

A Puabla, alors qu’il doit être aux alentours de midi, je retrouve Arriana. Elle prend une collation à la terrasse d’un bar. J’en profite pour faire de même. Il fait beau, en face de nous, je retrouve le couple d’espagnol rencontrer la veille. Ils me font part que leur chemin s’arrêtera cette année à Zafra. Ils ne leur restent donc que deux kilomètres à parcourir ce jour sur les chemins de Compostelle. Nous sommes attablés devant la grand place face au « Hogar de Mayores » (local des ainées). Et de fait, une petite réunion de personnes âgées sont réunie à deux pas de nous. Je remarque un homme invalide qui se démène comme un bon diable pour déballer un caramel. Il ne peut se servir que d’une main car son coté droit semble paralysé. Pris d’un élan de charité, je me dirige vers lui et l’aide. Il est très surpris et un peu furieux. Il pense qu’en premier abord, je vais lui chaparder sa friandise. Mais vu que je lui rends son bien qui semble le plus précieux en ce moment a ses yeux, il se fond en remerciements. Je suis content, j’ai fait ma BA de la journée.

Nous reprenons notre chemin ensemble. D’ailleurs nous arriverons dans peu de temps.

Lorsque nous entrons dans la ville notre direction est rectiligne jusqu’au centre. L'Albergue Vincent Van Gogh est un immeuble qui ne passe pas inaperçu. Il s’agit d’une construction qui devait avoir un certain prestige à une certaine époque. C’est une grande bâtisse peinte en blanc avec une encoignure rouge surmontée d’un balcon fermé surmonté d’une petite tour de style baroque. Toute la toiture du bâtiment est plate et fait office de grande terrasse protégée par un long garde-fou en pierre sculptés. Cette plateforme donne une superbe vue panoramique sur la ville. Il est évident que l’invasion sarrasine d’autrefois, n’est pas étrangère au style de cette architecture. L'albergue a été entièrement rénovée par des pèlerins peintres et donne un cachet assez exceptionnel à l’endroit. L’ensemble des dortoirs permettent d’héberger trente pèlerins. Le prix est raisonnable et comprend un petit déjeuner frugal pour le lendemain matin.

Comme ma collation que j’ai avalée au village précédent était assez copieuse, je me satisfais de ce repas pour l’instant. Je prends donc ma douche, puis j’étends mon linge à sécher sur une penderie installée sur la terrasse providentielle. Ensuite, je me prépare pour une prospection des environs.

A peu de distance, se trouve le parc. Il est très bien entretenu et est très agréable avec des bosquets, des pelouses, des roseraies, des aires de jeux pour enfants et les allées du parc sont flanquées de bancs en fonte sculpté autorisant la détente et la sérénité.

Zafra ne déroge pas à la règle, début d’après-midi, le calme apaise la ville. J’en profite pour visiter plusieurs quartiers. Tous les commerces sont fermés et cela m’arrange. Je flâne dans les rues et les minuscules ruelles à la recherche de l’inédit.

La vieille ville médiévale se dispose autour de l'Alcazar. Cette structure militaire du XVe siècle a servi de Palais aux Ducs de Feria. L’intérieur a des allures de palace. Il possède au patio central avec un remarquable cloître renaissance. Actuellement, l'Alcazar abrite un Parador. C’est un hôtel quatre étoiles. Il se dresse tel un majestueux château composé de vastes salles élégantes. La valeur architecturale du palais se reflète sur sa spectaculaire façade située face à un site aménagé. Son intérieur est grandiose. Il conserve d’admirables plafonds à caissons, des coffres, des ornements en fer forgé, des rampes d'escalier et des éléments décoratifs d’origine.
Quelques mots sur les hôtels Paradore. (Le mot parador signifie auberge en espagnol)
Los Paradores de Turismo de España est une catégorie d'hôtellerie de luxe fondée par le roi Alphonse XIII, roi d'Espagne de 1886 à 1931 afin de promouvoir le tourisme en Espagne dès 1928. A partir des années 80, la transition démocratique espagnole marque un changement de propriété de la chaine Paradores. Elle devient un organisme géré par l'État. En 1991, Paradores devient la société Paradores d'Espagne SA. L'objectif est de rentabiliser Paradores, pour en faire une entreprise autonome tout en assurant la maintenance et le fonctionnement de la chaîne. La chaîne compte alors quatre-vingt-cinq établissements et deux restaurants. En 2003, l'organisme reçoit la Médaille d'or du mérite des beaux-arts par le Ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports.
Dans cet entrelac de ruelles et en forme d’ovale, la ville fut autrefois entourée d’un rempart en pierre. Elle ne conserve à présent que trois portes sur les huit qui existaient à l'époque. La Plaza Grande est entourée d'arcades, et elle occupe le centre de la localité. Elle est reliée par l’« Arquillo del Pan » (Petit Arc au pain), à la Place Chica, plus petite que la première. L’église collégiale de La Candelaria fut érigée en 1546. Dans la balade de la ville on remarque aisément l'église paroissiale de San José, une multitude de couvents et l'Hôpital de Santiago qui fut fondé au XVe siècle. L'architecture civile est riche de nombreuses maisons seigneuriales ainsi que de beaucoup de maisons de la bourgeoisie du XIXe siècle.

Dès 17h00 le petit bourg reprend son agitation. Je rencontre le couple de Français qui ont abandonnés leur charrette et leur sac à dos dans un hôtel de la ville. Puis l’activité fébrile de la ville reprend le dessus, je me dirige vers un super marché pour me procurer un ravitaillement pour le jour suivant. Brusquement, un véhicule me frôle à toute allure. A peu de chose près, il manque de me culbuter. Puis à quelques mètres, il est arrêté par un feu rouge. Il donne tout ce qu’il peu pour s’arrêter à temps. Son véhicule stoppe quelques centimètres derrière cette interdiction de passage. Pas de chance pour lui, des agents de la guardia civil observaient la scène. Il n’en faut pas plus pour qu’ils l’interpellent.

Pendant que je me rends au « Supermarket Dia », je passe devant la gare. Je me rends sur le quai observant un mouvement en cours sur l’unique voie. C’est une rame diesel, tout ce qui a de plus moderne, qui vient de s’arrêter pour embarquer d’éventuels voyageurs. A tout hasard, je prends note des horaires au cas où un retour précipité se révèlerait nécessaire.

Je rentre à l’auberge avec sans aucun doute trop de provisions. Demain le poids de mon sac s’en ressentira. Qu’a cela ne tienne, je n’irai pas au restaurant aujourd’hui. Je ferai ma popote et mangerai sur place.

Le soir, après avoir ranger mon linge et préparé mon sac, je me rends à la salle de repos. Ils sont tous là, je remarque que Jeronimo est enfin arrivé. Tous le monde discute, mais très peu en français. Lassé de me forcer à les comprendre, je remonte me coucher.



4 mai 2018



Zafra - Villafranca de los Barros

21,43 km – 201m + départ de Zafra : 7h23 - arrivée à Villafranca de los Barros 12h35


Tumulte dans le dortoir dès 6h15.Incroyable, ils veulent être les premiers au petit déjeuner ? Peut-être pensent t’ils tous qu’il n’y aura pas assez de provisions pour tout le monde.

Je cafouille un peu au départ, et je suis repartis pour une visite de la ville. J’aurais dû préparer mon itinéraire GPS la veille et ne pas me filler aux flèches qui indiquent systématiquement le centre de la vielle ville. Quoi qu’il en soit, ma hollandaise, partie très peu de temps avant moi, a fait la même erreur. Comme elle n’a pas de GPS, il y a peu de chance qu’elle s’en rende compte.

Je quitte la ville par la Torra de San Fransisco, c’est unique élément qui subsiste encore de l’ancien couvent Fransisco de San Benito. Ce monastère également connu comme Couvento de San Fransisco Estaba est situé en dehors des murs de la ville de Zafra et fut occupé réellement à partir de l’année 1575. Ce lieu de retraite fut occupé par les Pères Franciscains ce qui leurs permettaient de se consacrer pleinement à leur vie de retraite en se vouant à un silence impassible. En 1671 le couvent abritait plus de quarante religieux. Tout l’édifice, sauf la tour était construit avec des matériaux modestes et a beaucoup souffert pendant la Guerre de l’indépendance de 1808.

Le ciel est encore sombre mais une lumière vive tente de jaillir du sol donnant un effet étrange a cet édifice. Je suis conduit vers une piste bétonnée qui m'emmène vers Los Santos de Maimora. Je rencontre un autochtone. Il a atteint un âge remarquable et se déplace essentiellement pour promener son chien. Il parle quelques mots de français et avec mon espagnol, nous parvenons à échanger une conversation. Il me demande par quels desseins j’ai été convaincu d’accomplir ce long chemin à pied. La réponse restera énigmatique car mes intentions restent floues. Mais je suis certain qu’il a su comprendre mes intentions car il me signale avoir parcouru le même cheminement quand il était plus jeune.

Je traverse un site protégé sur la colline de la Sierra de los Olivos réputé par sa flore exceptionnelle abrite une importante population d’orchidées et d’autres plantes qui permettent d’alimenter une espèce particulière de papillon « lolana iolas » considéré comme fragile.

Lorsque je passe devant l’église de Los Santos de Maimora alors que les horloges du clocher affichent 8h32, je ressens le besoin de faire une pause casse-croute. Arriana qui m’a devancé et a remarqué mon passage, me hèle d’un petit bistro qu’elle a déniché dans une rue parallèle. Elle a eu la même idée que moi, ne se satisfaisant vraisemblablement pas du repas pris précédemment.

Convenablement restaurés nous reprenons ensemble la suite de notre chemin. Après avoir longé l'usine d'incinération située à ma droite. C’est un des chancres de la civilisation actuelle à laquelle nous sommes obligé de payer le prix. La campagne revenue, nous arrivons dans des étendues d’oliviers. Ce sont des étendues assez rustiques, très fleuries et particulièrement sauvage. Quelques constructions qui devaient être autrefois de somptueuses demeures, tombent à présent en désuétude.

Après 15 km, nous passons sous l'autoroute mais avant, nous nous trouvons dans l’obligation de traverser une ligne de chemin de fer. Il n’y a aucun passage à niveau ni protection d'aucune sorte. J'aide un cycliste à le traverser car chargé comme il est, il est bien embêté. Je me fait la réflexion que la ligne doit être très peu fréquentée mais quelques instants plus tard, un long train de marchandises passe à tout allures.

Après avoir passé sous l’autoroute on rejoint un court instant la nationale jusqu’à Ermita de San Isidro. Je me voyais déjà arrivé mais ce n’est pas le cas et nous repartons par un chemin champêtre pendant environ trois kilomètres et demi. A un rond-point nous retrouvons la civilisation et nous entrons dans la ville. Ariana à disparue, mais je viens de retrouver le français. Les maisons que nous longeons sont basses et de couleur blanche. Mitoyennes, elles forment un long ruban urbanistique. A la Plaza de San Marcial, nous apercevons le clocher de l’église et nous nous efforçons de nous en rapprocher le plus près possible. Après le canal, le GPS indique de prendre vers la droite et nous montons la rue qui décidément se dessine de la même façon partout ou nous allons.

Vu que nous étions nombreux hier au gite précédent, j’ai fait une réservation par téléphone. L’abergue se situe au bout de la Calle Carmen au n° 26 à deux pâtés de maisons du lieu de culte, le Parroquia de Nra. Sra del Carmen.

Nous montons à l’étage vers une porte fermée. Une sonnette permet de signaler notre présence. Une femme viens rapidement nous ouvrir et nous désigne un couchage. Ariana nous a devancée mais comme j’avais réservé deux places nous serons l’un au-dessus de l’autre. J’occupe la place supérieure. Après notre installation, nous descendons plus bas dans la rue à la recherche d’un restaurant. Nous arrêtons notre choix très rapidement, avant la fermeture de l’établissement.

Après une petite sieste, fin d’après midi je vais faire un tour. Je retrouve Jacques, le français avec lequel j’ai marché ce matin. Nous sommes faits pour nous entendre. D’ailleurs, nous progresserons ensemble jusqu’à la fin du périple.


5 mai 2018



Villafranca de los Barros - Torremejía

27.41 km – 27m + départ de Villafranca : 7h04 - arrivée à Torremejía 12h32


C'est la sonnerie des cloches de l'église toute proche qui me tire de mon sommeil. Elles ont vibré six fois. Le temps d'émerger dans le monde réel ... de s’étirer un peu et une nouvelle journée de marche s'annonce. Aujourd'hui, 28km prévu, pour boucler ma prochaine étape.



à suivre ...