Mise en garde.
Le texte qui accompagne les illustrations est peut-être sujet à critiques.
Il s'agit d'un récit autobiographique et le lecteur ne doit pas s'offusquer de l'orthographe, la grammaire et la syntaxe qui n'est pas toujours très correcte.
L'auteur s'excuse sincèrement auprès de celui qui aurait des reproches à lui attribuer.
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J’avais convenu de repartir cette année, une fois encore sur les chemins de Compostelle afin de me vider nouveau de toutes mes marques familières et m’imprégner à nouveau de pure nature. La recherche spirituelle n’était pas vraiment au goût du jour, mais j’étais attentif à prêter une écoute absolue à l’environnement que j’allais rencontrer.

Au départ, j’imaginais que ce chemin devrait être beaucoup plus calme que d’habitude puisqu’il sortait un peu des sentiers battus. Dans ce nouveau périple, j’avais pris la ferme résolution de marcher seul la plupart du temps. Je crois bien avoir respecter ce désir qui se trouvait être considéré comme un défi. Je me sentais dans une forme physique très acceptable. Cela ne fut pas une épreuve, mais bien au contraire comme je marchais souvent plus vite que d’autres randonneurs, je me sentais pousser des ailes.

J’ai trouvé beaucoup de sérénité sur ce chemin. D’une part par le paysage exceptionnel. Cette époque de l’année avait été vraiment bien choisie. D’autre part, par l’accueil rencontrer à chaque endroit.

La via de la Plata qui relie Séville à Astorga permet une autre approche du chemin. Seulement, quelques pèlerins la pratique. Probablement, une dizaine chaque jour et seulement au printemps. Reste donc à partir en quête et parcourir les 700 km qui relie le sud de L’Espagne au Nord.




Année 2018 - du 26 avril au 25 mai ... Arrivée à Madrid en avion...


26 avril 2018


Mon avion pour Madrid part de Bruxelles. Cette relation, ne m’as coûté qu’une somme modique car j’ai réservé mon billet sur Internet plusieurs mois à l’avance. Je reprendrai le train vers Séville car j’ai aussi un tarif de faveur sur ce trajet ayant fait ma carrière dans les chemins de fer.

Pat me conduit a Marbehan. Le train est à l’heure, je rencontre un ami qui vient d’être mis au courant de mon départ. Dans les petits villages comme Lahage, tout se sait très vite. Très discrètement, il me glisse un petit mot d’encouragement. Puis je l’invite à partager le siège d’en face, et nous discutons de mon projet. C’est un homme affable, il me quitte à Namur pour une autre correspondance. Changeant de liaison à Bruxelles Nord, je prends un train pour l’aéroport. C’est avec une demi-heure de retard que nous abordons les quais. Un évènement imprévu a perturbé le bon déroulement des opérations courantes. Peu m’importe, je suis très en avance. Lors d’un voyage de la sorte, je ne sous-estime aucun contre-temps qui pourrait mettre en péril ce départ.

Vers midi, j’enregistre mon bagage. En fait, il s’agit de mon sac à dos. Je suis obligé de le placer en soute car il ne satisfait pas aux exigences offertes par les compagnies aériennes. Après le passage en douane, il me reste encore une longue attende puisque mon avion ne décolle que dans deux heures.

J’attends avec impatience que le numéro du quai d’embarquement s’affiche sur le grand tableau d’affichage. Celui-ci, est pour l’instant vierge d’informations pouvant me servir. Il nous renseigne simplement que notre vol sera pris en compte à partir de 13h50.

A 14h15, alors que l’avion décolle à 14h35, une foule de gens s’attroupe autours de ce panneau, ne laissant que peu de place aux autres passagers qui désirent poursuivent au-delà.

Enfin, une annonce verbale vient compléter le manquement. C’est assez laconique et ne nous renseigne pas vraiment. Le communiquer se résume à ceci :
« Mesdames et messieurs notre tableau d’affichage rencontre en ce moment un défaut d’affichage. Veuillez vous renseigner auprès de votre agence de voyage pour connaitre votre quai d’embarquement. »
Cela ne fait qu’augmenter la confusion, tout le monde bondit dans tous les sens à la recherche d’un bureau de renseignement afin d’obtenir la bonne information.

Je capte une indication. Elle a été diffuser par une personne qui se rend dans la même direction que moi, celle-ci m’indique le numéro A66.

Misère, c’est situé tout au bout du couloir, celui-ci est totalement démesuré. C’est alors une course entre les passages fixes ou mobiles. Ceux-ci sont sensés accélérer le mouvement des voyageurs. Malheureusement, c’est souvent sans compter sur l’encombrement des couloirs mécaniques encourageant l’inertie des gens qui ne sont pas nécessairement pressés.

Avant d’arriver au bout de la gare, je remarque un attroupement au numéro A47. J’y remarque une inscription. Changement de programme, il s’agit de mon vol. Il reste à peine vingt minutes pour embarquer tous ce monde. Je suis toujours étonné de la quantité de personnes qui peut monter dans ces cigares volants.

Le vol reste peu attrayant, l’appareil est un A319 de construction française mais adapté pour chaque compagnie. On est très à l’étroit, je me retrouve à la place centrale et mon voisin de droite a même du mal à repartir sa forte corpulence dans son espace réservé.

Quoi qu’il en soit, l’avion décollera à l’heure. Le temps et la couverture nuageuse n’est pas pour encourager un vol tranquille. L’avion rencontre de fortes turbulences et vibre assez fortement. Mon voisin de gauche, un espagnol assez fluet, se signe. C’est peut-être par habitude afin de ne pas tenter le sort. Par chance le voyage ne dure que deux heures.

Notre approche de Madrid est très calme et l’atterrissage est parfait. Ce n’est pas la première fois que je me rends dans cette ville avec ce moyen de transport. Habituellement, nous nous arrêtons au terminal 4. Pourtant aujourd’hui, pas de bol, la situation est différente. Nous nous retrouvons au terminal 1-2-3. Cela me déroute, comment récupérer mon bagage ? D’autant, que l’on est invité à prendre un métro pour sortir.

Je cherche dans un premier temps, a rencontré un agent qui puisse me renseigner sur la façon de procéder. Eh bien oui, me dit-on, je dois emprunter la navette qui est interne à l’aéroport afin de rejoindre le terminal 4 où les bagages seront acheminés.

Au terminal 4, pas de problèmes. Je connais, le secteur et vu le temps que cela m’a pris pour arriver, les valises sont déjà en train de sortir de la bouche du portail numéro 8.

Pour sortir de l’aéroport, et emprunter un moyen public de transport, vous devez vous allouez d’une taxe de 3€ plus le coût du transport ce qui vous porte le prix à 5€. Maintenant, c’est un peu plus compliqué, car si vous n’êtes pas en possession d’une carte magnétique obtenue lors d’un voyage précèdent, celle vous coutera encore 2€ de plus, soit 7 euros.

Le train entre en gare et comme celle-ci est située au terminus, repars immédiatement dans l’autre sens. Je repasse devant le terminal 1-2-3 puis me dirige au centre de la ville. Il faut en gros environ une heure de métro. J’ai choisi de sortir à la station « Palos de la Frontera » qui est située à deux pas de la Calle de Canarias où se trouve mon logement. Celui-ci, est aussi très proche de la gare de Atocha.

Lorsque je débarque au centre-ville, il faut me resituer dans cet espace très animé. Rapidement, je reprends mes repères dans la ville et me dirige dans la rue en question. Il s’agit d’un immeuble dans une rue particulière ne comportant pas de commerces et encore moins d’hôtels. Et donc, je me retrouve un peu perplexe devant la porte d’entrée ne comportant pas de réception. C’est un peu la mode actuelle qui permet ce genre de transaction. Comme il s’agit d’appartement sans doute trop petit pour satisfaire à un logement confortable, certaines firmes proposent à la location courte un appartement assez réduit. Le temps de la location peu varié d’un à plusieurs jours. Ce lieu est en fait complètement équipé non seulement pour dormir, mais aussi comprend bien entendu une salle de bain, mais aussi une cuisinette ainsi que son matériel et aussi un coin pour manger jouxtant avec un petit salon. Mais mon problème est pour l’instant plus épineux, c’est la première fois que je me trouve devant ce cas particulier. En fait, il faut simplement téléphoner et une personne vient dans un temps variable, vous apportez les clefs et régler votre enregistrement. C’est aussi cela les réservations par Internet, sans vraiment d’interlocuteur verbal. Le prise de contact à l’arrivée peut être parfois empirique si vous ne maitriser pas correctement la langue. Mise en pratique immédiate de mes leçons d’espagnol que j’étaye tant bien que mal depuis plusieurs années.

Dés la fin de mon installation, c’est-à-dire presque immédiatement, il faut gagner la gare pour prendre une réservation. Elle doit pouvoir me permettre de me rendre avec le train rapide, qui s’appelle l’AVE, à destination de l’extrême sud de l’Espagne.

Je pénètre dans l’endroit réservé à la vente de billet. Il présente un ensemble de guichets. Un guichet est réservé à la vente du jour et une file de personnes patientent afin d’obtenir un titre de transport. Sept autres guichets sont réservés à la vente anticipative. La foule de gens qui poirotent en cet endroit est impressionnante. On vous invite à prendre un ticket d’attente à une borne d’accueil. Le numéro figurant sur le billet que je viens de prélever est le 193. Par contre le tableau affiche 736, je me demande si cela est vraiment réel, il y a plus de 500 personnes devant moi. Puisque je n’ai pas vraiment le choix, je resterai près de deux heures à attendre mon tour. D’autres personnes ont depuis longtemps abandonnés leurs perspectives et cela permet ainsi de faire avancer plus vite le compteur. Des sept guichets ouverts, rapidement, certain ferment au fil des heures. Bientôt, ceux-ci passent à cinq puis à un seul bureau ouvert. Réduisant ainsi fortement l’avancée des sollicitudes.

A 22h00, tous les bureaux seront fermés. Je guette avec inquiétude combien de personnes doivent encore être servie avant moi. A moins cinq, le numéro 193 s’affiche enfin. Il était temps, d’ailleurs je serai le dernier client. Il reste encore au moins vingt personnes derrière moi … ils reviendront demain “… lo siento, por la molestia” … Diront-ils au micro. (Désolé pour le dérangement !) Au guichet, décidément cela ne se passe pas vraiment comme je l’aurais souhaité. La société se retrouve victime de son succès. Je n’y avais pas prêté garde, mais je me retrouve face à un long weekend incluant le premier mai. Il y a une incomparable affluence de touristes qui ont prévu de descendre dans le sud.

Comme vous l’avez deviné, il n’y a plus de place dans aucun train pour le lendemain. Je suis horrifié, le premier train part à 7h30 du matin ensuite il y a un train toutes les quarante minutes pour Séville.

L’employée comprend mon embarrât, mais ne peut rien y faire, elle m’indique cependant :
- « Il me reste certaines places pour Séville mais seulement pour après-demain à 20h35, en première classe version CLUB … cela va vous coûter plus cher monsieur. Vous en réservez une ? »
- « Bien-sûr que je la prends. »
Me voilà au retour pour débourser 17€50 au lieu de 6€50 ce qui en fait ne ruinera pas considérablement mon budget. Je retourne un peu dépiter à l’appartement. N’y prenant pas garde, je parviens encore à m’égarer au retour. Ainsi, il est près de dix heures et demi du soir. Il me faut établir un plan de secours. De toute façon, je perds deux jours sur mon planning.

J’ai une date limite pour mon retour. Il a été fixé au 27 mai et ce pour des raisons personnelles mais est également défini par un planning de grèves sur le réseau SNCF.

Je téléphone à Pat qui me réserve une autre chambre à Madrid pour le lendemain. Ainsi, j’ai deux jours à tuer dans cette ville.



27 avril 2018


La nuit a été très calme. Puisque je reste à Madrid aujourd’hui, je ne suis pas trop pressé de quitter le logement. C’est vers 11h30 que je quitte les lieux. Je me dirige vers le centre-ville. Pat m’a réservé une chambre dans une auberge de jeunesse près de la Plaza Major. Je trouve un restaurant pas très loin. Au centre-ville, il y a encore une manifestation qui revendique je ne sais quelle cause. C’est chose courante dans la capitale Espagnole. Du reste, il y a toujours des manifestations de toutes sortes à Madrid. Ensuite, je vais me promener dans un parc en contre bas du palais royal, cela s’appelle « los Jardines de Sabatini » c’est un endroit beaucoup plus calme. Il est fréquenté par des étudiants en arts. Ils recherchent sans doute un bon endroit pour symboliser une œuvre qui figure depuis de nombreuses années en ces lieux.

Puis je me dis qu’il serait judicieux d’aller faire tamponner ma crédenciale à la cathédrale afin de marquer mon passage de pèlerin dans cette ville. Je remarque un petit bureau où quelques objets sont mis à disposition pour les touristes. Je fais ma demande, mais la jeune personne, d’ailleurs très sympathique, me dit que les cachets sont délivrés dans une autre église, à Parroquia Santiago y San Juan situé dans une rue pas très loin de là. Mais à cette heure, celle-ci est fermée, le portail ouvre ses portes a 18h00. Qu’à cela ne tienne, je reviendrai dès cette heure.

A force de petite balade dans la ville, voici 14h00 qui s’annonce. Je vais de ce pas prendre connaissance de mon nouvel hébergement. Je me dirige donc vers le « Toc Hostel Madrid ». Au moins, je pourrai laisser mon sac en ce lieu et je serai ainsi alléger de la sorte. Dés que je rentre dans l’immeuble, je me rends à la réception. C’est quand même plus facile pour s’exprimer que par téléphone. L’enregistrement est réalisé et c’est votre empreinte de doigt que déverrouille la serrure de la chambre. Il s’agit d’un dortoir, six personnes peuvent prendre place dans la chambrée. La vie de pèlerin commence dès cet instant.

Plus tard, je retournerai à l’église. J’y serai reçu par un prêtre qui me demandera mes motivations. Quoique de plus normal en quelque sorte. C’est un nouveau voyage sur un parcours chrétien que je commence à nouveau. Quand je lui dis que je compte me rendre à Sevilla et ensuite traverser l’Estremadura par la Via de la Plata. Il me répond :
« Vous allez y avoir chaud sur cette piste, mon jeune ami »
A présent, je peux démentir ses dires, car à cette époque de l’année, jamais n’ai subi de grandes chaleurs. Peut-être suis-je tombé sur une année rarissime.

Vers 21h00, je rentre dans la chambre. Il est temps de prendre le rythme. Dans quelques jours, ce sera probablement aux alentours de cet intervalle que je me coucherai, vu que le réveil risque de se situer aux aurores. C’est aussi un principe pèlerin.

Je suis tranquille dans la chambre. J’ai remarqué qu’un autre lit est occupé, mais pour l’instant il n’y a personne. Toutefois, je ne dormirai pas de suite. Grâce à Internet, j’écoute une radio locale concitoyenne et je l’apprécie à sa juste valeur. En même temps, je me détends avec un peu de lecture. Ce sont des fichiers inébranlables sortis tout droit de mon portable qui ont l’avantage d’être abondants et de ne rien peser dans mon sac à dos.


28 avril 2018


Etant au centre-ville et face à la rue, comme je le soupçonnais le bruit de la ville se répand à foison dans la chambre. D’autant, que la fenêtre est restée ouverte. Cela n’aurait pu en être autrement, il est plus que nécessaire d’amener un peu d’air frais dans cet endroit.

Je me resigne et tester à nouveau, une paire de boules Quies. Pour moi, c’est généralement efficace et heureusement approbateur à un sommeil bienséant.

Dès le matin, je m’aperçois que nous étions quatre à partager la chambre. Un couple s’étaient installés dans les lits d’en face mais étaient restés très discrets. Je ne les avais à peine remarqués. De plus, ils étaient partis assez tôt ce qui fait que j’aurais bien eu du mal à leurs attribué une physionomie. Par contre celui qui s’était installé en dessous de moi, bien qu’il n’eût pas été d’une grande gêne, avait fait la java toute la nuit. A présent, il dormait à poings fermés.

Je reste dans la chambre jusqu'à 10h00. Je connais un établissement à deux pas d’ici qui offre un buffet petit déjeuner pour 6€, cela me convient très bien.

Ensuite, je me dirige vers le parc du Retiro. C’est très bien pour y passer une journée a flâné. Mais la journée n’est pas vraiment radieuse. Le temps a bien changé depuis hier. Je suis à la recherche d’un banc placé dans une zone ensoleillée. Mais, le soleil ne renvoie que peu de chaleur, vu qu’il y a de plus en plus de nuages dans le ciel. J’ai changé plusieurs fois de place. J’ai parcouru le parc de long en large. En fin de compte, je me demande si je n’ai pas déambulé autant que si j’avais dû marcher une journée de randonnée normale. Je croise un petit restaurant, il doit être dans les quinze heures, je consomme une pizza. Par instinct, je me retrouve non loin de la gare d’Atocha. Il est encore loin d’être l’heure, mais avec ce vent cela devient très désagréable de marcher sans vraiment de but. Je m’y rends donc. Par curiosité, je vais observer s’il y a une longue file aux guichets des réservations de billets. Non, c’est vraiment beaucoup plus fluide. Seulement une cinquantaine de personnes attendent leur tour. Cela me fait bien rire, de toute façon, ils ont intérêt à voyager dans quinze jours, s’ils veulent attraper un train qui pourra les accueillir. J’attends encore près d’une heure, puis vu qu’il est presque 19h30, je monte à l’étage. C’est prévu ainsi pour les relations longue distances. Mon train est dans une heure, mais attendre ici ou en haut n’a que peu d’importance.

Premier contrôle de mon ticket avant de passer mon bagage au scanner. On ne lésine pas sur la sécurité. Depuis les attentats, celle-ci est indubitablement renforcée. Deuxième contrôle avant de déposer mon sac à dos sur le tapis roulant pour observation. Voilà, je suis dans le grand hall où les liaisons grande ligne partent. Il est à présent impossible de retourner en arrière, sans devoir de nouveau repasser par tous les contrôles.

Toutefois, il y a quelques distractions, dont un espace Web gratuit. Et celui-ci fonctionne admirablement. Alors on rezape sur les mobiles. J’en profites pour remettre à jour mes cartes pour mon application GPS, cela pourra sans doute me servir plus tard. Enfin, je passe le temps. De toute façon, impossible de se rendre à quai, la voie ne sera affichée qu’en dernière minutes. En effet, vingt minutes avant le départ, le tableau renseigne sur le quai où se rendre. Et c’est de nouveau la folie, tout le monde veut embarquer en même temps. C’est sans compter sur un nouveau contrôle avant de pouvoir descendre sur les quais. Donc, une file se propage à la vitesse de l’éclair prenant des proportions effarantes. Rappelons que les trains sont complets. Néanmoins, dés le moment où les gens respectent leur ordre, l’avance est cependant rapide.

Je suis sur le quai 11, il est 20h20, mon train est affiché c’est l’AVE 02202 vers Malaga M. Zambrano JBA, Puente Gentil HI… la suite des destinations défile sur l’écran. Le long ruban des voitures s’allonge à l’infini, et comme de bien entendu, je dois me rentre à l’autre bout du quai. Au centre, deux motrices sont attachées, je ne peux que remarquer la forme aérodynamique de cet ensemble moderne. Je trouve enfin ma voiture. Et je m’installe dans le coche 22, il est 20h30. Le niveau de la classe est prestigieux. Tout est soigné, les places sont larges et particulièrement confortable. Un écran de télévision diffuse un film.

A 20h43 nous roulons déjà à 189 km/h cette vitesse sera portée à 300km/h dans 20 minutes. Selon l’affichage, il fait 15°dehors.

Après un voyage tranquille, le train rentre en gare de Séville. Il est 23h30. Je me dirige vers la salle des pas perdus. La plupart les voyageurs quittent rapidement les lieux et bien vite l’immense hall se retrouve quasiment désert. Je m’assis sur un banc et je réfléchis. Vais-je rester quelques à attendre le levé du jour à cet endroit ? Sinon, que faire ?


29 avril 2018


Premier jour de marche : Séville - Santiponce - Castilblanco de los Arroyos

42.42km - 407m + départ Sevilla : 23h37(le 28-05) - arrivée Castilblanco : 13h35


Je suis assis depuis cinq minutes. Je remarque un couple de jeune gens qui déambulent avec leur vélo. J’observe une vielle personne assise sur un banc, elle possède des sacs en plastique dans une poussette de magasin, probablement une SDF qui viens se réfugier quelques instants dans un endroit abrité. Pour combien de temps, avant que la sécurité la force à quitter les lieux ? Je ferais bien d’y prendre garde, avant qu’il ne m’arrive quelque chose de similaire. Il ne fera pas clair avant sept heures cela risque d’être empirique quelque fusent mon choix.

Je n’ai guère l’habitude de marcher de nuit. Qu’à cela ne tienne, cela sera une nouvelle expérience. Et après tout, ne suis-je pas là pour tester une nouvelle aventure insolite.

Je me lance. Il est bientôt minuit et il pleut légèrement. En outre, un vent frisquet me fait frissonner. Je remets donc une épaisseur. Ne croyez pas que la ville est calme, nous sommes dimanche et toute une vie se développe. Une bande de jeunes en vadrouille chahutent lorsque je traverse un pont alors que je n’ai pas fait cinq cents mètres. Un individu relativement éméché me demande si je n’ai pas d’eau à lui présenter. Je passe mon chemin, restant indifférent.

Je passe à l’arrière de la cathédrale, ce lieu de culte est bien entendu fermé. C’est plutôt l’heure de la débauche plutôt que celle du culte. Cependant je suis étonné, le centre-ville de Séville est beaucoup plus calme que celui de Madrid. Il est vrai que celle-ci est réputée pour sa vie nocturne où danser et batifoler jusqu’au matin est chose habituelle.

J’évolue par les petites rues. Il ne pleut plus, d’ailleurs cette humidité n’a été que de courte durée. Je passe devant la Plaza de Toros de la Maestranza, mon GPS m’indique que j’ai déjà parcouru plus de trois kilomètres. Je passe dans un espace piétonnier et traverse le pont de Triana, aussi appelé Le Pont Isabelle II. Il enjambe la darse du Guadalquivir, qui traverse la ville du nord au sud. Mon chemin continue par la traversée d’un parc qui aboutit directement sur un autre pont longeant l’autoroute et qui traverse le grand fleuve Guadalquivir. Après, j’emprunte un chemin de traverse qui m’isole pour un temps de la ville. Je ne sais si ce parcours, fournis par mon GPS, était des plus judicieux car il est occupé par une multitude de chiens errants qui ont une folle envie d’en découdre. A peine sorti de cette zone turbulente, je me retrouve sur un itinéraire du chemin de Compostelle, je remarque certains fléchages.

Comme la zone est campagnarde, bien que l’autoroute poursuivre sa progression a quelques centaines de mètres, je fais un petit détour pour m’éloigner d’un endroit où j’ai entendu de furieux aboiements. Vu mon expérience récente, je préfère éviter de me retrouver face à face avec un molosse. En fait je n’avais aucune raison de m’inquiéter, il s’agissait d’un bâtiment industriel particulièrement bien surveillé mais protégé par une zone sécurisée.

Après avoir sillonné sept kilomètres, en passant sous le pont de l’autoroute, j’aborde Camas située dans les faubourgs de la ville. Je longe les blocs de bâtiments urbains. Ce sont des cubes blancs, ils sont pratiquement identiques et rapprochés, sans grand esthétique. Ils ne sont conçus que pour le logement des citadins.

Je longe une longue piste cyclable afin de rejoindre Santiponce. Peu après je quitte enfin la ville.

Je quitte la route pour une piste empierrée qui me conduit dans un premier temps dans des jardins particuliers puis ensuite viennent les champs. Le chemin me reconduit vers la grande route, bien que restant en site propre. Ensuite, je repasse sous l’autoroute et longe pendant pas mal de temps la Rivera de Huelva. Je passe au pied d’un énorme cylindre tout en hauteur. Ce n’est en réalité, qu’un château d’eau. Celui-ci est décoré de deux dessins. C’est un aboutissement visuel rappelant certaines bandes dessinées japonaise. Ils sont d’une taille impressionnante. Or, il fait nuit et impossible de réaliser une photo par manque de lumière. Après un bref détour pour traverser la A-5079, j’emprunte un chemin fléché. Ainsi vient, une longue ligne droite qui se prolongera pendant près de huit kilomètres.

Je marche ainsi dans la nuit profonde. La pleine lune ainsi que la voute céleste sont complètement dégagées. Cela me permet de me diriger aisément. Mon GPS me fournit également un tracé très approprié. Je porte cependant une lampe frontale, mais ne l’utilise que sporadiquement. D’autre part dans cette campagne, j’avance sournoisement. Et pourquoi cette discrétion, me direz-vous ? Parce qu’a chaque fois que je produis de la lumière, j’entends des aboiements de chiens. Parfois ils sont très proches, mais en réalité, je suis tenté de penser qu’ils sont vraisemblablement en captivité. Ils doivent surement surveiller leur propre territoire derrière une enceinte. Quoi qu’il en soit, je préfère rester discret.

Dans une zone en contre bas, une rivière barre le chemin. Tâtant avec précaution, à l’aide d’un de mes bâtons, je remarque de suite qu’il me sera impossible de traverser sans me déchausser. J’enlève aussi mon pantalon et glisse mes pieds dans ma paire de sandale afin de me protéger d’un corps étranger qui pourrait trainer au fond de ce cours d’eau. Mes chaussures liées autour de mon cou et mon sac à dos porté au plus haut, je progresse dans l’eau glacée d’une couleur douteuse en sondant à chaque pas pour éviter de tomber dans un trou. Enfin, j’arrive sur l’autre rive. J’ai eu toutefois de l’eau jusque mis cuisses.

Ce bain forcé n’est pas fait pour me réchauffer. Je me sèche donc et je m’empresse de remettre ma tenue de randonneur. Néanmoins, des arbres bordent mon arrêt forcé. Ainsi donc, il est inévitable que j’allume ma lampe. Cela ne dure qu’un instant, et déjà des chiens ont remarqués ma présence. Je me presse donc à quitter cet endroit hostile et lugubre.

En haut d’une colline, je remarque une ferme. Je m’empresse de passer mon chemin. Plusieurs cerbères canins émettent leur clameur caractéristique. Je viens de marcher pendant plusieurs heures, et je ressens à présent quelques lassitudes. Mon GPS m’indique que j’ai parcouru 21.7 km. Il est près de quatre heures du matin. Le long de la route, sur le côté gauche, je remarque qu’a intervalle régulier se trouve des gros cylindres en bétons qui dépassent du sol d’environ quatre-vingt centimètres. Ceux-ci sont recouvert par une dalle épaisse et servent probablement pour l’irrigation des cultures en été. Ma lampe frontale balaie l’horizon en un tour général. Je prête l’oreille, ne reçoit aucun bruit, aucune clameur. Ce tube convient très bien. Il se verra être un havre serein et pour peu d’une sécurité toute relative.

L’expérience m’as forcé a emporté un léger matelas gonflable. J’ai une sainte horreur de dormir à même le sol, c’est parfois utile dans certaines situations extrêmes. Ainsi, comme je suis dans ce cas de figure, après l’avoir gonflé, je suis prêt pour passer le reste de la nuit à la belle étoile. Et ce n’est pas peu dire car le reflet de celle-ci m’oblige à me couvrir entièrement le visage avec mon sac de couchage. Ainsi, je m'allonge pour quelques heures en pleine nature à un endroit à l'abri des regards. Il ne pleut pas mais il y a beaucoup d'humidité et une petite brise ne porte pas la température à plus de 7°. Bien au chaud dans mon sac de couchage, je ne tarde pas à sombrer dans les limbes.

C’est un tracteur passant sur la route qui me sort de mon sommeil. Je ne pense même pas que le conducteur n’a remarquer quoi que ce soit. Il continue son chemin sans s’attarder. Peut-être, qu’il n’en marque que de l’indifférence à ce genre de situation. Il reste, qu’il a sans doute d’autres chats à fouetter.

Quoi qu’il en soit, je ne désire pas m’attarder à cet endroit plus longtemps. Je replie mon bagage puis je reprends mon chemin. D’ailleurs, il est près de 8h00 et les oiseaux gazouillent et batifolent dans la campagne souriante. Les rayons du soleil portent déjà au-dessus de l’horizon. Le chemin tourne un peu plus loin et rejoint une grand-route nommée la A-460. Je passe devant la Residencia Canina y Felina Ruta de la Plata. Décidément, la gente canine m’accompagne partout c’est dernier temps.

Une demi-heure plus tard, j’aborde la petite localité de Guillena. Je dépasse l’auberge « Luz del Camino », tout est calme. Elle n’a probablement pas hébergé de pèlerins cette nuit. Ou tout au plus, ils sont déjà partis. A l’origine, j’avais pour but de m’y arrêter pour la nuit. En fin de compte, par cette marche de nuit, je viens de regagner un jour sur mes prévisions.

Il est temps à présent de se diriger vers un bar ou je pourrai prendre mon petit déjeuner. J’ai bien de quoi survivre dans mon sac, mais c’est toujours plus alléchant de se réconforté par quelque chose fraichement préparé. La première vitrine est fermée mais je repère rapidement un autre établissement. Celui-ci est ouvert, et déjà une activité fébrile anime la salle.

Il s’agit d’un bar typique de l’Andalousie, on remarque la pompe à bière qui fait toujours partie du décor. C’est très courant en Espagne même dans les villages les plus reculés. Au-dessus du comptoir des jambons et autres embutidos sont accrochés à des sortes de pendoirs. Aux murs des images qui évoquent le chemin de Compostelle montre que celui-ci reste très populaires en cette région.

C’est alors le moment de commander un solide repas avec un bocadillo con jambon, café con léché, et sumo pour quelques euros… D’ailleurs, je reprendrais bien un second café, cela ne me ruinera pas.

Je quitte cette petite ville, en même temps que deux autres pèlerins. Pourtant, ne m’avait-on pas prévenu que je n’en rencontrerais que très peu? Voilà qui me réconforte, je ne serai probablement pas seul très longtemps, pour autant qu’un dialogue puisse se créer.

Je marchais plus vite qu’eux, et je ne les jamais revus par la suite. Dans un premier temps, on longe la route qui nous dirigent vers la sortie d’une petite zone artisanale. Je quitte alors les secteurs urbains pour m’engager dans un chemin champêtre. Peu après, je passe devant l’école de pilotage, je suis du reste assez surpris par l’avion léger qui passe au-dessus de moi à plusieurs reprises.

Le terrain à cet endroit prend l’allure d’une douce pente ascendante. Je croise plusieurs fois, un jeune homme qui lambine un peu. Et c’est ainsi que je fais la connaissance d’un espagnol. Il parle un peu français mais a besoin de le rafraichir. Cela me convient bien, mon espagnol a besoin aussi d’être améliorer. Nous nous côtoierons pendant plusieurs jours, il me parlera en français, je lui répondrai en espagnol. C’est un bon échange de procédés. Très rapidement, je saurai qu’il se nomme Jerónimo. Il habite à Barcelone mais provient d’Estrémadure. Cela tombe bien, c’est dans cette contré que je compte me rendre.

C’est vers 14h00 que nous arrivons à Castilblanco de los Arroyos. Nous passons devant la station Repsol et l’albergue se trouve juste derrière, en peu en hauteur. Nous sommes pris en charge par un hospitalier qui nous dirige vers le dortoir. Le prix n’est pas défini, chacun donne ce qu'il lui semble correct. On appelle cela le donativo.

On commence par faire sa lessive que l’on met pendre sur une grande terrasse située au-dessus du bâtiment. Ainsi on peut observer tout le village.

Ainsi, j’adopte très vite cet autre régime de vie. Il se trouve, qu’il serve à diner au café situé presqu’en face et que j’en profiterais bien pour aller jeter un coup d’œil au menu du jour.

L’ambiance dans l’établissement est un peu turbulente, mais il va falloir s’y habituer. De plus, nous sommes dimanche et celui-ci est bondé.

Plus tard après une petite sieste, je me dirige vers les cuisines. L’hospitalier prépare le petit déjeuner pour le lendemain matin. Je retrouve Jerónimo et d’autres compagnons. Les discutions vont bon train, rarement en langue française. J’essaye d’y prêter une attention particulière.

La literie est confortable, nous sommes tout un groupe situé dans deux chambres adjacentes. Je prépare mes protections auditives.

Sur mon lit, je repense à ma journée particulièrement copieuse. Depuis Séville, j’ai parcouru un peu plus de quarante-deux kilomètres. Ce fut un peu semblable à un marathon… mais comme je n’ai pas couru, je n’en ai pas perdu la vie. Toutefois, je ne m'en croyais pas capable...



30 avril 2018

30avril

Castilblanco de los Arroyos - Almadén de La Plata

29.29km - 535m + départ Castilblanco : 7h37 - arrivée Almadén : 13h33


En fait, nous étions dix huit dans l’auberge municipale. Elle était presque complètement occupée. Vu ces circonstances Jerónimo m’a conseillé de réserver une place à notre prochaine étape. Cela nous évitera de devoir galoper pour arriver les premiers. Ainsi, il réserve trois places. Le premier qui arrive retient et positionne les autres, si cela est possible.

J’ai dormi comme un loir, et pour causes, après les kilomètres d’hier, j’étais vraiment fatigué. Après m’être installer sur mon couchage, j’avais lu trois pages d’un roman sur mon portable. Celui-ci était resté allumer toute la nuit. Heureusement, il était branché sur le secteur.

Je me réveille en sursaut. Dans un premier temps, je n’ai pas encore compris que je suis loin de chez moi. Progressivement, je reprends pied. Je jette un coup d’œil a ma montre. Mince, il est près de sept heure, ils sont quasiment tous partis.

Après avoir remballer mon barda, cela ne prend que cinq minutes, je passe à la cuisine. Reste t’il quelques choses à avaler pour le petit déjeuner ? Oui, car tout le monde est honnête (normalement) et ne se goinfre pas, même si c’est compris dans le prix. Ce matin, j’apprécie vraiment la salade de fruit préparée avec amour par notre hôte.

Il est passé sept heures trente lorsque je pars. Mon copain l’espagnol d’hier est déjà partit. Bien, je partirai seul encore ce jour. Je respecte encore une fois mon vœu d’être solitaire.

Je découvre la ville, déambulant dans les rues étroites, je n’ai pas encore remarqué de flèches. Je débouche sur la grande route qui conduit à la prochaine ville. En face se trouve une fontaine, une sainte relique trône au centre d’une arche disposée au centre de l’étrange édifice. Sur la face avant, un petit panneau arbore l’insigne du chemin ainsi qu’une flèche directionnelle.

Cette route, nous la suivront pendant quinze kilomètres. La circulation n’est pas abondante, il s’agit d’une route secondaire. Impossible de faire autrement, par contre après cette fatalité du macadam, notre récompense se prépare. En effet le chemin nous conduit dans le Parque Natural de la Sierra Norte de Sevilla.

Des bornes de formes triangulaire nous indique clairement le chemin à suivre. La piste en gravillons nous entraine dans un paysage vallonné. La végétation est luxuriante. C’est une myriade de fleurs aux tendances violines. Dans un groupement de chênes liège, un mirador de surveillance aux couleurs jaunâtres s’élève vers le ciel. Ce dernier est un peu nuageux mais la température est idéale. A intervalle régulier le cours d’eau passe sur la route. Mais pas de problèmes des blocs surélevés nous permettent de franchir l’obstacle les pieds au sec. J’en franchi un, un peu plus loin se présente une gigantesque infrastructure complètement en ruine.

Nous marchons à présent à plusieurs. J’encadre un français, qui me demande avec quoi je marche. Est-ce que je me fie uniquement aux balises implantées sur le terrain ? Je lui signifie que la plupart du temps, c’est ce que je fais. Bien que régulièrement, je jette un coup d’œil sur mon application GSM et je lui dis que je fonctionne avec Sport traker que je trouve parfait pour l’usage que j’en fait. Il semble intéresser mais son portable présente un petit souci, son GSM a une batterie un peu faible.

Et voilà, nous voici partit dans des discutions pratiques qui sont peu enclines au chemin.

Quand je dis qu’il vaut mieux marcher seul et profiter pleinement du milieu ambiant !

Le chemin se poursuit donc, nous abordons ainsi une forte montée cela nous conduira promptement à notre village de relâche.

Au sommet de la colline, chacun s’arrête pour donner une œillade sur le paysage qui s’étend à nos pieds. Mais la halte est de courte durée, un coup de tonnerre gronde au loin, prémisse d’un orage qui s’approche. Nous n’arriverons pas au sec jusqu’au village. L’averse, que dis-je, le déluge s’abat sur le petit village. Nous nous empressons de trouver le logement où notre choix s’est porté. Naturellement dans notre hâte, nous ne faisons que nous égarer. Bien que Almaden de la Plata ne soit pas bien grand, lorsque je frappe à la porte de l’auberge, je dégouline de partout. Je suis accueilli par une charmante hôtesse qui ne se préoccupe en rien de mon état déplorable. Et c’est ainsi que je franchi la porte en fer qui me conduit dans la salle des pèlerins de l’auberge « La Casa del Reloj » que l’on pourrait traduire par « la maison de l’horloge ». Mon choix se porte sur le premier lit que je rencontre. Je suis le premier. Où sont les autres ? Moi qui pensais entre le dernier.

D’autres gars suivront, je retrouverai Jeronimo dans la journée. Puis ferai la connaissance d’un français qui part pour la première fois sur les chemins vers Compostelle. C’est bien inhabituel de commencer ainsi son pèlerinage par une voie de traverse.

Il marche avec des souliers trop petits, il a bien peu d’expérience de la marche à pied. Bien que nous ne sommes qu’au début de nos pérégrinations, il présente déjà quelques symptômes de fatigue et ne ressent plus aucunes sensation vis-à-vis de ses pieds. Quoi qu’il en soit il est résolu à poursuivre coûte que coûte. C’est devant un verre bien salutaire, car le soleil est revenu et la chaleur se fait à nouveau sentir, qu’il me raconte un peu de son histoire. L’état français avait selon lui, beaucoup tardé pour le lui reconnaitre le droit à la retraite alors qu’il répondait à toutes les exigences requises. Ainsi, dés que ses papiers avaient été totalement en ordre, il voulait se sauver loin de son pays natal.

Il est près de cinq heures lorsque l’auberge affiche complet. L’ambiance est un peu plus tumultueuse puisqu’à présent la plupart des couchages sont occupés.



1 mai 2018


Almadén de La Plata - Monasterio

36 km – 652m + départ de Almaden : 6h29 - arrivée à Monasterio 15h02


Voilà, je suis de nouveau habitué à dormir dans un ensemble commun. J’ai décidé la veille de me lever un peu tôt, j’ai pas mal de chemin à parcourir. Un reloj en la cabeza, rappelez-vous je loge dans la maison de l’horloge et c’est ainsi que sans réveil, je m’extrais de mon sommeil. Il est 6h00, il est plus que temps que je me lève. Mon sac est préparé de la veille, je le descends en bas de l’escalier. Je remonte chercher le reste de mes affaires ainsi que quelques produits placés au frigo. Après avoir fini de compléter mon sac, je me glisse dehors. Le petit matin me surprend. Il ne fait pas très chaud. Bien que le jour tarde encore à se lever, ça va le ciel est dégagé.

Mes pas encore indécis m’emmènent devant le bar La Morena. Celui-ci est ouvert. C’est une aubaine, je vais pouvoir prendre un petit déjeuner avant d’entamer cette rude journée. Néanmoins, lorsque je ressors de l’établissement, il et presque 7h00. Toutefois, je suis satisfait et c’est rassasié que j’entame ma prospection du jour.

La lumière d’un nouveau jour naissant se dessine à l’horizon. La route monte en peu, je passe devant les arènes de la cité, puis je m’enfonce dans la campagne. N’y prenant pas garde, je continue un chemin qui contourne une colline. Après 500m, je vérifie sur mon GPS et m’aperçoit de mon erreur. Décidément, j’ai encore une fois l’art d’allonger mon parcours inutilement. Je franchis une barrière avec obligation de refermer la porte car je rentre dans une zone de pâturage. Une pancarte m’indique que Real de la Jara serra le premier village que je rencontrerai. Il y a une auberge pour pèlerins, mais il sera sans doute beaucoup trop tôt pour je m’y arrête. Il ne se trouve qu’à 12,4 km.

Je suis à nouveau dans le parc national de la Sierra. Le chemin est bien indiqué. J’atteins un haut bloc de granit qui borde la Camino de Santiago alors que les limbes de la nuit s’estompent. Je passe devant plusieurs fermes mais tout est encore endormis. J’évolue ainsi par les quelques tertres couverts d’arbres aux allures biscornues. Le petit étang d’où s’échappe un brouillard impalpable qui mire un ciel s’avérant nuageux me donne l’impression de naviguer dans une forêt un tantinet fantasmagorique. Et c’est ainsi que je découvre, cette garrigue, composée de roches blanches et gluantes, où se développe le romarin, le thuya, le ciste et d’autre plantes innombrables. Toute cette végétation luxuriante aux couleurs criardes est entrecoupée de chênes verts et de chêne-liège. Ces prés qui enrichissent la terre et qui fournissent de la nourriture pour les espèces domestiques ainsi qu’un abri pour les cohabitants plus sauvages. En Espagne, ils appellent cela la « Dehesa » Je quitte l’Andalousie à Réal de la Jara où je pénètre en Extremadura. Je découvrirai donc cette région au printemps en parcourant ses chemins semi vallonnés sur plus de 300 km. A l’entrée de Real, j’aperçois l’auberge pour pèlerin. Cela à l’air confortable, c’est ouvert mais il n’y a personne. Et pour cause, il est 10h00. De toute façon, il est trop tôt pour que je m’arrête. Cependant, il va me falloir prolonger ma marche sur une assez longue distance, le prochain hébergement se trouve encore a plus de vingt kilomètres.

Le village se découpe en petites ruelles qui rejoignent la rue principale où se trouve une petite épicerie. J’y achète quelques petits trucs dont j’imagine avoir besoin. En autre, je trouve une plaquette de pinces à linges. C’est toujours intéressant, cela ne pèse trois fois rien et bien que vous en trouviez régulièrement sur les lieux où vous faites étape, lorsque vous arrivez avec votre linge à pendre, les autres sont toujours avant vous et les ont utilisées. Donc après une pause, qui n’en est pas vraiment une, si ce n’est que le sac est resté à l’entrée du magasin, je repars en vadrouille.

En sortant du bourg, je regarde à droite a gauche. Mon regard se porte sur une église située a ma gauche. En vaut-elle le détour ? Et c’est ainsi que je n’aperçois pas le panneau indicateur qui se trouve juste sur mon chemin. Oh là là, la baffe que je me ramasse. Ainsi qu’une fameuse plaie sur le front. En plus un groupe de scouts se profilent non loin de là. C’est impossible qu’ils n’aient pas assistés à la scène. Ils doivent braiment bien se marrer. Quant à moi, j’en vois trente six chandelles. Le temps de reprendre mes esprits après une centaines de mètres, je m’arrête pour prendre une pommade qui pourra un peu me soulager. Et naturellement, je râle un peu car je fouille dans chacune des poches de mon sac pour trouver mon remède. Pendant ce temps les jeunes passent devant moi et prolongent leur randonnée.

La visite de cette église n’est plus d’actualité. J’en ai même oublié l’intérêt. Par contre, je remarque les vestiges haut dressés d’un ancien château fort. Il possédait huit tours à l’origine. Les meurtrières étaient disposées autour des murs afin de fournir une défense en cas d'attaque.

Je reprends ma marche d’un bon rythme et rattrape vite le groupe de jeunes espagnols. Ils viennent de traverser un ruisseau et le passage en file indienne les a retardés. Le paysage change peu, mais les champs en fleurs sont plus visibles car les chênes sont clairsemés. Pour le moment le temps est parfait.

Une petite rivière traverse la route et plusieurs véhicules passent à toute vitesse, ce qui engendre un grand éclatement de gerbe d’eau. Espérant qu’il n’y a plus de passage motorisé, je prends le temps d’une petite pause. D’une part pour reprendre un ravitaillement nécessaire mais surtout pour retirer mes chaussures profité de l’aubaine pour marcher pied nu dans l’eau fraiche de l’Arroya de la Llama.

Pendant ce moment de détente, je suis dépassé par une femme. Nous nous sommes déjà croisés ultérieurement. A tour de rôle, je me retrouve devant elle puis, le temps d’une petite pause, elle reprend les devants. Bref, je m’aperçois qu’elle marche quasi à la même allure que la mienne.

Je remets mes chaussures et reprend le chemin avec une ardeur nouvelle. Je pense alors qu’éventuellement, nous pourrions allier nos pas.

Mais pour l’instant ce n’est pas encore possible, elle est repartie comme un météore. Je n’ai pas envie de trop forcé dés à présent. Il me reste encore à parcourir au moins huit ou neuf kilomètres et la fin du parcours se présente en forte pente montante.

Je quitte alors très vite le chemin champêtre pour aborder la grand-route puis encore une autre artère plus importante. Je remarque à ma droite le Complejo Leo. C’est un centre de ravitaillement pour les usagers du bitume. Il y a même un complexe hôtelier. Je pourrais pareillement profiter de l’aubaine. Pour autant, je considère que cet endroit n’est pas très conventionnel à mon but. Je traverse l’autoroute. Je passe devant ce qui fut une petite chapelle. Par contre, celle-ci est complétement délabrée sans doute parce qu’elle est perdue et enfermée dans un labyrinthe de bretelles routières. A quelques pas, je bifurque vers un sentier plus arboré. En outre, j’ai perdu de vue « ma Hollandaise ». Il y a quelques instants, je l’observais à quelque distance. Ensuite, pfft, plus l’ombre de marcheurs devant moi.

Le passage est étroit. Il longe l’autoroute et est assez escarpée. Il me reste encore près de huit kilomètres à parcourir aujourd’hui. Mais ceux-ci se feront inévitablement en montant. Je reprends une large piste et un chien me colle au train. Il me suivra pendant une grande distance. Il n’est pas féroce, mais je n’ai pas envie qu’il s’incruste. Que ferais-je avec un animal dans mon périple ? D’autant que les chiens de compagnie ne sont jamais acceptés dans les hébergements en Espagne. Je le chasse en lui criant qu’il aille se faire voir ailleurs. Comme s’il pouvait me comprendre ! Mais, la situation devenait toutefois un peu comique. La bête avait compris qu’elle n’était pas la bienvenue en ma compagnie. Donc, chaque fois que je me retournais, il arrêtait tout mouvement. Puis je reprenais mon allure et celui-ci reprenait à mon insu sa progression. Je passe alors devant une ferme et je me dis qu’il va sans doute rejoindre ses maitres à cet endroit. Toutefois pas de bol, tout en restant à bonne distance, il continue son chemin comme si de rien n’était. Il s’immobilise lorsque je le regarde et chaque fois, il m’observe d’un air penaud.

Aux abords de la ville, je me retrouve seul. L’animal a disparu comme par enchantement. Aurais-je rêvé cet épisode ? Comme nous sommes dimanche et que c’est encore l’heure de la sieste, je ne vois pas d’âmes qui vives.

Comme je viens de franchir un relief de terrain très important, il serait bon que mon hébergement se trouve à proximité. Cependant, rien ne me sera épargné ce jour. Découvrant un plan de la ville, je situe rapidement l’auberge à l’extrémité supérieur de la cité.

Mon GPS ne fait pas de prouesses et j’ai bien du mal à m’y retrouver dans ce dédalles de ruelle. C’est vers 15h00 que j’arrive à l’auberge Las Moreras de Monasterio à l’entrée je croise un couple de pèlerin français. Ils ont une charrette à une roue, et pour cause, ils ne descendent pas chaque jour dans une résidence. Donc, ils portent plus de bagages car ils ont emporté tout le matériel de camping. Ils sont libres de marcher plus ou moins longtemps. Souvent ils trouvent un endroit discret, en dehors des villes et s’arrêtent en général plus tardivement. Parfois, ils choisissent une auberge pour sublimer leur ordinaire avoir un peu de confort. Le temps d’une nuit, afin de profiter d’une douche et d’un lit plus large et à coup sûr plus confortable.

Comme ce n’est pas leur intention de dormir ici, je les salue puis je franchi la porte du local.

Au bureau de la réception, il n’y a personne. Je suis un peu inquiet, devrais-je attendre que quelqu’un se présente ? Pourtant en général l’auberge ouvrent vers 14h00.

Si le siège derrière le bureau est vide, il y a cependant un feuillet de papier qui indique des instructions. On prie les personnes qui désireraient faire étape en ces lieux de se rendre directement au dortoir A ou B. L'inscription ainsi que les frais de logements se feront dès le retour de la personne. En me dirigeant dans le long couloir, une nomination figure sur la porte d’entrée. Je rentre à la première porte. Je suis le premier, encore une fois. Mais où est donc passé la hollandaise ? Je suis installé depuis environ une heure, j’ai pris ma douche et je me repose un peu, quand j’entends du bruit dans le couloir. Intrigué, je regarde. C’est elle, je vais à sa rencontre, et lui explique le topo de la maison. Plus tard, nous irons manger ensemble. Pour le moment, elle s’installe à l’autre bout du dortoir.

Fin d’après-midi, lorsque restauré, je rentre à l’auberge. Tout un petit monde a débarqué. En autre, un groupe de jeunes gens qui ne sont autres que ceux que j’ai croisé à Real de la Jara. Ils se rappellent m’avoir vu ce matin alors que je venais de subir le déboire avec la plaque de signalisation. Certains s’étaient moqués sur le coup. Il faut que dire que la situation en valait vraiment la peine. Mais dans l’ensemble, ils étaient très sympathiques. Ils sont très intéressés par mon pèlerinage. Cependant, comme mon langage est encore hésitant, ils appellent un de leur copain qui connait le français. Ainsi, ce lance une conversation à plusieurs voix, la scène est assez comique et prendra vite des proportions interminables.


2 mai 2018



Monasterio - Fuente de Cantos

22 km – 176m + départ de Monasterio : 7h48 - arrivée à Fuente de Cantos 12h54


Mon copain l’espagnol, est arrivé très tard il s’est installé dans le fond du dortoir. Après quelques mots, il partit pour se restaurer. Je n’ai pas réagi à son retour, probablement que je dormais déjà.

A mon réveil, je m’aperçois que tous dorment encore. Je m’escamote discrètement de la chambre et me rends à la cuisine pour avaler un petit en-cas. Il ne me reste que peu de choses, hier comme c’était jour férié, je n’ai pas eu l’occasion de me réapprovisionner.

Il n’est pas huit heures, lorsque je franchis les portes de l’établissement pour une balade prévue de vingt kilomètres. Une petite excursion en quelque sorte.

Dés l’instant où je reprends ma marche, je suis très alerte et c’est d’un pas ferme que je me dirige vers la sortie de l’agglomération. Mon élan est vite stoppé, je passe devant le restaurant Leo, et j’en profite pour prendre un copieux petit déjeuner.

Après cet agréable intermède, je suis rapidement dirigé vers un chemin champêtre. Les parcelles des pâturages sont entourées de palissade en pierre sèche. Le temps a peu d’emprise sur ces constructions antiques et le bétail ne cherche pas à fuir les enclos. Dans ses étendues parsemées d’une floraison aux couleurs jaunes et violette, l’herbe est très abondante. Un cheval ou un groupe d’ovins paissent nonchalamment dans cette campagne sereine. Aux alentours d’une habitation, des porcs à la peau très foncée, presque noire, sont regroupés et montrent encore une nature très lascive.

J’avance dans cette campagne. Progressivement, elle devient désertique. Bientôt, il ne reste que des terrains de culture dans cette terre rocailleuse. Au sommet d'une colline, se prolonge le long ruban de la route empierrée. Je remarque deux pèlerins L’un tire une charrette. Je ne tarde pas à les rejoindre, il s’agit des français rencontrés la veille. Ils ont trouvé un endroit tranquille où ils se sont arrêtés pour la nuit. Nous partageons un cours instant notre marche, mais leur allure est un peu lente pour moi, et je prends de l’avance. Au loin une ville se profile. C’est sans doute « Fuente del Canton » mais elle est encore à bonne distance. Au-delà, une chaîne de montagne s’étend à l'horizon. Les terrains sont très sec et recouvert de cailloux. Dans une vallée, un petit rio produit une résurgence de la végétation. L’endroit se désigne comme une oasis au centre d’un désert aride. A cet emplacement propice, deux pèlerins espagnols, que j’ai déjà croisés ultérieurement, font une pause. Nous entamons une brève conversation.

Le ciel est d’un bleu limpide, une cigogne décrit des arcs de cercle à la recherche d'une hypothétique nourriture. Dans le lointain, le son d'un tracteur trouble le chant des oiseaux. Ariana, la hollandaise m’a rattrapé. Il est à supposer, que j’ai trainé en route pour que nos pas se rejoignent. Nous déambulons dans la ville, à la recherche de notre auberge. Nous parvenons dans une grande cour et nous nous retrouvons en face de la porte d’entrée du « Convento Vía de la Plata de Fuente de Cantos ». C’est une ancienne institution religieuse. La personne de contact se présente et très vite, elle nous dirige vers une chambre. Trois lits sont disposés mais comme il semble que pour raisons probantes, on sépare les hommes des femmes, un autre lit est occupé par un français. Nous prenons une douche et adoptons une tenue plus pratique. Et d’un commun accord Ariana m’accompagne dans un restaurant. Celui-ci se trouve à l'autre bout de la ville, et nous avons un peu de mal à le situer.

Le resto « El Gato » est d’une qualité et d’un service irréprochable. Le menu du pèlerin est vraiment très appréciable. Satisfait, nous empruntons les étroits chemins dans la ville afin d’en faire une introspection. Très vite, je me retrouve solitaire.

Dans ma visite de la cité, je rencontre un français. Il s’appelle Jacques. Il loge à un autre endroit que moi, car il a été abordé par un démarcheur qui lui a vanté les mérites d’une pension. Il a été séduit par cette perspective. Nous nous attablons à un petit bar et nous discutons de nos périples respectifs. Il suit le même chemin que moi et nous pourrions sans doute nous retrouver un autre jour.

Plus tard, dans l’après-midi, Jeronimo se présente à l’auberge. On lui désigne notre chambre. Ainsi, celle-ci est au complet. Jeronimo semble bien connaitre cette région d’Estrémadure. D’ailleurs, quelques membres de sa famille au courant de son passage sont venus lui rendre une petite visite.



3 mai 2018



Fuente de Cantos à Zafra

25 km – 131 m + départ de Fuente de Cantos : 7h07 - arrivée à Zafra 13h45


J’ai emporté mon sac « FORGLAZ 5° » lorsque je m’y engouffre pour la nuit, il peut normalement faire jusque 0° de température limite. Je suis content de l’avoir pris, il m’a déjà servi une fois alors que je dormais en début d’étape à la belle étoile. L’avantage d’avoir son propre couchage, c’est de savoir dans quoi on se couche. Les couvertures dans les refuges sont nettoyées on ne sait vraiment pas à quelle période donc je préfère avoir mon propre matériel. Je suis un peu maniaque en ce sens, mais j’ai déjà rencontré quelques problèmes d’hygiène dans mes marches antérieures. Donc malgré mon choix et même en gardant mon polaire, il ne faisait pas trop chaud cette nuit.

Je suis réveillé vers 6h15, je traine un peu. Nous avons décidé de partir ensemble Ariana et moi vers les sept heures. Peu après sept heures, toujours pas l’ombre d’une hollandaise dans les parages. Tant pis, je pars seul vers le haut du village. Je prendrai le petit déjeuner au bar en face de l’église.

Lorsque je rentre dans l’établissement une agitation mène déjà bon train.

J’ai déjà avalé mon repas lorsque la fille se présente. Je la salue, puis reprend mon sac à dos et me dirige vers la sortie … sans payer l’addition.

Mon geste est involontaire sans cause prémédité. Il s’agit incontestablement d’un oubli de ma part.

J’ai à peine franchi le seuil de la porte, que le gérant me court après en vociférant son indignation. Dans cette déveine, je viens en plus de croiser deux policiers et je n’aurais sans doute pas intérêt de fuir comme si de rien n’était. Mon acte n’était pas délibéré, je lui présente donc mes excuses et lui règle promptement son dû. J’en garde néanmoins une indéniable confusion et de fait, je prends une résolution immuable : dorénavant je paierai toujours mon addition dés que j’aurai reçu ma consommation.

Avec tout cela, il est près de 8h00 lorsque j’appréhende la sortie de la ville. Je débouche directement sur une campagne souriante. Un soleil naissant flamboie déjà de mille feux tandis qu’en face, la lune tarde à disparaitre. À la faveur de mon regard scrutateur, je capte un instant le déplacement fugace d’un moineau en plein travail de recherche de nourriture. Les champs s’étendent. Le terrain est plat et peu vallonnés. Mon chemin rustique longe à peu de distance la route nationale. Celle-ci est parallèle à l’autoroute qui ne doit pas se située à plus de trois kilomètres sur ma droite. D’ailleurs à travers les chants des oiseaux on entend clairement les véhicules. Au loin se dresse la statue d'un taureau géant.

Je progresse rapidement dans cet environnement agréable. Le chemin oblique un peu vers la route et dépassant le panneau routier indiquant une attention spéciale me fait traverser celle-ci. Une étendue d’oliviers s’étend à l’infini. Après six kilomètres, je traverse rapidement Calzadilla de los Barros. C’est une petite entité très calme à l’activité très calme. Retrouvant la campagne, j’arrive à un point d’eau perdu dans la végétation. C’est facilement repérable car des joncs se balancent au gré du vent. Les alentours de ce cours d’eau sont assez étendus mais ont toutefois été aménagés pour permet de franchir aisément cet écueil. Une passerelle réalisée de palettes de bois permet de le traverser et les pieds restent au sec. La rivière forme un peu plus loin un petit lac.

Un peu plus loin, j’emprunte la « Cañada Real Leonesa Occidental ». C’est un des nombreux chemins de transhumance régulés dès 1273 par l'édit royal d'Alfonso X dit le Sage. Je remonte ainsi ce chemin ancestral sans guider d’animaux, et c’est très bien ainsi.

Juste avant d’entrer dans Puabla de Sancho Pérez, je vois le signal annonciateur d’une ligne de chemin de fer. L’infrastructure ferroviaire est assez simple et à simple voie. Mais elle est de construction récente et j’aperçois un loco tracteur plein de ferveur qui pousse deux wagons vers la gare de Zafra. Serais ce donc un bel exemple d’une certaine efficacité dans ce pays ? Peut-être notre pays pourrait-il en prendre de la graine, en tenant compte de certains raccordements qui ont été créer ces dernières années, sans grande utilité. Pourtant le contribuable en a payé les frais d’infrastructure. Même si c’est le budget de l’Europe qui les a financés en grande partie. Je n’en situerai que deux près de chez moi, sur la ligne 162. Premièrement, la transition qui conduit vers Valvert. L’inactivité de cette petite ligne engendre réellement un excès de poids lourd sur les routes. Et bien sûr, le raccordement du ZI de Molinfaing (Longlier-Neufchateau). Un projet miné, puisque la ligne n’a jamais servi depuis sa construction.

A Puabla, alors qu’il doit être aux alentours de midi, je retrouve Arriana. Elle prend une collation à la terrasse d’un bar. J’en profite pour faire de même. Il fait beau, en face de nous, je retrouve le couple d’espagnol rencontrer la veille. Ils me font part que leur chemin s’arrêtera cette année à Zafra. Ils ne leur restent donc que deux kilomètres à parcourir ce jour sur les chemins de Compostelle. Nous sommes attablés devant la grand place face au « Hogar de Mayores » (local des ainées). Et de fait, une petite réunion de personnes âgées sont réunie à deux pas de nous. Je remarque un homme invalide qui se démène comme un bon diable pour déballer un caramel. Il ne peut se servir que d’une main car son coté droit semble paralysé. Pris d’un élan de charité, je me dirige vers lui et l’aide. Il est très surpris et un peu furieux. Il pense qu’en premier abord, je vais lui chaparder sa friandise. Mais vu que je lui rends son bien qui semble le plus précieux en ce moment a ses yeux, il se fond en remerciements. Je suis content, j’ai fait ma BA de la journée.

Nous reprenons notre chemin ensemble. D’ailleurs nous arriverons dans peu de temps.

Lorsque nous entrons dans la ville notre direction est rectiligne jusqu’au centre. L'Albergue Vincent Van Gogh est un immeuble qui ne passe pas inaperçu. Il s’agit d’une construction qui devait avoir un certain prestige à une certaine époque. C’est une grande bâtisse peinte en blanc avec une encoignure rouge surmontée d’un balcon fermé surmonté d’une petite tour de style baroque. Toute la toiture du bâtiment est plate et fait office de grande terrasse protégée par un long garde-fou en pierre sculptés. Cette plateforme donne une superbe vue panoramique sur la ville. Il est évident que l’invasion sarrasine d’autrefois, n’est pas étrangère au style de cette architecture. L'albergue a été entièrement rénovée par des pèlerins peintres et donne un cachet assez exceptionnel à l’endroit. L’ensemble des dortoirs permettent d’héberger trente pèlerins. Le prix est raisonnable et comprend un petit déjeuner frugal pour le lendemain matin.

Comme ma collation que j’ai avalée au village précédent était assez copieuse, je me satisfais de ce repas pour l’instant. Je prends donc ma douche, puis j’étends mon linge à sécher sur une penderie installée sur la terrasse providentielle. Ensuite, je me prépare pour une prospection des environs.

A peu de distance, se trouve le parc. Il est très bien entretenu et est très agréable avec des bosquets, des pelouses, des roseraies, des aires de jeux pour enfants et les allées du parc sont flanquées de bancs en fonte sculpté autorisant la détente et la sérénité.

Zafra ne déroge pas à la règle, début d’après-midi, le calme apaise la ville. J’en profite pour visiter plusieurs quartiers. Tous les commerces sont fermés et cela m’arrange. Je flâne dans les rues et les minuscules ruelles à la recherche de l’inédit.

La vieille ville médiévale se dispose autour de l'Alcazar. Cette structure militaire du XVe siècle a servi de Palais aux Ducs de Feria. L’intérieur a des allures de palace. Il possède au patio central avec un remarquable cloître renaissance. Actuellement, l'Alcazar abrite un Parador. C’est un hôtel quatre étoiles. Il se dresse tel un majestueux château composé de vastes salles élégantes. La valeur architecturale du palais se reflète sur sa spectaculaire façade située face à un site aménagé. Son intérieur est grandiose. Il conserve d’admirables plafonds à caissons, des coffres, des ornements en fer forgé, des rampes d'escalier et des éléments décoratifs d’origine.
Quelques mots sur les hôtels Paradore. (Le mot parador signifie auberge en espagnol)
Los Paradores de Turismo de España est une catégorie d'hôtellerie de luxe fondée par le roi Alphonse XIII, roi d'Espagne de 1886 à 1931 afin de promouvoir le tourisme en Espagne dès 1928. A partir des années 80, la transition démocratique espagnole marque un changement de propriété de la chaine Paradores. Elle devient un organisme géré par l'État. En 1991, Paradores devient la société Paradores d'Espagne SA. L'objectif est de rentabiliser Paradores, pour en faire une entreprise autonome tout en assurant la maintenance et le fonctionnement de la chaîne. La chaîne compte alors quatre-vingt-cinq établissements et deux restaurants. En 2003, l'organisme reçoit la Médaille d'or du mérite des beaux-arts par le Ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports.
Dans cet entrelac de ruelles et en forme d’ovale, la ville fut autrefois entourée d’un rempart en pierre. Elle ne conserve à présent que trois portes sur les huit qui existaient à l'époque. La Plaza Grande est entourée d'arcades, et elle occupe le centre de la localité. Elle est reliée par l’« Arquillo del Pan » (Petit Arc au pain), à la Place Chica, plus petite que la première. L’église collégiale de La Candelaria fut érigée en 1546. Dans la balade de la ville on remarque aisément l'église paroissiale de San José, une multitude de couvents et l'Hôpital de Santiago qui fut fondé au XVe siècle. L'architecture civile est riche de nombreuses maisons seigneuriales ainsi que de beaucoup de maisons de la bourgeoisie du XIXe siècle.

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Dès 17h00 le petit bourg reprend son agitation. Je rencontre le couple de Français qui ont abandonnés leur charrette et leur sac à dos dans un hôtel de la ville. Puis l’activité fébrile de la ville reprend le dessus, je me dirige vers un super marché pour me procurer un ravitaillement pour le jour suivant. Brusquement, un véhicule me frôle à toute allure. A peu de chose près, il manque de me culbuter. Puis à quelques mètres, il est arrêté par un feu rouge. Il donne tout ce qu’il peu pour s’arrêter à temps. Son véhicule stoppe quelques centimètres derrière cette interdiction de passage. Pas de chance pour lui, des agents de la guardia civil observaient la scène. Il n’en faut pas plus pour qu’ils l’interpellent.

Pendant que je me rends au « Supermarket Dia », je passe devant la gare. Je me rends sur le quai observant un mouvement en cours sur l’unique voie. C’est une rame diesel, tout ce qui a de plus moderne, qui vient de s’arrêter pour embarquer d’éventuels voyageurs. A tout hasard, je prends note des horaires au cas où un retour précipité se révèlerait nécessaire.

Je rentre à l’auberge avec sans aucun doute trop de provisions. Demain le poids de mon sac s’en ressentira. Qu’a cela ne tienne, je n’irai pas au restaurant aujourd’hui. Je ferai ma popote et mangerai sur place.

Le soir, après avoir ranger mon linge et préparé mon sac, je me rends à la salle de repos. Ils sont tous là, je remarque que Jeronimo est enfin arrivé. Tous le monde discute, mais très peu en français. Lassé de me forcer à les comprendre, je remonte me coucher.



4 mai 2018



Zafra - Villafranca de los Barros

21,43 km – 201m + départ de Zafra : 7h23 - arrivée à Villafranca de los Barros 12h35


Tumulte dans le dortoir dès 6h15.Incroyable, ils veulent être les premiers au petit déjeuner ? Peut-être pensent t’ils tous qu’il n’y aura pas assez de provisions pour tout le monde.

Je cafouille un peu au départ, et je suis repartis pour une visite de la ville. J’aurais dû préparer mon itinéraire GPS la veille et ne pas me filler aux flèches qui indiquent systématiquement le centre de la vielle ville. Quoi qu’il en soit, ma hollandaise, partie très peu de temps avant moi, a fait la même erreur. Comme elle n’a pas de GPS, il y a peu de chance qu’elle s’en rende compte.

Je quitte la ville par la Torra de San Fransisco, c’est unique élément qui subsiste encore de l’ancien couvent Fransisco de San Benito. Ce monastère également connu comme Couvento de San Fransisco Estaba est situé en dehors des murs de la ville de Zafra et fut occupé réellement à partir de l’année 1575. Ce lieu de retraite fut occupé par les Pères Franciscains ce qui leurs permettaient de se consacrer pleinement à leur vie de retraite en se vouant à un silence impassible. En 1671 le couvent abritait plus de quarante religieux. Tout l’édifice, sauf la tour était construit avec des matériaux modestes et a beaucoup souffert pendant la Guerre de l’indépendance de 1808.

Le ciel est encore sombre mais une lumière vive tente de jaillir du sol donnant un effet étrange a cet édifice. Je suis conduit vers une piste bétonnée qui m'emmène vers Los Santos de Maimora. Je rencontre un autochtone. Il a atteint un âge remarquable et se déplace essentiellement pour promener son chien. Il parle quelques mots de français et avec mon espagnol, nous parvenons à échanger une conversation. Il me demande par quels desseins j’ai été convaincu d’accomplir ce long chemin à pied. La réponse restera énigmatique car mes intentions restent floues. Mais je suis certain qu’il a su comprendre mes intentions car il me signale avoir parcouru le même cheminement quand il était plus jeune.

Je traverse un site protégé sur la colline de la Sierra de los Olivos réputé par sa flore exceptionnelle abrite une importante population d’orchidées et d’autres plantes qui permettent d’alimenter une espèce particulière de papillon « lolana iolas » considéré comme fragile.

Lorsque je passe devant l’église de Los Santos de Maimora alors que les horloges du clocher affichent 8h32, je ressens le besoin de faire une pause casse-croute. Arriana qui m’a devancé et a remarqué mon passage, me hèle d’un petit bistro qu’elle a déniché dans une rue parallèle. Elle a eu la même idée que moi, ne se satisfaisant vraisemblablement pas du repas pris précédemment.

Convenablement restaurés nous reprenons ensemble la suite de notre chemin. Après avoir longé l'usine d'incinération située à ma droite. C’est un des chancres de la civilisation actuelle à laquelle nous sommes obligé de payer le prix. La campagne revenue, nous arrivons dans des étendues d’oliviers. Ce sont des étendues assez rustiques, très fleuries et particulièrement sauvage. Quelques constructions qui devaient être autrefois de somptueuses demeures, tombent à présent en désuétude.

Après 15 km, nous passons sous l'autoroute mais avant, nous nous trouvons dans l’obligation de traverser une ligne de chemin de fer. Il n’y a aucun passage à niveau ni protection d'aucune sorte. J'aide un cycliste à le traverser car chargé comme il est, il est bien embêté. Je me fait la réflexion que la ligne doit être très peu fréquentée mais quelques instants plus tard, un long train de marchandises passe à tout allures.

Après avoir passé sous l’autoroute on rejoint un court instant la nationale jusqu’à Ermita de San Isidro. Je me voyais déjà arrivé mais ce n’est pas le cas et nous repartons par un chemin champêtre pendant environ trois kilomètres et demi. A un rond-point nous retrouvons la civilisation et nous entrons dans la ville. Ariana à disparue, mais je viens de retrouver le français. Les maisons que nous longeons sont basses et de couleur blanche. Mitoyennes, elles forment un long ruban urbanistique. A la Plaza de San Marcial, nous apercevons le clocher de l’église et nous nous efforçons de nous en rapprocher le plus près possible. Après le canal, le GPS indique de prendre vers la droite et nous montons la rue qui décidément se dessine de la même façon partout ou nous allons.

Vu que nous étions nombreux hier au gite précédent, j’ai fait une réservation par téléphone. L’abergue se situe au bout de la Calle Carmen au n° 26 à deux pâtés de maisons du lieu de culte, le Parroquia de Nra. Sra del Carmen.

Nous montons à l’étage vers une porte fermée. Une sonnette permet de signaler notre présence. Une femme viens rapidement nous ouvrir et nous désigne un couchage. Ariana nous a devancée mais comme j’avais réservé deux places nous serons l’un au-dessus de l’autre. J’occupe la place supérieure. Après notre installation, nous descendons plus bas dans la rue à la recherche d’un restaurant. Nous arrêtons notre choix très rapidement, avant la fermeture de l’établissement.

Après une petite sieste, fin d’après midi je vais faire un tour. Je retrouve Jacques, le français avec lequel j’ai marché ce matin. Nous sommes faits pour nous entendre. D’ailleurs, nous progresserons ensemble jusqu’à la fin du périple.


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5 mai 2018



Villafranca de los Barros - Torremejía

27.41 km – 27m + départ de Villafranca : 7h04 - arrivée à Torremejía 12h32


C'est la sonnerie des cloches de l'église toute proche qui me tire de mon sommeil. Elles ont vibré six fois. Le temps d'émerger dans le monde réel et de s’étirer un peu, et une nouvelle journée de marche s'annonce. Aujourd’hui, Torremejía sera notre prochain endroit de relâche, 28km pour boucler cette étape. C’est un peu plus long qu’hier, mais rien d’insurmontable. Vu le nombre de personnes hébergés cette nuit, contrairement à mes habitudes, j’ai pris mes dispositions afin de réserver plusieurs couchages à notre prochain gite. L’albergue Rojo de la Plata est le seul hébergement.

Le petit déjeuner est pris sur place, une personne se trouve en cuisine et distribue chaque ration pour chacun. Bien que le prix demandé reste assez bas les quantités sont suffisantes. Je pars seul, le jour se lève à peine. Je passe devant un édifice religieux, des lampadaires diffusent encore leur lumière. Le ciel est encore sombre et un quartier de lune outrepasse les toitures des bâtiments.

Dès la sortie de la ville, un long chemin empierré se présente entre les vignobles et les oliviers. Des sarments de vignes sont en train de bruler le long de cette voie rectiligne et plate. La journée se présage d’être de bon augure, très ensoleillée mais ne présentant que peu d’abris. Dans le lointain, j’aperçois de basses montagnes. Je ne le sais pas encore, mais c'est mon point d'arrivée. L’étape se présente assez monotone. Mais finalement, comme c’est plat, je peux marcher assez vite.

J’arrive donc dans les premiers et franchis l’entrée d’une grande pièce. C’est une unique chambre en fait. Elle se limite à un dortoir où sont disposés une douzaine de superposés lits. Très vite Ariana franchi la porte, nous nous inscrivons, mais l’homme s’imagine que nous sommes ensemble et c’est elle qui paie. Comme nous avons pris le repas et le petit déjeuner, la note se révèle est un peu élevé. Je la rembourse immédiatement. Reste que le ticket est unique et c’est ensemble que nous devrons nous diriger pour prendre les repas.

On nous informe que dans une petite demi-heure, le seul commerce de ce village un peu reculé, fermera ses portes pour le weekend. Daredare, tout le monde s’y rend pour faire quelques emplettes. De retour, je téléphone pour réserver un logement pour le lendemain. Dans un premier temps, Ariana pense continuer avec moi, puis se désiste. Elle préfère s’arrêter afin de visiter Merida. Cependant, j’ai réservé deux emplacements. Avant de procéder à une annulation, je le propose à Jacques. Il vient juste d’arriver en compagnie de Robert, un autre français. Robert s’insurge, c’est quand même lui le plus âgé. Je leurs répliquent qu’il s’arrange entre eux. Ensuite, l’un ou l’autre peu de son propre chef réserver une place supplémentaire.

Il n’y a pas vraiment de querelles c’est une discussion bon enfant. Et bien sûr nous nous retrouverons un peu plus tard à la même table, en compagnie d’un couple d’Anglais.

Nous sommes cinq à table. Les anglais, pour une fois, parlent français, mais leur accent est assez comique. C’est ainsi que nous passons encore une fois un bon moment animé par des discussions à n’en plus finir.



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6 mai 2018



Torremejía - Aljucén

32 km – 258m + départ de Torremejía : 6h56 - arrivée à Aljucén 12h35


Retour de fiesta ? Je ne sais pas, mais un brouhaha infernal se développe dans la rue. Il est à peine 5h00, c’est encore un peu trop tôt pour déménager. Des coups de klaxons et de fortes paroles au sens non identifié importune toute la chambrée. Un enchainement ce produit, c’est alors un passage continu de partenaires vers une migration de soulagement matinal. Cela ne fait qu’accentuer le remu ménage.

Un peu plus tard, alors qu’un calme relatif est rétabli dans l’enceinte, je replonge dans un sommaire assoupissement. Vers 7h30, bagages compris, nous nous dirigeons la hollandaise et moi vers le café proche, pour y prendre notre petit déjeuner. En sortant nous nous disons un « au revoir » assez émouvant, il est peu probable que nous nous rencontrons de nouveau. Ariana s’arrête à Merida situé à seize kilomètres. J’en aurai plus du double pour rejoindre Aljucen.

Le chemin longe la grande route pendant un certain temps mais comme nous sommes dimanche, il y a très peu circulation. Au loin se profile une petite montagne envahie par la fumée d’une usine hautement polluante. Le soleil bas, de ce début de matinée, a du mal de percer cette nuée épaisse et sombre. Je me dirige vers une voie parallèle. C’est une ancienne route abandonnée au profit d’un récent réseau routier modernisé. Je traverse une nouvelle fois la ligne de chemin de fer, sans signalisation aucune de protection, bien que celle-ci soit probablement fréquentée assidument.

Je repars dans la campagne. C’est une succession de vignobles et de céréales. Au loin, une mogolfière prend son essor dans un ciel uni.

C’est un enchainement de prairies avec quelques arbres rabougris qui agrémente le décor. Cela porte mes pas, jusqu’à la ville de Merida. Comme souvent, aux abords d’une agglomération, on rencontre souvent des bâtiments abandonnés proche de la décrépitude. Ils sont régulièrement peinturlurés par une faune locale difficilement perceptible. Toutefois, je remarque un dessin intéressant. Malgré que le message qui me reste un peu indéchiffrable, la représentation révèle un graphisme adroitement élaboré.

Ce que je remarque en premier lieu dans l’approche de cette ville séculaire, c’est le long pont romain. C’est assez particulier car il se donne un effet d’optique. Ainsi, ce juxtapose l’ancienne construction à un autre pont érigé plus récemment. Cela donne l’impression que les deux structures se fondent en une seule et même nature. Je fais pars de mon observation à un homme que j’ai déjà remarqué précédemment. Il est espagnol, et il a bien du courage. J’apprendrai plus tard qu’il se déplace à l’aide d’une jambe artificielle. Je ne sais si sa prothèse est parfaitement au point, mais cela lui donne une impression de déhanchement de droite à gauche. Nous nous rencontrerons souvent par la suite, et boirons même quelques verres ensemble.

Je traverse l’antique pont romain, et je retrouve les anglais. Nous faisons quelques photos puis nous poursuivons chacun dans notre direction prévue.

En continuant droit devant, il est judicieux de visiter la ville qui est très particulière. On passe d'une rue commerçante débordante de boutiques de mode et de bars à une ruelle débouchant sur un temple romain. Il y a de nombreux vestiges romains en de nombreux endroit. On peut aussi admirer une « alcazaba » ou forteresse arabe. Rapidement, on arrive sur la Plaza de España qui est bordée d’orangers.

Au bas de la ville, le théâtre et l'amphithéâtre romains, est l'ancien centre de divertissement et de jeux d'Augusta Emerita, ville romaine de la grande Hispanie. L'amphithéâtre a été le témoin de combats de fauves et de gladiateurs, de mises en scène de grandes épopées et d'exécution d'esclaves. À son époque de splendeur, il pouvait accueillir quelque 10 000 spectateurs. De nombreuses fouilles ont permis de reconstituer le site, de retrouver et de mettre en œuvre une restauration recréant fidèlement la scène la plus raffinée du monde culturel de la Mérida de l’époque. En haut de la ville, se trouve le musée national d'art romain. Le bâtiment, dessiné par l'architecte Rafael Moneo, est une sorte de passeport pour partir à la découverte de l'Empire romain. Le fond de la salle principale est présidé par une gigantesque décoration du portique du forum, les murs sont ornés d'impressionnantes mosaïques originales, le sous-sol abrite une crypte, des constructions et un tronçon de voie romaine…

Néanmoins, je ne visiterai pas la ville car je me réserve d’y revenir prochainement.

Je longe donc le fleuve sur un petit tronçon et arrive devant les ruines de l’ancien aqueduc romains surmonté par les nids des cigognes. En remontant, vers la sortie, je m’arrête l’instant d’une pause dans un petit bar. Lorsque je sors de l’établissement, Jacques se pointe à l’entrée. Je le quitte on se retrouvera plus tard.

Dans un premier temps, c’est la route nationale qui conduit vers le site du lac de Badajoz. J’entre ainsi dans une propriété réservée à la promenade et à la détente. C’est plutôt serein, après la circulation des instants précédent.

Les romains ont créé un espace d'eau au nord de la ville de Proserpine. Autrefois, un aqueduc reliait cet endroit vers Merida. Le lieu bien que touristique est très agréable. Je me promène le long de l’étendue d’eau recouverte de mille friselis suscités par un vent frisquet. Bien que la baignade y soit autorisée, je n’irai pas plonger dans le lac car en ce moment une immersion n’est pas attirante. Puis, il me reste encore environ dix kilomètres et je ne veux pas m’attarder davantage. El Presa Romana de Poserpina est un vieux barrage romain encore en activité aujourd'hui. A deux endroits, la bute de terre qui recouvre le barrage a été retiré pour permettre d'en voir la structure. Il est tout à fait remarquable qu'un tel ouvrage est pu traverser les siècles et être encore opérationnel aujourd'hui.

Voir 53 photos sur le Net :

Je quitterai donc cet endroit idyllique pour continuer mon périple. C’est une petite route de campagne qui m’emmène vers le petit village de El Carrascalejo. Là non plus, je ne m’y attarderai pas, d’ailleurs tout est fermé. A la croix, je retrouve un chemin champêtre puis rejoint la grande route qui conduit mes pas vers Aljucen.

Jacques m’a rejoint, il me vante le petit bourg pour ces thermes. Nous pourrions allez nous y détendre cet après-midi, car il est en ce moment 13h00, il nous reste ainsi pas mal de temps.

On nous attribue un lit, on fait un brin de toilette et nous allons rapidement manger. Nous n’avons pas loin pour nous y rendre, en effet il y a un bar-restaurant juste en face.

Ensuite, nous décidons de nous rendre aux thermes. On sonne au bâtiment … pas de réponse. Tant pis, nous rentrons. Nous hélons un hypothétique propriétaire sans aucun succès. Aucunement gênés, nous visitons tout l’établissement. C’est assez bizarre, tout est ouvert, mais on ne rencontre personne.

Dépités, nous retournons à l’auberge faire une sieste bien méritée. Subitement, je me réveille. Un orage s'abat sur le village. C'était annoncé, mais il faisait tellement bon que je n'y croyais pas. Il est 17h30 pourvu que la pluie ne perturbe pas notre voyage demain.



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7 mai 2018



Aljucén - Alcuescar

20,53 km – 255m + départ de Aljucén: 7h02 - arrivée à Alcuescar 12h22


Dans cette chambre où loge un bon nombre de personne, il est difficile de faire la grâce matinée. C’est donc vers 6h15, que je sors de mon sac de couchage pour me rendre directement aux commodités. J’en profite pour faire un brin de toilette. Je rentre discrètement dans la chambre et j’extirpe mon sac préparer la veille. Ensuite, je reviens rechercher mon couchage pour l’enfourner à son emplacement prévu.

La table du petit déjeuner est dressée, notre hôte d’un jour l’a préparée la veille. Pas question pour elle de se lever si tôt. J’ai toujours pensé, que le contenu présenté est souvent calculé au plus juste. Toutefois, comme je suis toujours un des premiers à déjeuner, je peux allégrement me servir sans toutefois exagérer.

C‘est vers 7h00, alors que le soleil monte lentement à l’horizon que je décolle pour une étape de vingt bornes. Très vite, je quitte la ville. Peux après, alors que viens à peine de partir, il me vient déjà une envie pressante et très dérangeante. Bon sang, en général, même si je n’en récent pas la nécessité, je me plie à une règle que je me suis dictée. C’est vraiment beaucoup plus commode de s’y rendre à l’auberge. Bon, comme je ne peux tenir plus longtemps, je cherche un petit endroit discret à l’abris des regards. D’autres pèlerins vont vraisemblablement circuler d’un moment à l’autre ! J’ai choisi pour la cause, le lit assécher d’une petite rivière parvenant à m’abriter sous un pont en contre-bas. Cela m’évite de faire d’inutiles détours.

Reprenant mon périple, alors que plusieurs personnes m’ont devancé, je pénètre dans le parc naturel régional de Cornalvo. C'est un très bel endroit. Bien que celui-ci réserve pas mal d’emplacements didactiques, il reste particulièrement sauvage. Il abrite plusieurs espèces d'oiseaux et une flore exceptionnelle. Le chemin est balisé par une borne spécifique, il s’agit d’un petit cube de granit gravé en surface par un symbolique tracé qui passe au travers d’une arche antique. La face avant est pourvue d’une plaque de couleur jaune qui indique le sens de la marche. Un ensemble de blocs, de même acabits, placés à la queue leu leu permet également le passage des petites rivières.

Un petit monde d’oiseaux et de batraciens gazouillent dans ses étendues protégées. Toutes cette végétation encore fraiche de la rosée du matin renforce d’autant plus la sérénité de l’endroit. Sur le petit chemin raviné par les pluies abondantes d’un hiver imbibée d’humidité, des troupeaux de bestiaux entretiennent ces étendues verdoyantes et fécondes. A intervalle régulier l’inscription suivante “Animales sueltos – Cieren la puerta por favor “ invite les promeneurs à se consigner dans les enclos.

J’ai marché toute la matinée seul et a par un ou deux troupeaux de vaches, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Je marche sans doute trop vite pour mes poursuivants. Il est midi, lorsque j’aborde le village d’Alcuescar. Dans la descente qui me conduit vers un retour à la civilisation, un bruit incongru me fait reprendre mes esprits. C’est mon téléphone qui retenti. Le temps d’aborder les touches de l’appareil, la sonnerie se coupe. C’est toujours ainsi, dans le déroulement des opérations. Ensuite, le correspondant vous glisse une communication dans votre messagerie, et lorsque vous voulez entrer en contact avec celui-ci, la ligne est toujours occupée.

Par conséquent, continuant à me déplacer, mais guère attentif à la direction que je prends, je ne remarque pas un coude du chemin. Et je continue droit devant. Mon épouse me contacte une minute plus tard. En quelques mots elle me tranquillise et poursuit par quelques banalités qui pour elle sont relativement importantes :
« … pourrais-tu me dire où se trouve la poudre pour pulvériser les patates ? » J’en profites pour déposer mon sac. Je m’assois dans l’herbe à l’ombre d’un arbre situé à l’orée d’une première habitation. Une voiture passe devant moi. Son conducteur à l’air de prendre cette chose incongrue. Notre conversation entre époux se poursuit quelques minutes car cela fait plusieurs jours que nous n’avons pas entrés en communication.

Après ce bref intermède, je poursuis mon chemin. Puis surgit un doute, ne devrais-je pas consulter mon GPS ? Bien m’en prend, je devais bifurquer au coude rencontrer précédemment. Un peu mécontentent, je râle. Ce demi-tour va encore allonger mon parcours.

A mon retour, je rencontre Jacques et nous poursuivons jusqu’au couvent des sœurs de la “ Residencia Casa de la Misericordia “. Néanmoins, cela ne nous servait en rien de courir. La résidence n’ouvre ses portes aux pèlerins qu’à partir de 13 h00. Un bar est situé en face, c’est providentiel. Installés en terrasse sous un parasol, nous sirotons un rafraichissement salvateur. C’est ainsi que nous apercevons Robert qui redescend de la ville, il s’est aperçu de sa méprise lors de son arrivée au village. Il nous a rejoint au bar et comme celui-ci fait aussi restaurant nous en profitons pour diner en ce moment.

Il est près de 14h00, lorsque nous franchissons les portes de la réception. Le dortoir est énorme et ne sera pas complet aujourd’hui. On nous propose une chambre plus réduite, où nous pourrions nous retrouver à trois mais nous déclinons cette invitation.

Nous remontrons au village pour en faire le tour. La municipalité d'Alcuéscar est réputée pour son église de Santa Lucía del Trampal. Cette église nous a vraiment interloqués. Chaque aspérité prépondérante est fréquentée par des cigognes. Il est dit qu’à l’origine ce fut un temple wisigoth construit vers le septième siècle. Il a été récemment restauré et adapté pour les visites avec un centre d'interprétation. A notre passage tout était encore fermé. Nous sommes allés faire quelques emplettes. Puis nous avons rejoint nos pénates.



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8 mai 2018



Alcuescar – Valdesalor

26,24 km – 87m + départ de Alcuescar : 7h02 - arrivée à 12h22


Dans le grand dortoir, malgré un matelas assez mou, je n’ai pas trop mal dormi. Hier, j’ai oublié d’acheter une bouteille d’eau. Il est à remarquer, que l’eau de la distribution, bien que potable, présente un gout horrible avec une odeur de clore assez prononcée. Habituellement, j’achète de l’eau à bon marché en bouteille. Je la transverse dans d’autres plus petites et de constitution plus solide. Donc aujourd’hui, je devais me résoudre à prendre de l’eau du robinet. Toutefois, en ouvrant le frigo afin de récupérer quelques trucs m’appartenant, je découvre une grosse bonbonne d’eau minérale. Je prends donc la liberté de me réapprovisionner pour la journée.

Les portes du couvent ne s’ouvrent qu’à 7h00. Je descends l’escalier vers l’entrée et rencontre l’hospitalière qui est déjà à pied d’œuvre. Après une franche accolade, ces gens sont toujours d’une bienveillance hors norme, je franchis la porte, pour me rendre en face afin de prendre un petit déjeuner. C’est vraiment une bonne résolution pour bien commencer la journée.

A cette heure, c’est la naissance du jour. Un peu de brume se répands sur les pâturages. De gros nuages se dessinent à l’horizon donnant un aspect un peu étrange dans ces paysages assez rustique où paissent quelques moutons. Les prévisionnistes annoncent un orage dans la matinée. Leur avis semble fondé.

Toutefois, le ciel va se nettoyer à fur et à mesure que la journée progresse.

J’aborde le village de Caza de Don Antonio par un chouette petit pont datent de l’époque romaine. J’aurais pu éviter de traverser ce petit bourg, mais j’ai remarqué qu’après « la parada de autobuses », il y avait un petit bar propice un prendre un petit en-cas. Je me retrouve sur un chemin où se trouve pas mal de vestiges romains. Ceux-ci, longent une route sans grande circulation.

Ensuite, je suis de nouveau dirigé vers un territoire à la végétation plus sauvage renfermant de multiples zones marécageuses. A un endroit relativement isolé, je suis un peu surpris. Le chemin nous permet de traverser un terrain d’aviation. Tout semble abandonné et vétuste. Il ne reste que certaines bâtisses en tôle aux structures carrées ou semi cylindrique. Je fais une courte pause juste après avoir traversé ce semblant de retour à la civilisation relégué à présent à l’oubli et à la décrépitude d’une époque en perpétuel changement.

Un chemin repris au patrimoine de l’humanité et parfaitement entretenu me conduit jusque Valdesalor. D’ailleurs, les panneaux didactiques font l’objet de multiples commentaires opportuns vantant l’historique du chemin de la Plata.

Vers midi, je touche au but. L’auberge des pèlerins se trouve au début du village. J’arrive troisième du groupe formé par 18 individus à la date d’hier. Si tous décident de s’arrêter ici, nous devrions nous retrouver en surnombre, car le local d’aujourd’hui ne propose que 14 places.

Valdesalor est un village fondé de toute pièce en 1963. Afin de respecter les traditions, ils ont du mettre en place tous les éléments nécessaires pour constituer une cité agréable comprenant un collège, des maisons d’habitation pour environ 250 personnes, créer des commerces aménager la Mairie et même une salle de rencontres. À la place d’Espagne, on peut voir l’église de Saint Paul. En face de l’auberge se trouve un superbe parc dédié à tous les colons qui ont aménagés cet espace rural. La cité est de construction moderne et typique de ces villages blancs propre aux nouvelles expansions.

Notre inscription se fait au café situé au centre du village. Il s’appelle « el Rincon de Julia » que l’on peut traduire en « le coin de Julie. Quelques pas supplémentaires se révèleront sans grande importance puisqu’une substantielle récompense attend le voyageur. Une bonne cervesa sortant d’une pompe à bière est prête à être dégustée. Jacques et Robert m’ont alors rejoint et nous prenons également le repas à cet endroit.

Je m’allonge sur mon couchage vers 20h45 et je lis quelques pages. Il y règne une ambiance assez spéciale. Geneviève, une femme d’un certains âge viens d’arriver. Depuis quelques jours, elle s’est jointe à deux français. Oh, ils ne sont pas trop enchantés de l’incorporée dans leur groupe. Comme elle ne marche pas très vite, elle arrive souvent la dernière. Ainsi, elle se charge de donner ses instructions pour qu’on lui réserve un couchage se situant en bas. Elle se voit dans l’impossibilité de grimper sur le lit du haut. Cette situation commence à énerver un peu les français, car ils préfèrent aussi occuper une place au ras du sol. Donc aujourd’hui, lorsque Geneviève se présente, aucun lit du bas n’est libre. La pauvre est en pleine crise hystérique, jusqu’au moment où on lui propose de déplacer un matelas jusque dans la pièce à côté. Maintenant tout se déchaîne, toutes les nanas ont envie de se séparer de la chambre commune.

Le branle bas de combat dure depuis une éternité, tant et si bien que très vite, j’ai perdu toute notion de temps. Bientôt, je rejoins le vagabond des limbes.


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9 mai 2018



Valdesalor – Casar de Caceres

24,29 km – 183m + départ de Valdesalor: 6h42 - arrivée à Casar de Caceres 13h37


Le lendemain matin, j’ai l’impression que le remue-ménage c’est poursuivi toute la nuit. Il n’est que 5h30 quand les premiers partent. Je ne vois guère l’utilité de me lever dès à présent. Le café n’ouvre qu’à 7h00 et je commence à avoir des habitudes particulières. Une tasse de café m’est indispensable avant de partir.

Je suis toutefois à la terrasse du bar avant l’ouverture. Qu’à cela ne tienne, j’occupe ce court intermède en lisant mon courrier électronique.

Après déjeuner, je pars vers Caceres. Je rencontre un anglais et nous faisons un court chemin ensemble. La route nous conduit sur un pont qui traverse l’autoroute. Un trafic disparate s’écoule sur ces longs rubans noirs. Très vite nous sommes pris en charge par un chemin campagnard.

L’approche de la ville de Caceres se fait par une zone semi industrielle suivit de la nouvelle ville. Non loin de là, je découvre rapidement une grande surface. A l’heure actuelle, les magasins sont ouverts. J’en profite donc pour faire quelques courses.

Etonnamment, le balisage m’entraine à l’extérieur de la ville. Il semble éviter la vielle ville et la contourne en contre bas. J’ai vraiment envie de jeter un coup d’œil aux quartiers anciens. Les constructions antiques se trouvent au sommet d’une bute, donc je remonte vers le haut.

La ville de Caceres a un historique incroyable. C’est très intéressant de la visiter avec un guide qui connait bien l’histoire espagnole.

Plusieurs bâtiments en vielles pierres sont érigés autour de l’église. Je prête attention à l’histoire d’un guide qui promène un groupe de touristes français.

En face de la mairie se trouve l’église. Pendant la guerre d’indépendance, il se passe un événement à peine croyable. Par les temps qui court il convient d’éviter de s’exposé aux dangers. Une jeune fille, qui faisait régulièrement la fonction de facteur, a été conseillée par sa grand-mère de se réfugiée dans l’église si elle entend les bruits d’un avion. A un moment crucial, la ville fut bombardée. Ainsi, la fille suit les conseils de sa grand-mère. A la suite de cette mésaventure, un grand nombre d’immeubles ont subi des détériorations considérables. Les pertes en vies humaines sont importantes. Mais dans ce fatras de décombres, la petite fille sort indemne de la maison religieuse. Le guide ajoute alors en conclusion, « La petite fille en question, était ma maman ! »

Ensuite, il nous convie à le suivre dans une autre partie du quartier afin de nous expliquer une autre histoire.

Bien que celle-ci soit souvent contestée par l’opinion espagnole, je vais vous la raconter. A cet instant, nous nous trouvions devant le bâtiment où Franco venait d’être investit en tant que chef du gouvernement. Il y a juste un problème, le futur chef d’état est natif de Burgos. Ainsi, pour certaines raisons stratégiques, il lui faut donc rejoindre au plus vite sa ville natale, et seulement dévoiler à tout le pays le suffrage établit.

Il nous raconte encore plein d’autres anecdotes. Décidément, ce guide était vraiment exceptionnel.

Mais bon, mon chemin n’est pas encore terminé. Je me dirige vers les arènes. Elles sont situées à la lisière de la ville. Je retrouve Jacques, il est en compagnie de Robert. Toutefois, je continue seul. Ils ont envie de continuer leur pause.

C’est un tronçon de route qui me conduit vers Casar de Caseres. Ce n’est pas des plus agréable. La circulation routière est particulièrement abondante. Un instant, j’ai l’impression que j’ai dû louper un balisage. L’itinéraire apparait comme imparfait.

Je consulte mon GPS. Je ne rencontre aucun élément divergent. Je suis donc sur le bon chemin. Il reste que c’est vraiment dommage car à cinq cents mètres sur la gauche, c’est la campagne avec me semble-t-il des sentiers champêtres. Ce n’est qu’après plusieurs kilomètres, que je retrouverai un chemin plus calme.

L’arrivée à Casar est vraiment étonnante, on traverse une allée arborée par des palmiers. Je traverse la rue principale qui borde la ville pour pénétrer dans une petite rue qui descend vers l’église. Je passe devant le bar qui prend l’inscription des pèlerins. Nous sommes retrouvés tous les trois, Jacques, Éloi l’espagnol et moi. A quelques pas se trouve une petite place. Au coin de la rue, se trouve l’auberge. Après avoir pris un verre nous nous y dirigeons pour choisir une literie et s’installer. Ensuite, Jacques et moi, nous reviendrons pour diner. Notre repas sera pris dans la cour en compagnie d’hirondelles qui ne se fatiguent aucunement dans leur multiple va-et-vient.

Je ferai le tour de la ville cet après midi, celle-ci borde une rivière assez large et un petit port. Il est à remarquer l’étonnante gare des autobus. Elle est d’une construction moderne et très provocante. elle reste un objet hétéroclite dans cet ensemble urbain.

Je suis de retour au foyer pèlerin. Il se situe à l’étage. On rentre en premier lieu dans la cuisine. Elle est bien équipée avec un coin repas. Il y a tout du matériel pour cuisiner. Dans cette même pièce, se trouve un lave-linge et un sèche-linge. Ce matériel doit être assez vétuste et il semble qu’il n’a pas reçu de révision depuis longtemps car il perturbe royalement la quiétude des lieux. Le tambour laisse entendre un bruit strident produit par des roulements en manque de lubrifiant.

Chance, grâce à mes boules Quies je n’en ressentirai que peu de perturbations.


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10 mai 2018



Casar de Caceres - Embalse de Alcantara

23 km – 199m + départ de Casar de Caceres : 7h30 - arrivée à Embalse de Alcantara 12h27


Les cloches de l'église toute proche me réveille. Notre dortoir était vraiment exigu, les lits prenaient vraiment toute la place. Les toilettes se situent à peine à 50cm du premier lit. Je plains celui qui se trouve à coté, avec les intermittents passages de nuit. C’est sans compter la chasse d’eau et sans doute quelques relents diffus qui peuvent s’échapper de l’endroit.

Le bruit du sèche-linge c’est arrêté à la fin de son programme et la promiscuité dans la chambre ne m’a pas trop perturbé. Sauf une personne, dans la chambre à coté, elle a toussotée toute la nuit. Et ça, c’est très dérangeant car on ne peut jamais prévoir à quel moment le tumulte se produit.

Il est presque 7h00 et j’attends devant le bar en face pour prendre le petit déjeuner. Mince, ce n’est pas encore aujourd’hui que le propriétaire serra ponctuel, cela fait 10 min que je patiente. Puis je remarque qu’un autre client rentre par une autre entrée. Bien entendu, je ne pouvais pas le savoir. De ce fait, Robert et Jacques m’on rejoint. Après un court intermède, nous commencerons notre pérégrination dés 7h30.

C’est une longue lande qui se déploie devant nous. De petits arbustes poussent de façon désordonnée et les prairies sont plutôt desséchées. Je passe devant une petite exploitation agricole perdue au milieu des ces champs. Des vaches rousses musardent au milieu du chemin. A quelques pas de là, une éolienne d’un modèle semblable à celle dans mon enfance, totalement différente l’édification des mastodontes modernes, pompe de l’eau dans un réservoir sphérique d’une nature antédiluvienne. On croirait vagabonder au cœur d’un western de la grande époque.

Jacques et Robert m’on rejoint. Le terrain est devenu plus abrupt, pour le moment cela descend très fort. Au loin, j’aperçois un long ruban d’asphalte mais celui-ci est totalement vide de circulation. A quoi bon construire une telle route si ce n’est pas pour l’utiliser. Puis je m’aperçois que le site est entouré par une haute clôture. Cet artifice va nous obliger à faire un long détour. Du haut de la colline, j’aperçois le chemin où nous devons nous rendre et au loin un pont moderne se dessine devant de basses montagnes. Un lac très étendu recouvre la plaine en contre bas.

A force de m’approcher, mon franc tombe, la ligne du chemin de fer à grande vitesse qui doit relier Madrid à Salamanque est en train d’être construite. Comme les alentours sont protégés, nous contournons les travaux, et nous nous retrouvons sur la route nationale. Quelques voitures et camions circulent à présent à nos cotés mais c’est obligatoire car le terrain est très irrégulier et plusieurs ponts franchissent le réservoir artificiel de José Maria Oriol, du nom de l’ingénieur qui l’a construit. L’ouvrage est aussi appelé barrage d’Alcantara qui retient à cet endroit, les eaux du Tage. La fin de la construction de cet édifice a été achevée en 1969, il est un des plus grands barrages d’Europe. Il constitue une réserve d’eau de 31600 mᵌ sur une superficie de 10400 hectares. Son rendement hydroélectrique est supérieur à l’énergie produite par la majorité des centrales nucléaires.

Le panorama est exceptionnel et indescriptible, il faut le voir pour apprécier à sa juste valeur ce que l’on ressent devant ce spectacle remarquable. Par contre, une ancienne ligne de chemin de fer existe. Elle est toujours utilisée car un tortillard y circule. Je ne saurais l’affirmer mais les relations avec la capitale doivent être limitées à un ou deux parcours par jour. Lors de mon passage une rame aborde la petite gare de Hinojal.

Au kilomètre 521 de N-630, alors que je traverse un bras du Tage, je peux voir à quelques centaines de mètres, le pont destiné à la nouvelle relation ferroviaire. Il est très haut et l’arche centrale n’est pas encore achevée. Je comprends mieux ainsi que les abords sont ceints d’une solide protection. Si des piétons inconscients s’engageaient sur la voie en construction, ils arriveraient indéniablement devant un gouffre vertical culminant à environ cent mètres de haut. Au sommet, la vue devrait être spectaculaire mais le risque de se balader à une telle hauteur est vraiment très périlleux.

Nous avons décidé de faire étape à l’auberge touristique d’Alcantara. Ce n’est pas un refuge de pèlerin, mais un refuge privé qui accepte aussi les touristes. Il risque d’y avoir du monde. Sur une petite colline, je découvre le bâtiment ultra moderne. C’est un grand bloc de béton rectangulaire qui s’exhibe face à l’immense retenue fluviale.

Nous nous présentons Jacques et moi, à la réception. On nous demande, si nous avons fait une réservation. Je crains le pire. Toutes les places seraient-elles déjà retenues ? L’endroit parait idyllique, et si un bus de touristes avait décidé de s’arrêté ici ! Mais non, l’homme va nous guider vers notre chambre. Néanmoins, nous devons lui donner notre linge souillé. Tout sera passé à la machine, et nous nous chargerons de le pendre dés que l’opération sera finie. Dans le fond, c’est assez génial, d’ailleurs c’est compris dans le prix, ainsi que le diner et le petit déjeuner car nous sommes dans une région très isolée et la prochaine ville ce trouve à des kilomètres.

Sur l’entrefaite, Robert viens d’arriver. Nous insistons pour qu’il aménage dans la même chambre que nous. Nous savons déjà que la pièce contient quatre couchages. Elle est vraiment pas mal agencée. Elle comporte deux niveaux très indépendants, le niveau inférieur comprend deux lits avec pour chacun une armoire personnelle. Un escalier conduit au second niveau, et les lits sont légèrement surélevés du sol et bien que superposés au lit d’en bas conserve vraiment son indépendance. L’endroit est assez sympathique et se présente comme particulièrement confortable, la recherche est très intéressante et contemporaine.

Les distractions sont rares, si ce n’est que faire une découverte autour de l’étendue fluviale. Je me baigne dans une anse protégée, la température de l’eau est agréable malgré que nous ne sommes que mi-mai. Cependant, sur l’autre versant de la presqu’ile, je déchante un peu. Une ferme n’ayant guère fière allure est implantée. Elle laisse une trace assez repoussante. D’autant plus, que le bétail se rafraichi de la canicule en s’établissant dans l’eau du lac. C’est de fait moins réjouissant et je viens à regretter d’avoir plongé quelques instants plus tôt. Reste à penser que le réservoir d’en face n’avait qu’un lointain rapport avec cette partie peu ragoûtante.

Beaucoup plus tard, on nous a alloué une personne dans le lit dédaigné. Nous n’établirons que peu de contact avec cette jeune femme. Sans doute encore, la frontière des langues avait mis un frein à plus de corrélations.



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11 mai 2018



Embalse de Alcantara - Grimaldo

19 km – 352 m + départ de Embalse de Alcantara: 7h07 - arrivée à Grimaldo 11h30


Je me suis couché tôt, vers les 9h00. J’ai dormi à poings fermé jusque minuit. Ensuite, impossible de me rendormir. Apparemment, j’ai établi mon régime de croisière. Je suis rodé. En effet, on s’habitue à tout. De ce fait, ne retrouvant pas le sommeil, et plutôt que de m’énerver dans mon lit, je fais comme certains que je critiquais antérieurement. Je prends mon portable pour lire. Cela m’entraine jusque quatre heures du matin. Ensuite, je me rendors profondément.

6h15, c’est l’heure du branle-bas de combat. Mince alors, la nuit fut courte.

Le petit déjeuner est compris dans le prix. Il est préparé dans la grande pièce du séjour, à l’autre bout de l’édifice.

Je pars seul. Ma préparation est souvent plus rapide que les autres. Il est un peu plus de sept heures.

Je débute le périple de la journée par une forte montée dans un sol inégal. Néanmoins, le paysage vaut le coup d’œil. Je poursuis sur un chemin balisé nommé le « Camino Natural del Tajo ». Un panneau m’indique que Cañaveral est situé à 10km et Casas de Milan à 18km. Sur la halte établie sur La Cima del Tajo, je peux jeter un dernier coup d’œil au paysage. Sur mon coté gauche, à travers les fourrés, je peux voir le pont de la voie ferrée rapide en construction. On voit clairement les parements et l’arche supportant le tablier inachevé qui est surmonté d’échafaudages mobile. C’est une construction exceptionnellement allongée avec plus de vingt-cinq pylônes de soutien. Aussi loin que mon regard porte, dans chaque cavité le lac s’étant à l’infini.

Le chemin se poursuit par un long ruban de pierraille très large. Il est obligatoirement emprunté par de nombreux véhicules industriels. Ceux-ci, ont servi à la construction de la nouvelle ligne de chemin de fer. La via de la Plata longe cette ligne moderne qui est situé à ma droite. Elle est jalonnée par de nombreux autres ouvrages d’art.

Bien que l’on soit tenté de suivre cet itinéraire le plus longtemps possible, à un moment donné le balisage invite à bifurquer vers la gauche. Ainsi, je reprends des chemins à travers la campagne. Au loin, j’aperçois deux collines. Leur assiette, est couverte par de multiples constructions qui édifie un village ou peut-être même une ville, car l’urbanisation typique de l’endroit est assez étendue.

Je n’aurai pas le loisir d’apprendre le nom de cette cité. Je la laisserai à ma gauche progressant vers d’autres mamelons herbeux. A Navas de Navajo, un train s’approche de la gare. Je filme cet instant rare. Ensuite, je traverse un village situé un peu plus haut, à flan de colline. Je passe devant une fabrique de transformation de viande et traverse un rond point qui me conduit vers la chapelle San Christobal. Une sente bien sympathique continue pour rejoindre une forêt de chênes. Le trajet me parait insensiblement plus long que par la piste proposée mais après consultation de mon GPS, je peux continuer dans ce sens. En fait, le chemin est correct pour les voyageurs qui continue, mais pour moi qui loge à Grimaldo, ce hameau se trouve légèrement sur la droite. Ce qui entraine un léger détour.

Le logis est assez minuscule et ne peux pourvoir a héberger qu’un nombre limité de pèlerins. Mais il n’est pas trop tard et je suis dans les premiers. Ainsi, je peux choisir une des trois chambres à disposition.

Je prendrai la chambre au fond à gauche. Il y a deux lits superposés. Je prends certaines prérogatives et réserve les autres couchages, pour mes compagnons. Un pour Jacques en dessous de moi et l’autre lit pour l’espagnol, Elois qui a une jambe artificielle. Robert se placera au-dessus. J’évite que Geneviève vienne nous rejoindre. Depuis quelques jours, elle est prise d’une forte tousse et c’est assez importunant.

Lorsque Jacques et Robert vienne me rejoindre beaucoup plus tard, je m’aperçois que quelques chose ne tourne pas rond. Distrait par leur conversation, ils ont continués la piste le long du chemin de fer. Ils se sont retrouvés nez à nez avec une barrière interdite au passage. Revenant quelque peu sur leurs pas, ils ont trouvés une alternative pour rejoindre le bon chemin. Néanmoins, ils ont eu l’obligation de franchir une clôture assez haute. A ce moment, ils étaient accompagnés par une hollandaise que j’avais dépassée depuis belle lurette. Le groupe escalade donc l’obstacle. Dans un premier temps, la jeune femme aide Robert en lui tendant une main secourable. Puis s’apercevant sans doute qu’elle ne pourra supporter le poids de ce compagnon, elle le lâche de façon impromptue. Le pauvre homme totalement déséquilibré, chute durement sur le sol. Bien que le choc soit sévère, il fut cependant relativement amorti par son sac à dos. Rien ne le décourage, et Robert reprend sa marche. Pour autant, la situation n’est pas extraordinaire. Il semble, qu’il s’est pris un fameux lumbago. Tout au long de cette matinée, il mord sur sa chique pour arriver au bout de cette étape quelque peu néfaste pour lui.

Dans l’après midi, nous allons manger un morceau. La situation de Robert malgré les antalgiques n’a guère changé. Pourtant, il n’a pas encore envie d’abandonné.

J’ai cependant quelques doutes. Se déplacer avec le dos en compote, avec en plus un sac à dos, et qu’importe son poids, cela ne va pas être aisé. Je le laisse se reposer et je vais faire en tour dans le haut du village.

Je passe devant une autre auberge. Au cas où, nous aurions pu y trouver refuge. Prêt de l’église, il y a un chouette petit parc. C’est à cet endroit, que je rencontre une jeune femme de nationalité suisse. Au départ, elle a pris le train. Arrivé en France, elle été prise à parti avec une grève. Cette année le personnel SNCF a mis en branle un plan d’action assez décisif. Celui-ci a pour but de bloquer la circulation des trains deux jours sur cinq et ce pendant trois mois, à supposer qu’aucun accord n’ai été établit. Le créneau de jours à circulation normale est très réduit. Particulièrement, si les voyageurs viennent de l’étranger, ils ne sont pas toujours au courant. Donc, Sabine n’ayant pas d’autres solutions a pris un bus jusque Barcelone. En Espagne, ce fut plus facile. Elle se dirige vers sud pour commencer son périple. Toutefois bien vite, elle s’aperçoit que la marche à pied n’est pas vraiment son violon d'Ingres. Alors, elle achète un vélo, et cette discipline lui convient parfaitement. Ainsi, elle compte vraiment poursuivre pour quelques temps.

Le petit village est très sympathique, il y a même un très beau château. Pourtant, lorsque je rentre au logis, je m’aperçois que de marcher en sandale ne me convient pas vraiment. Je remarque que mon pied gauche s’est gratifié d’une ampoule. Ce n’est pas trop grave, je perce puis je désinfecte. Ensuite, tout devrait rentrer dans l’ordre et il ne devrait rien y paraitre.


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12 mai 2018



Grimaldo - Carcaboso

34,15 km – 286 m + départ de Grimaldi : 7h15 - arrivée à Carcaboso : 15h08


Je suis réveillé assez tôt car Eloi prend les devants, bien entendu sa jambe le ralenti ! Je quitte la maison vers 7h15. Au moment de partir, Jacques se lève. Il a décidé d’attendre Robert, afin de voir s’il va pouvoir poursuivre. Comme l’étape est assez longue, nous sommes loin d’être arrivé.

Il fait très bon ce matin. Quelques nuages bas bouchent un peu l’horizon et le soleil traine encore. Je redescends pour rejoindre le chemin que j’ai quitté hier. Il fait encore très sombre et je dois faire attention de ne pas m’égarer. C’est une petite sente qui zigzague à travers champs. Tout au long, je ne sais pas pour quel usage, mais le voyageur est filmé tous au long de la piste. Plusieurs hauts poteaux surmontés de cameras surveillent tout mouvements. Un peu plus tard sur ce chemin sans grand passage, je remarque une paire de basket abandonnée. Quelle pointure me dites vous ? Hum, tout juste du 37, c’est trop petit pour moi. Et de plus, il manque les lacets. Je traverse plusieurs petits villages intéressants dont Rio Lobo. Malheureusement, on doit longer la route pendant pas mal de temps. Sur le côté de la route, les champs sont recouverts de flocons évanescents de couleur blanches. Cela ressemble étrangement à de la poudreuse hivernale. Pourtant, il ne fait pas froid, le soleil tape dur a ce moment. L’arroyo de Las Monjas est un ruisseau quasi à sec.

Un ensemble de capteurs solaire annonce l’arrivée à Galisteo. Le parc photovoltaïque est capable de produire une puissance de 2MW. Le spectacle est assez saisissant, sur un tapis de pissenlits trônent une infinité de panneaux placés obliquement.

Par contre le village vaut vraiment le détour. A l’époque romaine, cette citée était connue comme « Rusticiana » et servait de relais pour les voyageur. Entourée de remparts qui datent de l’époque Almohade (1120 - 1269), c’est une belle métropole fortifiée. Elle figure parmi les plus emblématique et surprenante de toute l’Extremadura. Les pans de ces murailles remontent au XIIIème siècle et furent construites à l’aide de galets cylindriques provenant des rivières. Cela lui octroi un aspect très remarquable. Au cœur de cette ville on distingue une curieuse construction « Mudéjar ». L’église est un élégant exemple d’architecture moyenâgeuse avec une belle abside. Elle est actuellement annexé à paroissiale de Nuestra Senora de la Asuncion. Autour de celle-ci, s’organisent les maisons intra muros de cette localité de la province de Caceres. Il est intéressant d’en faire le tour, si ce n’est le fait qu’il faut escalader la colline qui abrite cette entité médiévale. Curieux de visiter cette étrange cité, j’ai encore assez de courage pour me rendre en haut de la butte. Il y a un bar au coin d’une rue, en face de la grand-place. J’y prends un rafraichissement bien mérité. Un petit tour au magasin Spar s’impose, demain c’est de nouveau dimanche.

Ensuite je redescends vers le bas du village, j’ai remarqué une boulangerie. Sur l’entrefaite, je rencontre Jacques. Il m’apprend que Robert a abandonné. Le boulanger parle très bien français. Une conversation s’engage et il me dit qu’il compte prendre des vacances en Belgique cette année. « Y a-t-il de bons coins à voir en Belgique ? » me demande t’il. Après lui avoir fourni mes opinions et quelques conseils, je lui donne mon téléphone pour qu’il nous réserve un hébergement à l’Albergue Señora Elena pour Jacques et moi. Jacques est en retard vis-à-vis de moi, et n’a pas visité le bourg. Je lui conseille vivement. Pourtant, je n’ai pas envie de remonter en haut pour l’accompagner dans la visite. Nous nous rejoindrons plus tard.

Je passe sur l’ancien pont romain et reprends mon chemin. C’est de nouveau une piste en macadam mais très peu de voitures s’y aventurent. A ma droite, dans le lointain, je remarque la montagne. Je suis vraiment étonné, les sommets sont encore enneigés.

Ce long passage sur le macadam m’énerve un peu. De nouveau des flocons d’une végétation asséchée flotte dans l’air, cela m’incommode un peu. De plus, j’ai les pieds qui chauffent. C’est en passant sur un pont que je remarque un passage aisé légèrement en contre bas, pour accéder à un petit cours d’eau. Ainsi, une pause s’impose. L’eau est fraiche et cela me détend.

L’arrivé est proche, au loin je remarque Eloi. Il se trouve à quelques encablures et je devrai l’avoir rattrapé avant d’arriver au village. Inopportunément se présente une intersection. Il continue tout droit. Ce n’est pas mon chemin, l’auberge se trouve à gauche. Pas de chance. Mais rien n’est perdu, nous nous reverrons plus tard.

Il faut prendre contact avec le patron du bar à côté. En fait, Madame Elena qui accueille les pèlerins depuis 1991 est très malade. Cette année, c’est son fils qui tient le bar ainsi que l’auberge. C’est un peu fouillis et désordonné dans la salle du bar et si je me rappelle bien, il vend aussi quelques marchandises. Ce n’est pas vraiment épicerie, mais on peut y trouver deux ou trois trucs. J’ai à peine le temps de prendre un verre au bar que Jacques me rejoint.

Ensembles, nous prenons place au premier étage. L’endroit est sympathique. Dans une arrière cours assez spacieuse, nous pouvons mettre notre linge à sécher. Plus tard, nous recherchons un endroit où souper. Après notre repas nous retrouvons Eloi qui loge à l’autre auberge qu’il trouve beaucoup confortable. Quoi qu’il en soit nous prendrons un verre ensemble avant de retourner nous coucher.



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13 mai 2018



Carcaboso - Arco Romana de Caparra – (puis Taxi vers Jarilla Hostales Asturias)

18,39 km – 188 m + départ de Carcaboso : 8h07 - arrivée à Arco de Capara : 12h38

PS : Arriver à L’Arco de Caparra, possibilité de téléphoner au n°+34 927 477 057 si on passe la nuit à Hostales Asturias y Jarilla on vient vous chercher gratuitement en Taxi. (14km de 13h18 à13h32)


Nous partons plus tard aujourd’hui, l’étape est courte. Nous n’avons pas été déranger ce matin. Dans le dortoir, ce sont des cyclistes espagnols qui logeaient avec nous. D’office, ceux -ci partent plus tard car ils sont moins tributaires de l’heure.

Nous marcherons de concert aujourd’hui. Nous quittons donc ensemble le petit village par la Plaza España. Mais celle-ci est en travaux de rénovation et nous oblige à faire un léger détour. C’est donc dans une campagne complètement réveillée que nous progressons dès le matin. Le terrain est plat, la nature est souriante. Il fait beau comme d’habitude.

Au sommet de hauts piquets, des endroits ont été aménager en vue d’accueillir les nids des cigognes. A l’entrée d’une pâture un cadavre de vache achève de se décomposer. Observation peu ragoutante et pourtant bien réelle.

Le chemin est correctement balisé. A plusieurs endroits, des panneaux didactiques donnent des explications sur l’endroit traversé par la Via de la Plata.

Nous suivons une petite sente dans les prairies verdoyantes parsemées de chênes assez rabougris. L’herbe y est haute et quelques gros cailloux jalonnent le terrain très irrégulier. Nous nous trouvons dans la dehesa de Ventaquemada. A une intersection avec la route CC12.2, s’étant une ravissante propriété agricole très bien entretenue. Les bâtiments sont très bas mais sont relativement étendus.

A proximité d’un petit lac, une communauté de cigognes se sont regroupées. Elles s’envolent à tour de rôle, et forment un étrange ballet majestueux. Au loin, ma vision est coupée par une chaine de montagne. La région où je me trouve sont les terres de Granadilla. Deux vallées parallèles, celle d'Ambroz et celle de Jerte sont séparées par les Montes de Traslasierra. C’est la partie la plus occidentale de la Sierra de Gredos. Le pico Pitolero, domine à 1354 m. Certains sommets situés en arrière sont encore enneigés, en autre, la cime du Canchal de la Ceja qui domine à 2435m. Nous suivons la ruta 6 vers Caparra et Oliva.

Très vite, nous émergeons dans la ciudad romana de Capara. Pour des amateurs archéologues, le site est stupéfiant. Pendant l'occupation romaine, la ville acquit une grande importance stratégique. C'était un point de passage dans les communications nord-sud. Cette route, qui deviendra plus tard la Vía de la Plata était une voie romaine reliant Augusta Emerita (Merida) à Asturica. (Astorga) Les Romains ont initialement accordé à Cáparra le statut de ville stipendiaire. C'est-à-dire que la population devait payer des frais et contribuer à l'armée romaine, mais elle avait ses propres droits, sa propre monnaie et ses terres. Enfin, en l'an 74 de notre ère, Vespasiano donne à Cáparra le statut de Municipium, ainsi ses habitants deviennent citoyens romains. À partir de ce moment, Cáparra entre dans une phase de croissance et de développement en tant que ville, en suivant l’architecture des villes romaines. Avec ces 2000 ans d’existence, il ne reste relativement que peu de chose. Mais il est parfaitement bien présenté et un musée explique toute la richesse archéologique du site. L’endroit le plus remarquable est l’Arco de Cáparra. Il s’agissait à l’époque d’une sorte d’arc de triomphe, et celui-ci reste encore à l’heure actuelle assez bien conservé.

C’est très étrange, on a au premier abord l’impression de voyager dans un temps antérieur. Mais vu l’importance de l’endroit fréquenté abondamment par les touristes, on rejoint rapidement notre époque. Suivant un lot de visiteurs, nous nous dirigeons vers le musée. A l’entrée, un gardien nous demande nos crédenciale afin d’y apposer le cachet de l’endroit.

A ce moment, Jacques me fait part d’une décision qu’il a prise. Il possède le numéro de téléphone de l’hôtel Asturias situé à Jarrilla où nous pourrions loger cette nuit. Enchanter de recevoir des pèlerins, ceux-ci offrent un taxi pour venir les chercher si on loge dans leur établissement. Nous gagnerons ainsi dix kilomètres de marche. Après un court temps d’attente, une camionnette arrive sur les lieux. Nous embarquons à quatre.

Situé le long de la route nationale et a deux pas de l’autoroute, c’est un hôtel de passage servant principalement aux routiers. Quoi qu’il en soit, la chambre est propre et nous convient parfaitement. N’ayant guère le choix, nous prendrons nos repas à cet endroit car le village de Jarilla se trouve à plusieurs kilomètres et de plus nous sommes dimanche. Je me contenterai donc d’une petite balade dans le coin ainsi qu’un petit repérage pour commencer l’étape de demain.



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14 mai 2018



Jarilla (route nationale) - Banos de Montemayor

26 km – 496 m + départ de Jarilla : 7h35 - arrivée à Banos de Montemayor : 14h12


Comme je partageais une chambre avec Jacques, la nuit fut de tout repos. Nous nous préparons pour une étape particulière. En effet, Jacques m’a venter les mérites de Banos de Montemayor. La ville abrite une station thermale. Selon une légende, un berger avait un troupeau de cochons. Une truie rencontrait un problème à une patte et serait tombée dans une mare. Elle en serait ressortie guérie. Depuis ce jour-là, de nombreux malades viennent effectuer une cure aux thermes de cette ville. L’origine de ses thermes est romaine : ses eaux ont en effet été utilisées dès leur découverte au IIe siècle après J.-C. en raison de leurs excellentes propriétés minéro-médicinales. À l’heure actuelle, la station thermale compte deux bâtiments abritant des installations modernes, dont les piscines thermales jouxtent avec d’anciens thermes romains.

Il n’est donc pas exclu que nous pourrions faire une petite visite apaisante dans cet endroit exquis.

Nous quittons donc cet hôtel, après un petit déjeuner assez frugal, mais compris dans le prix de la chambre. Après une courte distance le long de la grand-route, nous rejoignons un petit chemin champêtre bien agréable.

Après onze kilomètres, nous abordons Aldenueva del Camino. C’est une petite ville, où nous pouvons de nouveau nous sustenter et réaliser quelques courses. Je fais le tour de l’entité puis je retrouve Jacques sur un banc qui déguste un petit en-cas. Je prends la même résolution.

Par la suite, notre passage par la mairie est obligatoire. Il parait que leur tampon donne un cachet exceptionnel. Nous présentons notre crédenciale à l’employée qui nous propose de choisir entre deux. Quant à faire, nous demandons qu’elle appose les deux. Nous repartons fiers de notre acquisition. Décidément, il ne nous faut pas grand-chose pour nous réjouir. Aux abords de la Iglesia de Santa Catalina est érigé un monument dédier au pèlerinage. Il nous situe à 569 km de Santiago.

Malheureusement, le chemin continue le long de la nationale.

A l’entrée de la cité balnéaire, quasi en face d’une usine de transformation animale, Jamones y Embotidos Ibéricos, j’aperçois une plaque qui nous dirige vers l’Alberge Turistico. Avec un peu de mal, poursuivant dans un labyrinthe de rues étroites et abruptes, nous y arrivons. L’endroit est idéal et moderne. Cependant, nous ne pouvons-nous réjouir, toutes les chambres sont réservées ou déjà occupées.

Je suis un peu déconcerté et pris au dépourvu. C’est la première fois que nous somme refusés à une auberge. C’est à cet emplacement que je rencontre une femme que dont j’ai fait la connaissance lors d’une réunion en Belgique. C’est assez surprenant de se retrouver ensemble à cet endroit. Je lui fais part de mes doléances, et nous partons à la recherche d’un autre abri. Il y a une multitude d’hôtels dans cette ville, nous nous présentons à quatre. Pas de chance, tout est complet.

Vu les conséquences, nous nous rendons à la maison du tourisme, l’accueil est bienséant. Par contre, lorsque nous lui demandons comment nous pourrions loger dans ce patelin, son visage se ferme. Il n’a aucune solution à nous présenter. Ce lundi est jour férié et tout est débordé. Il nous conseille l’hôtel Galicia situé en haut de la ville, mais nous spécifie bien de ne pas dire que cette idée vient de lui. Il ne prend pas de risque, le bonhomme.

Nous entrons à la réception pour expliquer notre désarroi. Une jeune femme présente à l’accueil est vraiment plaisante et de plus, elle est française. Toutefois, la situation reste un peu burlesque. Nous nous efforçons de parler espagnol, quand une autre personne s’introduit et lui souffle de nous parler en français. C’est bien entendu un peu plus clair. Elle nous dirige donc vers un autre hébergement situé au-dessus de la ville. Celui-ci s’appelle El Solitario. Et ce n’est pas pour rien qu’il se nomme ainsi.

Oh, il n’est pas bien loin, d’ailleurs nous le remarquons dans le lointain. Mais son approche avec notre sac à dos nous décourage bien vite. La route monte en lacet et il nous faut parcourir au moins deux kilomètres avant d’y arriver.

Mais la récompense est au bout du chemin. L’endroit est remarquable. On nous propose ainsi à chacun un petit appartement complétement équipé, avec terrasse donnant sur le village en contre bas. C’est un peu plus cher que d’habitude mais cela reste raisonnable car le diner et le petit déjeuner est compris dans le prix.

Il est 15h00 mais nous avons faim, donc nous nous rendons immédiatement au restaurant. A un moment donné, Jacques a une frayeur, il s’avère qu’il a perdu son portefeuille. Il regarde partout autour de lui, mais ne parvient pas à le retrouver. Il apparaitra plus tard, alors que nous avions déjà évoqués certaines perspectives, qu’il soit resté sur son lit. Ce qui ne présentait aucun danger de larcin, puisqu’il se trouvait seul dans sa chambre.

Comme chacun a sa chambre, nos activités garde leur indépendance. Je fais ma lessive prend quelques instants de repos. Vers 17h00 grâce à un peu d’observation, je me rends compte que je peux redescendre dans le bourg par un sentier. En cinq minutes, je suis au centre-ville. Nous aurions dû le découvrir plus tôt, cela nous aurait épargné beaucoup de chemin.

A mon retour, il est presque temps que je donne de mes nouvelles à ma famille. Mon fils me répond, « Maman est à Arlon et ne peux pas me joindre car elle a oublié son GSM à ma maison ». Mais comme il n’y a pas d’urgence et que tout va bien, ce n’est pas trop grave. Nous reprendrons contact ultérieurement.

Comme j’ai tout un équipement dans la cuisine, j’en profite pour me confectionner mon repas du soir. Mais exténué par cette journée mouvementée, il est à peine 21h00 lorsque je me couche.



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15 mai 2018



Banos de Montemayor - Fuenteroble de Salvatierra

33,72 km – 546 m + départ de Banos: 7h36 - arrivée à Fuenteroble: 15h27


Etant seul dans une chambre, je ne rencontre aucun problème pour dormir. De plus, c’est bien le premier jour que je n’utilise pas mes boules Quies.

L’étape qui nous attend, n’est pas de tout repos. Elle est assez longue et présente un déniveler inhabituel. Nous nous étions donné rendez-vous en bas pour le petit déjeuner. Ainsi, nous le prenons ensemble, ensuite nous poursuivrons la montée vers le haut de la bute qui domine la ville. Comme nous sommes déjà à bonne hauteur, une grande partie de l’ascension est déjà réalisée. C’est déjà cela de gagné.

Comme nous longeons l’autoroute, j’observe les véhicules qui montent la pente. Certain poids lourds rencontre quelques pénibilités. Ensuite, nous rattrapons l’ancienne voie pavée. Elle date de l’époque Romaine.

Nous passons à côté d’une maison blanche qui est supposer être le point culminant de notre quête. Aujourd’hui, nous quittons l’Estremadura pour entrer en Castilla y León. Le paysage change peu mais le balisage est légèrement différent. Sur le chemin, on ne peut louper le point frontière qui se situe à quelques encablures de la frontière séparant les deux régions. Sous l’autoroute des représentations sculpturales décorent les parements du pont.

J’ai déjà, pris de l’avance et j’arrive en premier à La Calzada de Bejar, j’ai déjà parcouru 12km. Il est 10h15 à l’horloge de la petite église. Je sais qu’il y a le bar « La Plaza » à proximité. Mais l’heure est encore trop matinale et celui-ci est encore fermé. Pourtant un panneau indique une ouverture à 10h00. Sur une maison, je remarque une signalétique particulière. Elle renseigne deux distances. Il semble, que j’ai déjà parcouru 443 km depuis Sevilla et qu’il resterait encore 541 km pour Santiago, dans le sens opposé.

Le temps de cette prospection, et je pense qu’a présent Jacques m’a dépassé. J’accélère donc ma cadence, car je remarque un marcheur au-devant. Mais lorsque je peux mieux l’observer, il semble que se ne soit pas mon ami. En fait il s’agit d’une marcheuse que j’ai déjà rencontrée, elle est autrichienne.

Au village suivant, Valverde de Valdelacasa alors que midi à déjà sonné depuis quelques temps au clocher de l’église, je trouve « El Peregrino Bar » ouvert. C’est une bonne chose, je commande un « bocadillo con queso » parce qu’il n’y a que du fromage disponible. Avec une bière, je me rends à la terrasse profitant ainsi du temps splendide qu’il fait aujourd’hui. J’ai fini mon casse-croute lorsque Jacques arrive. Avant de repartir, je me pose quelques instants dans un petit parc à proximité et savoure une orange. Ce sera ça en moins à porter. Décidément, il m’est bien difficile de repartir.

Jacques me croise et nous continuons ensemble sur une petite route très tranquille. On se demande d’ailleurs, s’il y a bien une quelconque activité en cette région. Le ciel est d’un bleu limpide mais il y a un vent très frais qui se déchaine sur ses hauts plateaux. Nous sommes quand même à 950m d’altitude. Cet air ardent est bienvenu, car il rafraichi grandement l’atmosphère.

Au kilomètre 26,6 alors que je suis de nouveau seul ; je suis devant un dilemme. Le fléchage du chemin prend une autre tournure que celui renseigné par mon GPS. Dans un premier temps, je respecte le chemin indiqué, puis j’ai vraiment l’impression qu’on me mène en bateaux. Je fais donc demi-tours. Rapidement, je croise Jacques et nous repartons par la route. Je ne sais pas encore si ce choix fut judicieux. Au moment où j’écris ces quelques mots, je viens de visionner les deux parcours sur la carte, et ils sont sensiblement égaux. Peut-être, que le sentier indiqué reflétait un peu plus l’aspect robuste de cette contrée. Il faudra que j’y retourne un jour, pour m’en rendre compte.

C’est vers 15h00 que nous trouvons, au bout du village, le pavillon le plus emblématique de la Vía de la Plata, il s’agit de l’Albergue Parroquial Santa Maria. Le père Blas, curé de la paroisse, offre l'hospitalité depuis plus de vingt ans. Il est l’une des personnes les plus engagées dans la protection et la promotion de la voie du millénaire, avec en plus son implication dans de nombreuses initiatives à caractère social. Vu ses nombreuses activités, il n’est pas certain que nous pourrons le rencontrer, mais Jacques espère de tout son cœur le voir, car il a entendu beaucoup de commentaires positifs sur cet homme à forte personnalité.

Il y a du monde devant la maison. Mais nous ne pouvons, nous tromper. L’édifice est assez stupéfiant. Nous sommes accueillis par une hospitalière au caractère bien trempé. Comme elle parle français, je lui demande quelle est sa nationalité. Elle me répond qu’elle vient d’Europe. Je n’en saurai pas d’avantages. Je pencherai peut-être, qu’elle serrait originaire de Suisse. Elle me fait penser un peu à Françoise, suissesse également, qui m’avais accompagné dans mon premier périple.

Le dortoir est énorme on me dit qu’il peut recevoir jusque 70 personnes. Nous sommes sous la toiture. On nous recommande des couvertures supplémentaires. Elles sont en quantité, et personne ne craint d’avoir froid. C’est obligatoire nous dit notre interlocuteur, un tapis de neige était encore bien présent sur la campagne, pas plus tard que la semaine dernière. Jacques prend la couchette du bas. Je me place sur celle du haut. Il me faut faire attention, je toucherais facilement le plafond. Le repas est à 19h30.

L’ensemble de l’hébergement est donativos. Attention, ce n’est pas gratuit, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. Des aménagements sont toujours à apporter. D’ailleurs, je m’aperçois qu’il n’y a que peu de prise de courant et c’est chacun son tour que nous rechargerons notre appareil.

Après avoir mis pendre mon linge, j'aborde un hangar où il y règne un fouillis indescriptible. Cependant, mon regard est attiré par une vielle calèche très bien décorée. Elle est admirable. Celle-ci présente dans son chargement une grande quantité de vieilleries de toute sorte. Chez nous, elle ferait un malheur dans une brocante.

Il reste encore pas mal de temps avant la fin de l’après-midi. Le village possède un petit magasin. Je vous prie de croire que le commerçant a fait ses affaires, le jour de mon passage. Car il y a eu une grande quantité d’individus qui sont passé chez lui.

Je passe à nouveau devant le bar, dans la rue principale. Elois et Jacques boivent un verre, je me joins à eux.

Les convives se placent dans la grande salle du rez-de-chaussée. Il y a vraiment beaucoup de monde autour de la table. Mais ne croyez pas que le repas fut frugal. Que du contraire, la nourriture est très bonne et en quantité. Au milieu du diner, nous avons la visite du curé Blas, et beaucoup sont enchantés.

Il nous invite ce soir, à la bénédiction des pèlerins au sein de son église situé à une centaine de mètres.

Beaucoup de monde son présent dans le lieu saint. Il y a un groupe de jeunes qui doivent prochainement faire leur communion. Il y aussi les fidèles habituels. Puis bien entendu, tous les pèlerins. Ceux-ci, ne veulent en aucun cas manquer cette occasion exceptionnelle. La messe sera de courte durée, mais ne croyez pas que nous allons nous en tirer à si bon compte. L’homme s’adresse en tout l’entourage tantôt en espagnol ou en anglais, puis avec un mélange de français tourner à l’espagnole, c’est même assez comique. Toujours est-il, que j’ai oublié mes difficultés dans la langue de ce pays.

Chaque pays a ses représentants, et on est invité à chanter dans notre langue habituelle. Deux jeunes Polonaises étaient vraiment émues lorsqu’elles ont pris la parole, pour nous offrir quelques refrains magnifiquement interprétés.

C’est toutefois bien tardivement que nous regagnons nos pénates, il est plus que temps d’aller dormir, je suis vanné et fourbu.



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16 mai 2018



Fuenteroble de Salavtierra - San Pedro de Rozados

28 km –390 m + départ de Fuenteroble: 7h17 - arrivée à San Pedro: 14h07


Malgré le grand nombre de personnes dans la chambre, la nuit c’est bien passée. Nous descendons prendre le petit déjeuner et nous avons encore quelques conversations avant de reprendre chacun son chemin. C’est assez bizarre, mais je ne rencontrerai plus à l’avenir la plupart des gens présent à cette assemblée. Lors du repas, je prends place en face d’un homme que j’ai remarqué la veille. Bien qu’espagnol de pure souche, il a épousé une française. Comprenant totalement les deux langues, il me fait une réflexion qui m’étonne. Nous parlions de la soirée d’hier. Il m’avoue qu’il a trouvé l’oratoire du père Blas assez confus. Moi qui me semblais avoir tout compris, je reste un peu perplexe.

Après une dernière tasse de café, je reprends mon sac et me voilà repartit pour de nouvelles aventures.

Le balisage a de nouveau changé. Il se présente sous forme d’une plaque de métal comprenant un rabat avec une flèche rouge dans coin supérieur droit. Ces plaques furent placées par le ministère de la culture, les blasons respectifs de l’endroit sont gravés dans la lame horizontale.

Nous laissons derrière nous la montagne enneigée. A cet endroit, la Via de la Plata reprend l’itinéraire du GR 100. Nous sommes dans la « reserva de la biosfera de la Sierras de Béjar y Francia » Salamanca est à présent à 40km. Après une longue plaine, nous devons aborder un massif plus abrupt située à 1145 m. Entre les chênes et la verdure luxuriante est implanté un parc continu d’éoliennes. Ce n’est pas la technique moderne dans la réalisation de ses structures. Les bourrasques qui propulsent les ailes propagent un souffle infernal. Heureusement, l’endroit est désert de toute habitation sinon la situation serait intenable.

Je retrouve Elois au sommet de la bute. Ainsi que deux français avec lesquels nous avions fraternisé. Marité et Vincente viennent de Clermont-Ferrand. C’est l’heure d’un casse-croute. Tout le monde en profite pour faire une pause, avant d’entamer la descente.

Ensuite, le terrain est plat et un peu de fraicheur serrait la bienvenue. La piste des marcheurs longe la route. Les arbres dans les prairies sont vraiment étranges. Ils étendent leurs branches en éventail. Ce qui tend à penser que la chaleur doit être torride en plein été. Tout ce qui peut produire un maximum d’ombre est mis en valeur et ses arbres ont été taillés spécifiquement dans ce but.

Au km 21, je passe devant une exploitation agricole de grande envergure. Le domaine s’appelle « La Finca Calzadilla de Mendigos ». Des cochons s’ébattent dans les étendues infinies de la propriété.

Il est midi, je fais la pause déjeuner. J’ai à peine avalé mon sandwich que Jacques se pointe.

C’est de nouveau un petit village qui n’a pas une éternité d’âge, qui se présente à nous. Ce sont de basses maisons peintes en blanc avec leur toit de tuiles rouge.

Nous avons réservé, et il n’y a pas de problème de logement. Nous nous arrêtons devant ce qui a première vue serrait probablement un bar. Nous reconnaissons l’indice, il y a un insigne « Fanta ». C’est le «Centro de Turismo Rural VII. Carreras». Certains ont choisi de prendre une chambre au même endroit car c’est aussi un hôtel rural qui affiche trois étoiles. Les prix restent toutefois très démocratiques vu que les lieux sont vraiment éloignés de tout.

C’est à cet endroit que je fais la connaissance de Jaime Gonzalez Ribere. C’est un pèlerin espagnol très pragmatique et qui a l’expérience de l’âge et de la vie. Il parle bien français, car il à passé une partie de sa vie en Suisse. Il nous traduit ses pensées en affirmant : « Les suisses travaillent pour l’argent, ici les espagnols travaillent juste pour manger » Il nous fait comprendre par cette phrase que le travail n’est pas la qualité première de tout bon espagnol. Voyons à ne pas généralisé, mais dans ces campagnes isolées, ce n’est sans doute pas un euphémisme.

Nous installons nos pénates à l’auberge Albergue Mari Carmen. A cette heure, nous avons le choix de l’emplacement. La chambre n’est pas bien grande et contient sept lits superposés. C’est confortable, sans plus. Enfin un truc privé pour 7€, il ne faut pas s’attendre à des miracles.

Nous irons diner à 15h00, au bar rencontré précédemment. Le menu est très correct.

Après un peu de repos, nous retournons boire un verre au bar. Nous n’irons même pas nous promener dans le village, d’ailleurs il y a bien peu de choses à visiter. Il y a pas mal de gens maintenant au bar et les discussions vont bon train. Le temps passe vite.

Ce soir, il y au match de football à la télé. C’est l’UEFA Europa League. France – Espagne et Jacques voudrais le voir. Je rentre donc seul à la pension. Un couple de personnes d’un certain âge ont pris place sur la couchette à l’entrée. Ils voyagent avec une charrette, assez antédiluvienne de surcroit. C’est alors que je remarque qu’il y a comme une anomalie à leur carriole. Celle-ci n’a plus de roue. C’est alors que je remarque les roues au pied de leur lits. Comment est-ce possible ? Ce ne peut être qu’une ineptie. Qui aurait eu l’idée de les dépouiller cette antiquité. Si ce n’est sans doute pour la mettre à la poubelle et même sans roues, je crois que cela ne les protège pas d’une telle éventualité.



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17 mai 2018



San Pedro de Rozados - Salamanca

24 km – 169 m + départ de San Pedro : 8h01 - arrivée à Salamanca : 13h11


Nous avons dormi moyennement, les conneries des deux vieux m’ont passablement énervé. Cela peu paraitre insignifiant. Pourtant, je pense que certains devraient parfois penser qu’ils ne sont pas seul sur terre.

Je m’explique. La femme était en train de tchatter. (Discussion en ligne pour les non-initiés, il semble que cela devienne rare.) Moi, je n’ai rien contre, mais bon sang, elle pouvait couper le son de son appareil. De plus, celui-ci devait être régler à son maximum. A chaque retour de réponse, le bib sonore résonnait dans la chambre. Cela a perduré tard dans la nuit.

Jacques et moi, on se prépare à aller déjeuner. Le café ouvre à 7h30. La plupart sont déjà partit. Je lui demande qui a gagné au foot hier, pas de chance Marseille a perdu. Il y a presque eu une émeute dans la salle. Non pas par la réussite de Madrid, mais parce que certains voulaient regarder le foot, et un autre la corrida… Le foot l’a emporté, au grand désarroi du bonhomme qui est partit en claquant la porte. Il risque d’y avoir un contre-coup à tout cela. C’est que le gars était le seul du coin et s’il boycotte le bistro, je pense que le patron aura perdu un bon client.

Comme nous sommes les derniers à quitter l’auberge, c’est moi qui ferme l’établissement. Les clefs sont à reporter au bar. Cela ne me dérange pas, de toute façon nous nous y rendons. Après avoir pris un copieux petit déjeuner, nous reprenons les chemins. « Continuez jusqu’au bout de la rue et prenez ensuite à droite » nous a renseigné la tenancière.

La route est une longue piste qui ondule comme un long serpent dans la campagne qui reprend vie. Une heure après notre départ, nous arrivons à Morille. C’est un tout petit patelin, mais il présente un certain cachet. On remarque immédiatement le Monumento a la Maestra qui rend hommage à la maitresse d’école. Devant ce qui devait servir de classe, se trouve une statue en fer forgé. Des individus bienveillants l’on couverte d’un manteau et d’une écharpe bleue preuve que les nuits sont encore fraîches à cette époque de l’année.

Comme nous n’avons pas grand-chose d’autre à faire, nous causons Jacques et moi. De choses et d’autres. Nous ne sommes pas encore enclins à dévoiler notre vie privée, alors Jacques me développe un peu d’histoire Espagnole. Le voilà parti dans l’histoire d’Isabelle la Catholique qui revêt une importance capitale dans la noblesse espagnole dans la fin des années 1400. Puis on revient en arrière dans l’année 778. Afin de repousser la pression musulmane, Roland, le neveu de Charlemagne aurait été engagé dans une bataille mémorable dans le nord de l’Espagne. Celui-ci était tombé dans une embuscade tendue dans les Pyrénées dans laquelle, il aurait perdu la vie. C’est ainsi que cette bataille de Roncevaux avait été rendue célèbre par la Chanson de Roland. Naturellement, certaines situations sont un peu transformées par une interprétation débordante. Je ne peux pas vérifier ses dire car je suis fort peu érudit dans ce domaine. Néanmoins, la marche continue. Le temps n’a guère d’emprise sur nous et cela nous réjouit.

Alors, qu’il reste encore près de sept kilomètres à parcourir. Nous avons déjà un aperçu général sur Salamanca. Le terrain est plat et notre regard porte loin. Cependant, plus on se rapproche moins on peu voir de détails sur cette ville. L’urbanisation routière nous prive de ce loisir. Nous abordons l’entrée de la cité par le sud-ouest, c’est un quartier bâti d’immeubles à l’architecture moderne. Rapidement, nous pouvons voir la cathédrale. En fait, elles sont deux, l’ancienne et la nouvelle. A cette distance rien ne nous permet de les dissociées. Au pied d’un parc très soigné, se trouve le Puente Mayor del Tormes plus connu comme le pont romain de Salamanque. Il est exclusivement réservé aux piétons. C’est une remarquable construction comprenant de nombreuses arches. Nous le traversons pour pénétrer dans la bourgade, empruntant d’étroites petites ruelles.

A notre arrivée, nous cernons immédiatement l’endroit où nous devons nous rendre. J’ai réservé une chambre à Sweet Home Salamanca dans la Calle Jesus à 300m de la plaza Mayor, que nous rejoindrons par la suite. Jacques y connait un restaurant qui pourrait nous convenir.

Salamanca fait partie de la communauté autonome de Castille-et-León avec près de 150 000 habitants. Elle est célèbre aussi pour son université. Elle comporte un patrimoine architectural remarquable. Nous découvrirons les deux cathédrales, la vieille et la récente c’est une somptueuse bâtisse inspirée de la cathédrale de Séville. Elle est de style gothique et baroque. Elle est riche de draperies en pierre et de sculptures. Une imposante coupole baroque surplombe l’édifice au-dessus de la croisée du transept et les parties supérieures d’une tour carré abritant le clocher.

L’après midi est propice à la découverte. Je visite la vieille ville avec la maison des coquillages en face de l’université. Puis je rentre à l’intérieur de la Cathédrale. Je suis vraiment ébahi par tant de splendeurs.

C’est une des plus belles villes qui j’ai visité en Espagne.

J’ai établi mon planning pour les jours qui viennent. Je fixé le jour de mon retour. Je décide de prendre mon billet de retour à l’avance et de me rendre à la gare cela favorisera ma prospection de la ville. Et en effet, la station se trouve à l’autre bout de la ville. Je parcourrai près de six kilomètres aller-retour. Contrairement à Madrid, je suis seul à me rendre au guichet. Je discute même pas mal de temps avec l’employée qui est un peu fasciné par mon voyage.

A mon retour, je retrouve Jacques à la Plaza Mayor, nous prenons un verre, puis nous reprenons de chemin de l’hôtel.



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18 mai 2018



Salamanca - Zamora


Voilà, comme mon retour est fixé à une date bien définie, il s’agit de respecter cette résolution. Le parcours entre Salamanca et Zamora est d’après les dires de Jacques peu intéressant. Nous avons décidés d’un commun accord de nous y rentre en bus. En fait c’est surtout l’étape qui rejoint El Cubo del Vino qui est la moins plaisante. Cependant, les deux étapes entre les deux villes sont plutôt longues. D’autre part, nous avons remarqués qu’il y a un étrange trafic avec certains marcheurs. Ceux-ci , toujours les mêmes, voyagent plus souvent en utilisant certains moyens de communications plutôt que la marche. Sans pour autant la pratiquer à souhait, cette opportunité nous réjouit et va nous permettre de récupérer un peu.

Nous nous rendons à la gare routière, qui se trouve à l’opposé de la station ferroviaire. Le GPS me renseigne 20 min pour nous y rendre. Jacques ne se fie pas toujours à mon engin qui m’a pourtant sortit de l’adversité à plusieurs reprises. Mais aujourd’hui, bien que le trajet est simple, j’ai bien des difficultés à m’y retrouver. Nous nous retrouvons plusieurs fois devant l’enceinte infranchissable de la cité. Ils nous faut trouver une route qui descend vers l’extérieur de la ville et pour cela nous demandons à un passant. Rien de tel que la communauté autochtone pour se sortir d’affaire.

Bref, au coin d’une rue qui dévale vers une porte nous conduisant en périphérie, nous pouvons facilement progresser vers le station. Dans ce dédale d’immeubles, nous avons encore été prêt à manquer le bâtiment. Pourtant la salle est très grande, des guichets avec multiples direction se présentent à nous. Nous nous présentons au comptoir et prenons notre ticket pour Zamora. Le prix n’est pas prohibitif. Il n’est pas étonnant que beaucoup choisissent ce moyen de transport largement abordable à tout un chacun. Par contre le départ des bus se trouve à un étage inférieur. Nous n’avons aucun mal à repérer le nôtre. Nous plaçons nos bagages dans coffre inférieur du véhicule puis nous attendrons encore quelques minutes avant de prendre le départ. Mais l’horaire est respecté autant pour partir qu’à notre arrivée.

Nous avons donc l’opportunité de visiter rapidement le reste de la ville puis nous nous dirigeons vers le nord sur une route tranquille. Nous avons un arrêt à la Calzada de Valdunciel qui aurait pu nous fournir un logement si nous nous y étions retrouvés à pied. Mais pour cela il ne faudrait pas faire arrêt à Salamanca car ce pueblo n’est qu’a quinze kilomètres de la grande ville. Ce qui parait une bien courte étape. Toutefois, nous poursuivons notre route et régulièrement nous apercevons les pèlerins plus courageux qui progressent sur la piste située à notre gauche. Nous passerons devant le centre pénitencier facilement remarquable et situé dans un endroit en pleine campagne près du petit bourg de Topas. A El Cubo de Tierra del Vino nous embarquons quelques voyageurs. En fait, nous aurions pu reprendre notre périple de cet endroit, si nous n’avions pas organisé notre planification différemment. Il nous aurait permis de crapahuté pendant environ trente kilomètres dans un campagne à faible dénivelé mais présentant un certain intérêt. Ils nous aurait même été possible de nous arrêter à Villanueva de Campeán avec pour commodités un logement assez sommaire et un petit bar suffisamment convivial.

Nous quittons la gare routière un peu avant midi. Nous aurons ainsi le temps de réaliser une exploration. Enfin c’est ce que j’imagine. Nous nous rendons dans les vieux quartiers de la ville qui présente une particularité architecturale non contestable. Zamora conserve de nombreux édifices roman particulièrement conservés et totalement rénovés. La ville est entouré de remparts. Les palais et les églises attestent de leur influence de l’époque médiévale. La cathédrale qui date du 12ème siècle est surmontée d’une coupole remarquable de style byzantin. En général les pèlerins rentrent dans la ville en empruntant le « Puente de Piedra ». Ce pont fut mis en œuvre au 13ème siècle avec au fil de temps, de nombreuses reconstruction et réparations . Il permet de traverser le fleuve Duro. Il fut l’unique passage du fleuve durant plusieurs siècles. Il permettait ainsi d’accéder directement à la ville. Il communiquait directement aux quartiers « del arrabal », que l’on peut qualifier d’endroits de vie comprenant des commerces mais conservant leur propre indépendance. Ce pont permettait également d’accédé directement dans le centre historique de la ville.

L’auberge se trouve dans une rue descendante proche de l’église de San Cipriano. C’est un logement réservé aux pèlerins. Une petite plaque renseigne Albergue de Peregrinos. La maison semble minuscule et présente une petite porte avec deux marches à son soubassement. La marche inférieure est recouverte d’une planche en bois où l’on a peint une flèche jaune. Ainsi on ne peut se tromper, nous sommes au bon endroit. D’autre part. Sous une petite fenêtre se dresse un monticule racontant un poème ayant pour sujet, le chemin.

Mais nous sommes trop tôt, celle-ci n’ouvre ses portes qu’à 14h30. Ainsi nous attendrons un peu, le temps que l’hospitalier vienne libérer la serrure. L’endroit est absolument à découvrir, c’est une des plus intéressant lieux visité jusque présent, même si de l’extérieur cela semblait minuscule, il n’en est rien, car les pièces se divisent sur plusieurs étages descendant sur l’arrière du bâtiment qui se trouve être très vaste.

Notre place réservée, nous remontons vers les quartiers commerçants. Le menú del día que propose la casa Bernado nous convient parfaitement. Ensuite, je partirai faire une flânerie tout autour du bourg.

Le début d’après-midi se passe, très tranquille. On ne déroge pas à la tradition espagnole, tout est fermé, à part quelques bistros, dès 14h00 et la ville reprend vie après 17h00. Parcourant certains quartiers, je remarque le Teatro Ramos Carrion. D’ailleurs, ce jour se donne un spectacle car une foule dense est massée devant la façade bleue de ce remarquable immeuble. A côté ce trouve le Parador de Turismo Condes de Alba de Aliste. Cet hôtel présentent à ses clients une excellence d’un luxe très particulier. En face, la place parade avec ses arbres taillés en parasol. Il est toujours agréable de s’y promener car leur feuillage préserve le visiteur d’un soleil trop envahissant.

Un peu après 17h00, je suis de retour au logis. Je reviens pour ramasser mon linge car un orage gronde au loin. Mais la pluie sera de courte durée, à peine de quoi humidifié le sol. Au moment de souper, je rencontre deux françaises. Elles viennent d’un chemin différent et ont seulement rejoint la Via de la Plata à Mérida où elle ont subi une fâcheuse mésaventure. Une d’elle, s’est fait subtiliser son sac à main dans un petit bar. Elle se retrouve ainsi sans papiers et sans argent. Elle vit donc au crochet de son aimable copine pour jusqu’à la fin de leur périple. Mais ce qui semble le plus inquiétant, c’est pour ses papiers d’identités. Elles ont chacune leur billet d’avion de retour enregistré sur leur portable. Et bien sûr, c’est toujours nominatif. Néanmoins, je ne sais si les services douaniers se satisferont du papier provisoire délivré à la police lors de la déclaration du vol.

Début de soirée, je m’aperçois que je n’ai plus aucune monnaie. Pourtant, il me faut donner mon obole, pour le service rendu lors de mon hébergement. Et donc à ce moment, je repars faire quelques achats. Mon choix se porte sur une boulangerie présentant certaines spécialités locales.



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19 mai 2018



Zamora - Montamarta

19 km – 96 m + départ de Zamora : 7h34 - arrivée à : Montamarta 12h39


Je n’ai pas dormi très bien, mon voisin d’en face jouait avec son portable et il n’arrêtait pas d’ébranler son lit qui vibrait. Je plains vraiment son compagnon inférieur. En plus, très tardivement il y a eu du remu ménage en haut. Je ne sais pas ce qui a pu se passer. On aurait dit une bagarre avec des propos violents. Depuis que je pratique le chemin, je n’ai jamais rencontré de graves échauffourées. Au demeurant, dans une auberge religieuse cela me parait étonnant.

Je descends aux cuisines dés potron-minet. Les hospitaliers ont déjà préparé le petit déjeuner. Je m’installe à table. Ce n’est que lorsque j’ai fini de manger que j’apprendrai d’où provenait tout ce boucan de cette nuit. Les gens parlent en anglais mais les deux françaises ont compris ce qu’il était advenu.

Très tardivement, alors que les portes du refuge étaient closes, un pèlerin a frappé à la porte. Ou précisément tambouriné. Tant et si bien, que l’hospitalier s’est rendu à l’entrée pour voir ce qui s’y passait. Il se retrouve devant un jeune homme avec plusieurs chiens qui demande l’hospitalité. Il est très frileux de lui ouvrir la porte, car les chiens sont interdits dans les auberges en Espagne. Ce n’est pas de bon cœur qu’il lui permet d’entrer. Le jeune homme ne veut pas coucher dans les dortoirs car il ne veut en aucun cas abandonner ces animaux. Ainsi, il couchera avec eux dehors sur la terrasse.

Sept heures trente est déjà passé lorsque nous attaquons le chemin prévu ce jour. J’avais imaginé une étape qui finissait à Riego del Camino, soit un peu plus de trente kilomètres. Après tout, nous étions bien reposés. Par conséquent, cela devrait être assez facile. Néanmoins, j’allais devoir changer mon plan de bataille. Jacques préférait s’arrêter à Montamarta, car il serait plus facile de trouver de quoi se loger et de se réapprovisionner. Nous étions de nouveau la veille d’un dimanche, et il ne voulait pas prendre de risques. Si nous arrivions trop tardivement nous risquions de ne plus rien trouver ouvert. Pour ma part, je ne trouvais pas cette solution si ingénieuse. Nous aurions pu emporter quelques nourritures sur la fin de notre parcours. Cette situation, n’était pas pour autant garantie de plein succès, car le village me paraissait vraiment minuscule et nous n’étions même pas certains de trouver un magasin ouvert. Cette situation, je l’avais déjà vécue auparavant. Dans ces petites agglomérations, beaucoup de commerce sont déjà fermé, dès le samedi midi. Or ce jour, il nous était pratiquement impossible d’arrivé avant midi. Mais bon, comme je ne suis pas trop contrariant et que je tenais à progresser un peu avec mon compagnon, je me fiais à ses dires. D’autant plus, que nous devions nous quitter le lendemain à Granja de Morerueala.

La Via de la Plata continue vers Astorga. Jacques avait pour idée d’atteindre Santiago. Il devait pour cela bifurquer vers le camino de Sanabria vers Ourense.

Prochainement, je serais libre de réaliser mes étapes à ma guise. De toute façon, mon périple touchait à sa fin. Il me resterait ensuite, quatre jours pour parcourir une petite centaine de kilomètres en terrain plat. Ce ne serait surement pas trop exténuant.

Après avoir traversés la ville, nous quittions l’enceinte fortifiée de Zamora par une porte encadrée par deux tours de robustes pierres. Ces vestiges d’un autre temps, protégeait la cité de toute incursion honnie. Après environ trois kilomètres, alors que nous étions toujours dans les quartiers urbanisés, nous voyons la bifurcation qui permet de rejoindre le chemin Portugais. Ce n’est pas notre but, ainsi nous continuons tout droit et rapidement nous sortons de la banlieue. Après Roales, nous retrouvons les chemins de campagne. Ce sont de longues étendues de champs qui s’étendent à perte de vue. Elles sont seulement coupées par l’édification de la ligne de chemin de fer. Le chemin est donc régulièrement dévié pour permettre d’évoluer entre ce long ruban moderne. Après avoir franchis un pont je poursuis inlassablement ma route dans le même décor. Heureusement, une touche de couleur écarlate me réjouit. Une large bande de terrain présente une multitude de coquelicots.

Jacques me suit de près et c’est conjointement que nous nous présentons devant le village de Montamarta. Enfin pas véritablement, car l’auberge est située un peu avant le village. Notre logement est une belle structure qui fut construite ou rénovée récemment. L’ensemble est assez moderne et convivial. Des autres marcheurs sont déjà présents et cela nous évitera d’aller chercher les clefs à la municipalité.

Nous choisissons un couchage en gardant les mêmes habitudes. Jacques prend la couchette du bas et je m’installe en hauteur. Nous attendrons vainement l’arrivée de l’officiel qui estampillera notre crédenciale. Puis voyant l’heure avancer à grand pas, il serait peut-être judicieux que l’on aille se restaurer.

Le petit restaurant à l’entré du village ne paye pas de mine et ma fois la gastronomie ne présente pas non plus le grand luxe. C’est toutefois acceptable, sauf que le menu revêt des termes un peu obscurs et lors de ma commande, je crois opter pour de la viande mais on me présente du poisson. Bof, une fois n’est pas coutume et je m’en contenterai donc.

L’après midi est ensoleillé et nous en profitons pour prendre un bain de soleil. Vers le soir, nous voyons arrivé le jeune avec ses chiens qui avait un peu organiser le raffut d’hier. Ici personne ne proteste, d’ailleurs il n’y a pas vraiment d’autorité. Donc ce n’est pas nous qui allons l’investir à continuer son chemin, nous ne sommes pas aussi méprisables. De toute façon, il reste des lits disponibles et pourvu qu’il laisse ses chiens dehors pour la nuit, nous n’y voyons aucun inconvénient.

Toutefois, il ne compte pas loger dans le dortoir. Ne pouvant se résigner à abandonner ses animaux, il va dormir dehors en leur compagnie.

Bien que la communication soit un peu réduite, il m’explique que la police l’a pris en charge dés sa sortie de l’autre établissement. Il a passé plusieurs heures sous leur garde et se n’est que début d’après midi qu’il a pu repartir vu que ses papiers étaient en règle



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20 mai 2018



Montamarta – Granga de Moreruela

24 km – 144 m + départ de Montamarta: 7h21 - arrivée à Granga: 13h09


Le lit grince, pas plus qu’a l'habitude mais comme je suis au-dessus, j’essaie de ne pas trop remuer. Le matelas n'est pas des plus confortable car lorsque je me réveille, j'ai un peu mal au dos. Néanmoins, je me rendors très vite et lorsque je me reprends à nouveau pied dans la réalité, il est déjà 7h00. Je regarde autour de moi, non d’un chien, plus de la moitié des lits sont vides. Il est grand temps de se mettre en route.

Pas question de partir le ventre vide. Ce dimanche, je ne sais pas si je vais trouver quelque chose d’ouvert. Qu’importe, j’ai assez de provision. Après avoir avalé une seconde tasse de café, me voici prêt à partir.

Trainant mes guêtres sur le petit chemin campagnard qui longe la grand-route, je traverse le village encore bien léthargique. Je passe devant l’ancienne prison de la Guardia civil qui se trouve en profonde décrépitude. Après le pont qui franchi le lac qui entoure l’ermitage de la Vierge du Château, le chemin monte un peu. Le convento de Jeronimo, fut construit dès 1407 par don Fernado de Valencia. En compagnie de douze moines, ils fondèrent une communauté. La congrégation fut aidée par le roi Juan II qui leur octroya 400 florins de rente annuelle, ainsi que d’autres privilèges. Puis, en 1534, le monastère fut transféré à Zamora où l’on construira un grand édifice sur la rive gauche du Duero. Ainsi, au fil des années il ne resta bientôt plus que des ruines autour d’une petite chapelle régulièrement pillée. Ce n’est que ses dernières années que l’édifice jouxtant le petit cimetière retrouvera sa splendeur d’antan. Au sommet de la colline, on peut voir l’étendue d’eau qui se prolonge bien au-delà de ce que l’on peu observer.

Ensuite le chemin s’avère peu vallonné. Le ciel est envahi par une nuée flamboyante qui donne un aspect mystérieux à tout ce qui se présente. Pendant longtemps, mes pas contournent les étendues d’eau uniquement traversées par les structures routières. Anachronisme particulièrement artificiel dans cette nature calme et sereine.

Après avoir parcouru ces larges étendues verdoyantes, je me retrouve devant les ruines d’une ancienne métropole. Cette cité antique s’appelait autrefois Castrotorafe. Elle fut édifiée avant les années 1319 comprenant un château féodal qui permettait de contrôler la ville de façon concrète. Au XVème siècle on effectua des travaux de renforcement du château et il fut relégué à l’artillerie. Jusqu’en 1604 de nombreuses réparations furent réalisées puis l’ensemble de l’endroit fut peu à peu abandonné. A l’heure actuelle, bien que classé comme monument national le 3 juin 1931, il ne reste que très peu de vestiges. Seuls les murs d’enceinte laissent paraîtres qu’il y a pu un jour avoir une activité humaine florissante à une certaine époque. Il paraitrait que lorsque les eaux de l’Esla sont très basses on peut encore voir l’ancien pont qui permettait autrefois de rejoindre cette agglomération médiévale défensive.

Je m'arrête à Fontanillas de Castro sur un banc devant le cabinet du médecin où j’attends mon compagnon. A Riego del Camino, nous trouvons le bar Pepe ouvert, nous en profitons pour prendre une consommation. Ensuite, nous rejoignons Granja de Moreruela. Il semble que la rue principale bordée par les maisons configure véritablement le petit bourg. L’église se trouve bien entendu au centre du village. Dès notre arrivée, tout nous rappelle que c’est ici que la Voie de l’Argent se sépare en deux. A droite débute le camino Sanabres qui rejoint directement Santiago. Quant à moi, je poursuivrai mon chemin tout droit vers Astorga qui se situe à quelques encablures de León, la capitale de la Castille-et-León.

Nous nous rendons au bar Tele-Club, le seul endroit qui restera accessible pendant toute cette journée fériée. Ensuite, nous poursuivons par quelques enjambées jusqu’à la maison aux briques rouge et d’une largeur modeste qui révèle l’ « albergue del peregino ». Toutefois, nous ne pouvons pas la manquer car du linge sèche sur un pendoir portatif, déposé à front de rue.

Vers les quinze heures, les deux françaises nous cherchent. Elles ont trouvé la petite épicerie ouverte. Si nous avons besoin de quelques denrées, nous pouvons nous y rendre. Lorsque nous arrivons sur place, le marchand a refermé la grille. Jacques frappe à la porte. L’homme ne recule devant aucune opportunité, puisqu’il est présent, il nous ouvre sa caverne d’Ali Baba. A notre retour, Jacques reçoit un coup de fil. Lorsqu’il raccroche, ces plans ont changés. Il semble que son temps de parcours se soit un peu réduit. Il m’annonce qu’il poursuivra son chemin en ma compagnie.

Nous retrouvons notre espagnol de l’autre jour. Nous ferons plus ample connaissance. Jaime Gonzales habite près de Barcelone. Nous échangeons nos adresses E-Mail en promettant de s’écrire un mot dès notre retour. Promesse restant souvent vaine. Le petit carnet de voyage est rangé dans un placard ou au fond du sac qui lui-même est remisé jusqu’au prochain départ. Notre dernière conversation se déroule devant le repas que nous prenons ensemble le soir à une heure assez tardive d’ailleurs, mais nous n’avons pas le choix, c’est le seul établissement ouvert.



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21 mai 2018



Granga de Moreruela - Benavente

29 km – 129 m + départ de Granga : 6h55 - arrivée à Benavente : 14h40


Départ dés 7h00, le bar est encore fermé et nous déjeunerons un plus tard.

L’espagnol, est déjà partit sont chemin le conduira directement à Santiago en passant par Ourense. Cependant pour ceux qui emprunterons ce chemin, il leur faudra encore entre dix et douze jours pour atteindre leur but.

Comme la plupart des locataires de cette nuit ont choisit cette option, nous nous retrouvons quasi seul sur le chemin vers Sahagun. Il ne reste dans l’équipe que notre duo ainsi qu’un Japonais qui parle très peu. Vu sa discrétion, c’est sans vraiment le vouloir que j’en ai fait abstraction dans les commentaires de ces derniers jours.

Après avoir suivi la flèche qui nous guidait vers le nord, nous nous retrouvons sur des chemins sans grand relief. Ensuite, nous longeons un court moment la N-630. Nous longeons une contrée boisée de petits arbres chétif. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres, nous apercevons le retaurante Oviedo. Nous ne nous y arrêterons pas. Peu après, nous retrouvons les champs de blé où se disperse une multitude de coquelicots. Chaque parcelle cultivée est drainée par un efficace réseau d'irrigation. L'eau est canalisée dans des caniveaux pour y être soustraite si le besoin se fait sentir. Au loin, chaque pylône électrique est colonisé par un nid de cigognes.

Ainsi, je rejoins le village de Santovenia et trouve le Bar-Restaurante Esla. Le Japonais qui est partit beaucoup plus tôt sort à l’instant de l’établissement. Je mange un morceau, il est plus que temps cela fait presque 2h00 que je marche sans avoir rien pris. Peu de temps après Jacques arrive. Après cette pause bien utile nous repartons ensemble. Rapidement, nous traversons le village de Barcial del Barco.

Marchant à mon rythme, je me retrouve bientôt seul. Je poursuis par un chemin bordant les champs cultivés. Cependant, je remarque des travaux d’aménagement de la ligne de chemin de fer désaffectée. Elle reliait, il n’y a pas si longtemps Zamora à Benavente. Sans doute que le tracé de la voie de Compostelle l’empruntera, dès que tous les équipements seront opérationnels. A un moment donné, le fléchage nous fait emprunter l’ancien pont en fer qui traverse l’Esla. Et ce malgré, un panneau qui indique une interdiction de passage. Je ne vois guère comment quiconque, à cette époque de l’année, pourrait traverser cette large rivière qui possède de nombreux bras. Emprunter ce terrain dans cet ensemble marécageux complètement inaccessible, se révélerait bien plus périlleux que traverser le pont complétement rouillé. Pourtant celui-ci a bravé, depuis des temps immémoriaux, les intempéries. En recherchant dans certaines archives locales, j’ai retrouvé certaines informations.
Le pont sur le fleuve Esla, qui se trouve au kilomètre 281.775 de la ligne des trenes de Zamora, est d’une longueur approximative de 252 m. Il est composé par cinq sections supportées par des piliers fait de maçonnerie en pierre de taille. Il date de 1932 et a été fabriqué en acier par la Société espagnole de la construction navale à Bilbao.

M’ayant un peu attardé, Jacques m’a rejoint. Dans ces contrés, les flèches jaunes ont totalement disparu et nous nous demandons s’il est bien judicieux de continuer à suivre l’ancienne voie. Mais plus loin, le balisage reprend et dirige nos pas vers le petit village de Villanueva de Azoague. Nous le traversons sans grands intérêts et continuons dans les cultures. Au loin se profile la ville. Sur le côté, à bonne distance, une haute infrastructure abrite le Centre de conditionnement du sucre de Benavente.

Nous traversons le N-525 et bientôt nous nous retrouvons dans la localité. Jacques nous a trouver une adresse pour nous loger, il s’agit Hostal La Trucha où il y est déjà descendu dans ces périples précédents. C’est toutefois situé à l’autre bout de cette métropole. Je me laisse guider par mon GPS, mais cela intrigue Jacques. Comme il est déjà venu ici précédemment, il m’indique que nous ne sommes pas dans la bonne direction. Pourtant, je pense que j’adopte le chemin le plus court, mais il ne semble pas entendre raison. Nous choisissons donc chacun notre itinéraire. Toutefois, j’arrive le premier. Je lui téléphone afin de voir où il reste. C’est un peu puéril, je l’entends mais j’ai envie de le taquiner.

En l’attendant, vu qu’il commence à faire chaud, je prends un verre au bar. Nous réservons une chambre pour deux. Pour autant que la literie se constitue de lits jumeaux, cela ne présente pas d’inconvénients, puis cela permet de diviser le prix par deux ce qui reste ainsi, peu prohibitif.

La serveuse nous emmène à notre logement, qui ne se trouve pas à cet endroit mais à quelques pâtés de maison. La chambre située au dernier étage est assez minuscule, mais le confort est très acceptable.

Peu après nous retournons au café pour prendre notre repas. J’en profite aussi pour téléphoner à Pat. Cela fait plusieurs jours, que je n’ai pas parlé à mon épouse. Je décide ainsi, à la mettre au courant de mes prévisions pour ces prochains jours. C’est à ce moment, que je m’aperçois que j’ai oublié de raccrocher mon téléphone. Cela fait bien une demi-heure que je suis en contact avec Jacques, et j’ai l’impression que ma facture risque d’être salée, on verra bien à la fin du mois. Quoi qu’il en soit, nous discutons quand même pas mal de temps ma femme et moi.

Il y a du monde en terrasse, et une ambiance agréable et conviviale se développe autour de nous. En revanche, j’apprécie vraiment le menu du jour.

L’après-midi, nous passons notre temps à visiter les environs et à renouveler nos provisions.

L’agglomération présente une architecture chargée d’histoire. Elle se situe sur une colline au centre d’une grande plaine et est assez peuplée, puisqu’elle abrite plus de 18 000 habitants. Une rue m’emmène vers le parc qui domine cette plaine qui s’étend jusqu’à l’horizon lointain. A l’extrémité du parc se trouve le Parador de Benavente. C’est un bâtiment unique et exceptionnel. C’est un ancien château royal converti en hôtel de luxe datant du XIIème siècle. J’emprunte ensuite une rue pavée qui m’emmène vers la plaza de Santa Maria. Longeant les commerces de ses rues étroites à forte fréquentation, j’arrive immanquablement devant l’église Santa María del Azogue. Le plus remarquable de cet édifice est le parement avant, de couleur blanche et de style roman. L’ensemble de ce massif bâtiment semble être appliqué tout autour de ce porche. Je retrouve Jacques et nous partons à la recherche d’un indice afin de continuer notre chemin pour le lendemain. Nos avis divergent de nouveau. Je me fie principalement à mon GPS mais mon compagnon ne lui fait pas confiance. Nous parvenons à établir un dialogue avec un local au langage très prolixe. Toutefois, nous ne sommes guère avancés par ses affirmations. Continuant ma promenade, je rallie la Plaza Mayor réputée entre autres pour ces foires de la céramique et des piments, un peu en arrière se trouve la Iglesia de San Juan del Mercado datant du 12e siècle.



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22 mai 2018



Benavente – Alija del Infantado

23 km – 101m + départ de Benavente : 7h02 - arrivée à Alija : 14h40


La nuit fut particulièrement tranquille et de fait en étant deux dans la chambre, de plus, si on connait un peu son coéquipier, on ne devrait pas s’importuner.

Je remets les clefs au bar et nous prenons notre déjeuner sur place. Il est 7h00 lorsque nous partons. Chacun de notre coté car de ce fait nous n’avons pas su nous mettre d’accord sur l’itinéraire à suivre. Jacques reprend le chemin menant au centre. Je prends un autre choix en risquant prendre par les boulevards extérieurs.

Mon choix se révèle judicieux, puisqu’ a la sortie de la ville je tombe immédiatement sur le fléchage qui me conduit dans la campagne. Ensuite, je reconnais que je me suis un peu égaré. Négligeant un peu le fléchage, je suis obligé de faire demi tours après environ 600m car le chemin dévie vers la gauche. Le chemin est très agréable, le temps est ensoleillé. Je retrouve Jacques une heure plus tard, il a marché le long de la nationale n’ayant pas trouvé de balisage. Ensuite, nous évoluerons sur les chemins champêtres et particulièrement calme, évoluant au travers des massifs buissonneux ou autres broussailles flétries. Nous dépassons Villabrazaro. L’église, avec son clocher surmonté d’un nid de cigognes, marque le centre du village. Nous continuons sur une carretera en mal estado. Cela n’a que peu d’importance à nos yeux que la route soit en mauvais état, puisque nous sommes à pied. A partir de se moment, nous apercevons des habitations troglodytes. Elles sont rudimentaires et sont enterrées dans de basses collines. C’est assez désopilant d’apercevoir les cheminées dont les sommets dépassent le tapis herbeux.

A Maire de Castroponce, un bar est renseigné sur mon guide. Ce serait une opportunité, la chaleur commence à se faire ressentir. Malheureusement, ce petit bourg est totalement désert. Toutefois, je m’arrête pour une petite pause ainsi Jacques me rattrape. Notre marche nous conduit en Province de León et bientôt nous traversons le rio Orbigo en traversant l’antique pont romain. La LE-114nous fait passer par le petit bled de Ozaniego, mais nous l’éviterons ainsi que la montée en passant par un sentier de traverse qui nous fait directement déboucher en face de notre hébergement.

Comme de bien entendu, l’auberge est fermée. Naturellement, nous ne pouvions pas savoir que la clef se trouve sous un volet, donc comme il y a un numéro de téléphone de renseigné sur la porte, nous appelons. Après pas mal de sonnerie, nous n’obtenons pas de réponses. J’ai à peine le temps de déposer mon barda, que mon GSM retentit. C’est l’hospitalière, elle vient nous ouvrir dans cinq minutes.

C’est la deuxième fois qu’on la dérange aujourd’hui mais elle ne semble pas nous en tenir rigueur. En fait, ce n’est pas tous les jours qu’elle a la visite de plusieurs pèlerins. Le Japonais est déjà arrivé avant nous, mais il est parti se restaurer au village dont le centre se situe, à quelque distance.

Après notre installation, nous nous dirigeons vers le centre d’Alija del Infantado. Le bar est ouvert et nous pouvons prendre notre repas à cet endroit.

Cette ville est connue comme ville historique. Elle est un des noyaux artistiques imposantes de la zone. Située dans le rivage de la rivière Orbigo, elle conserve un vaste patrimoine historique et artistique ainsi qu’un grand nombre d’entrepôts. Elle est partagée en deux quartiers, chacun d’eux avec ses monuments et son atmosphère. D’abord, il y a le quartier juif, dans la partie haute, avec l’église de San Esteban. Ensuite, il y a le quartier féodal, dans la partie basse, avec l’église de San Verisimo. Les deux quartiers sont séparés par la Calle Real avec son ancre marine. Il faut bien admettre que c’est assurément inhabituel de trouver cet objet dans une région qui ne dispose pas de côte. Pourtant, Alija a été reconnu comme le premier village d’intérieur qui a le plus donné à la marine espagnole. A cet emplacement, se trouve une petite place avec deux et une grande ancre ornée avec des fleurs avec une image de la vierge du Carmen, patronne des marins. Pour donner davantage de solennité, des drapeaux ondulent dans la partie avant. Il faut bien avouer que ce lieu nous a profondément aidé dans notre recherche d’un restaurant. La Plaza Mayor située dans le quartier médiéval d'Alija, est le plus grand espace urbain de la ville. Les maisons environnantes sont de plain-pied avec une architecture ancestrale. Les bâtiments les plus importants de la Place sont la mairie, le château et l'église de San Verisimo. Cette place est pavée, avec un bouclier dessiné sur le sol. Le bâtiment de la Mairie est assez original. Sur les murs sont enregistrés les blasons de chacune des provinces espagnoles, ce qui lui donne une jolie touche de couleur et une originalité de la simplicité de sa façade. Dans le centre du bâtiment, il convient d’indiquer le balcon présidentiel, sur lequel se trouve la tour de l’horloge avec ses deux marionnettes : Los Alixanos. Sur la colline on peut aussi apercevoir des habitations troglodyte mais elles servent principalement de protection pour la chaleur lorsque l’été torride montre son nez.

Alija del Infantado a eu son heure de gloire, et il semble qu’au fil des années le tourisme n’ai pas vraiment envahi cette contrée ce qui l’oblige à rester plutôt misérable.

Lors de notre retour à l’auberge, un quatrième larron c’est joint à notre groupe. Il est espagnol, c’est sa première expérience du chemin. Il vient de se retrouver à la retraite (esta jubilado) et cela lui semble judicieux de prendre un peu de recul par rapport à sa vie courante. Il s’est installé seul dans la deuxième chambre. Chance parce que cet individu est un ronfleur invétéré.



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23 mai 2018



Alija del Infantado – La Bañeza

23.42 km –95 m + départ de Alija : 7h30 - arrivée à Bañeza: 12h46


Aujourd’hui, je pars le dernier. C’est un fait, je me suis levé plus tard que les autres. Une fois n’est pas coutume. Je profite un peu de cette opportunité, car demain, je devrai partir tôt pour rejoindre au plus vite mon ultime étape.

Comme tout est ordonné pour déjeuner, un casse-croute vite avalé, j’use le privilège de prendre une dernière tasse de café avant de fermer la porte à clef. Inutile de réveiller la gardienne du lieu, où de se casser la tête pour remettre les clefs quelque part, elle nous a demander de les glisser sous le volet. Lorsque je passe dans le village, je ne remarque aucune activité. Ils sont tous partit dans une autre agglomération pour leur travail, ou ils sont encore endormis.

Mon compagnon, n’a guère d’avance sur moi, je l’aperçois dans le lointain. Il avance par la route nationale tandis que moi, j’ai repéré un chemin champêtre. Le GPS confirme mon trajet et celui-ci semble même légèrement plus court.

Je passe devant un hangar, deux chiens féroces aboient sauvagement à mon passage. Je constate que ceux-ci sont en liberté et galopent pour me rattraper, une certaine crainte s’insinue en moi. Heureusement, il y a une distance considérable entre eux et moi. Je quitte aussi rapidement que possible cet endroit, sans toutefois courir afin de ne pas fuir et montrer mon appréhension vers ces animaux. Ils ne me poursuivent pas au-delà de leur terrain de surveillance.

Hâtivement, je sors des champs pour rattraper la LE-114 et je me dirige vers La Nora del Rio que je laisserai à ma droite ne longeant que les jardins. Pendant un bref instant, le chemin borde la rivière Orbigo, puis c’est de nouveau une piste champêtre qui s’offre à mes pas. Sur l’entrefaite, je rejoins Jacques et nous nous dirigeons vers Navianos de la Vega. Mais encore une fois, par manque de signalisation, nous faisons un détour. Parcourant les deux cotés d’un triangle, nous aurions dû suivre le sentier qui continuait tout droit. Le village ne présentant aucun intérêt, notre humeur s’en voit un peu contrariée. Nous prolongeons donc notre marche, suivant les parcelles cultivées. Jacques est à la recherche d’un bar et bifurque vers Villanueva de Jamuz, mais il me rapportera plus tard qu’aucun établissement n’est ouvert. Continuant tout droit, j’en profite pour faire une pause et nous nous retrouverons un peu plus tard.

Nous passons sous l’autoroute A-6 et progressivement nous apercevons les faubourgs de la ville. Nous devrons encore marcher pendant quelques kilomètres pour nous retrouver au centre. Nous devons faire un détour pour contourner un terrain de manœuvre, sans doute militaire. Un peu plus tard, dans les quartiers plus urbanisés, j’interprète mon chemin avec mon GPS et Jacques préfère suivre son chemin. Toutefois, nous arrivons en même temps à l’auberge Monte Urba. La porte est ouverte, quelqu’un nous a précédé. Du linge sèche déjà dehors.

Nous prenons place dans ce logis improvisé pour les pèlerins. La structure est nouvelle et assurément confortable. Elle se situe en hauteur, et domine la ville. D’ailleurs au bout de la rue, un ascenseur permet de descendre de plusieurs étages.

Après notre installation, nous nous rendons en ville pour manger. Ensuite je fais une exploration de la bourgade. La rue de l'Horloge est l'une des principales rues de La Bañeza. C'est une rue piétonne où l'on peut trouver plusieurs cafés avec des terrasses. Bien-sûr, la Plaza Mayor reste l’endroit le plus fréquenté de la ville et une agitation fébrile y règne constamment. La Mairie de La Bañeza se trouve sur cette place, à côté de l'église de Santa María. C'est un des monuments les plus importants et les plus représentatifs de la ville, construit au XIXe siècle, mais la façade actuelle est l'œuvre plus récente de Manuel de Cárdenas, architecte de León, qui prit les travaux en charge en 1908.

La bibliothèque Juan de Ferreras situé à quelques pas de là, vers la Plaza Obispo Alcolea est un bâtiment moderne présentant une façade originale. Juste à côté se trouve le Centre Culturel Infanta Cristina, un des principaux lieux culturels de la ville. Le bâtiment abrite à la fois la bibliothèque municipale "Juan de Ferreras" et les archives historiques "Conrado Blanco». Elle porte le nom d'un personnage très important de la région, qui était à la fois écrivain et historien.

Il me reste un étrange sentiment de cette cité, où l’urbanisation avait dans des temps pas si lointains été développé à outrance. Pourtant, à mon passage, beaucoup de rez-de-chaussée commerciaux sont vide d’occupation. Du reste, ils sont murés afin d’évité à coup sûr de trop grandes dégradations.

Après avoir parcouru plusieurs quartiers de long en larges, je me rends compte qu’il est déjà presque 16h00. Une enseigne indique 28°, il commence à faire chaud. Je prends un verre dans un bar puis je rentre à l’auberge.

Branle-bas de combat, à mon arrivée. Une réunion importante doit se dérouler en ce lieux, ce soir, dans la salle principale. On nous invite à déloger dans la chambre du fond. Cela ne me semble guère judicieux. De toute façon, s’il y a du ramdam cette soirée, cela ne changera pas grand-chose de se déplacer de quelques mètres. Jacques, le Japonais et moi nous conservons nos places. L’espagnol lui préfère déménager. Pour nous, c’est soit l’agitation de la conférence ou les ronflements de notre compagnon.



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24 mai 2018



La Bañeza - Astorga

25.85 km – 143 m + départ de Bañeza : 6h22 - arrivée à Astorga : 11h41


Suivant les dires de mes compagnons, il y a eu un peu de raffut cette nuit. Pour ma part, avec mes protections auditives, je n’y ai guère prêté attention. Mais, il s’emblerai que les discutions allait bon train et que le brouhaha s’est poursuivi jusque minuit. Après un premier sommeil, je me suis réveillé à 1h00 du matin. Donc, la fête était finie.

On remue dans la chambre, il doit être vers les 5h30. C’est le Japonais qui est déjà prêt à partir. Pour moi qui veux partir de bonne heure, c’est une aubaine. J’emporte mon sac dans la salle à coté auquel je remets un peu d’ordre. Ensuite, je prends le temps de manger un morceau. L’espagnol prend déjà la poudre d’escampette, et je ne vais pas tarder à le suivre.

Je ne me risque pas à prendre l’ascenseur du bout de la rue, des fois qu’il tombe en panne. Je me retrouverais dans des beaux draps. Je passe devant les pignons d'immeubles peint d'immenses fresques modernes et autres murs tagués à la va-vite. Une usine marque la fin de la ville. Je traverse une ancienne ligne de chemin de fer vestige d’un autre temps. Décidément les choses vont trop vite. Une civilisation a à peine le temps de s'installer qu'une autre la remplace ... pas nécessairement meilleure.

A partir de cet instant tout est bien indiqué. Je marche seul. Jacques et moi, nous nous sommes dit au revoir hier. Il ne sait pas encore comment il compte rejoindre la France probablement en bus. L'agglomération quittée, je me retrouve une nouvelle fois dans les champs. Je visionne de temps en temps mon GPS, qui me confirme l'itinéraire.

Je marche à vive allure, c’est sans doute devenu une habitude. Un peu après un passage sous l'autoroute, qui nous fait faire un Leger détour, j’ai déjà rejoint le Japonais qui était partit une bonne demi-heure avant moi.

Je le dépasse à une intersection où il doute sur la direction à prendre et consulte son GPS. Quoi que de plus normal, je ne suis pas le seul à être équipé de la sorte. Toutefois, par gestes, je lui confirme que plus loin, nous retrouverons sans doute le fléchage qui nous permettra de reprendre les indications sur le terrain. Et c’est en effet ce qui se passe. Bientôt, nous sommes redirigés vers la droite. On traverse la rivière sur un pont illustre de la ligne de chemin de fer abandonné. Les rails continuent mais nous quittons son tracé fort improbable car ce n'est pas très pratique de continuer à marcher sur du ballast.

Maintenant, le Japonais est loin derrière moi et je pénètre dans une plaine qui se transforme peu à peu en basse forêt.

A un moment donné, une zone de terrain a été entièrement retournée. Elle est de couleur blanchâtre et parsemée de multiples trous qui servent de terriers pour des animaux sauvages. Je ne sais pas de quelle bestiole il s’agit, mais elles doivent avoir une grosse taille car les entrées des terriers sont importantes.

Plus loin je vois des plaques « prohibitar tirar basuras ». Il s’avère qu’a plusieurs endroits, j’ai remarqué des dépôts sournois contenant surtout des matériaux de construction. Mais quelques plaques interdisant de produire des ordures n’ont sans doute que peu d’effet sur les méthodes peu orthodoxes des contrevenants dans cet endroit particulièrement isolé.

Le chemin est un long tracé rectiligne d’environ six kilomètres. Il débouche sur une route en parfait état. C’est en fait la CV-193-30. Il s’agit d’une route secondaire qui permet de rejoindre Riego de la Vega. Je la quitte très vite et suit un chemin parallèle à l’autoroute. Je viens de rattraper l’espagnol, je marche très vite en le dépassant un peu par défit. Je sais cela semble ridicule mais cette situation me donne des ailes et me permet de me défouler.

Après le pont sous l’autoroute, j’arrive sur une aire de repos. Je m’assis sur un banc. Ça fait un bien fou de vider mes épaules de mon sac à dos. Je prends ainsi une collation particulièrement appréciée. Naturellement, l’espagnol en profite pour me dépasser. Cela n’a pas d’importance, je le rattraperai probablement avant la fin de l’étape.

La piste est parfois imprévisible, le chemin indique de rejoindre Celada. C’est encore une manœuvre pour tromper le pèlerin. Souvent le balisage vous invite à rejoindre les petits villages. Il permet ainsi à certains habitants de réaliser un peu de chiffre d’affaire. Je consulte mon GPS, le chemin continue tout droit. J’estime que c’est plus pratique de le suivre. Cinq cents mètres plus loin, je suis dans un cul de sac. Je me retrouve en plein milieu d’un champ labouré.

Suis-je censé faire demi-tour ? Ce n’est pas vraiment mon ambition. Donc après avoir monté sur la colline, je m’aperçois qu’en longeant le bosquet qui borde le labour, je pourrai aisément rejoindre le chemin. Le parcours est court mais assez ardu, pourtant tout ce passe bien.

Je retrouve mon itinéraire qui m’oblige à traverser une ferme où les occupants sont en train de réunir un troupeau de mouton. La route monte un peu, puis au sommet, je peux déjà apercevoir la ville d’Astorga qui se découpe devant un massif montagneux encore enneigé.

A l’orée de la ville, je fais une nouvelle pause. J’en profite pour manger un fruit. L’espagnol m’a rattrapé. Nous repartons ensemble, il discute sans arrêt, et bien souvent je ne comprends rien de ce qu’il dit. Mais si ça peut lui faire plaisir, alors je n’y vois pas d’inconvénients.

Je suis déjà venu à Astorga, donc je me rappelle un peu la ville. Je bifurque vers la calle Corredera Baja. C’est en bas de la ville. Celle-ci se trouve pareillement au sommet d’une colline. Je passe à coté de l’église de San Andrés et commence à monter la petite ruelle, qui a présent s’appelle la calle Corredera Alta, pour me retrouver à un carrefour où je suis passé lors de mon périple sur le Camino Francés. Ainsi, la boucle est bouclée.

Au sommet de la cote, j’aperçois la maison abritant la Asociacion de Amigos del Camino de Santiago Astorga y su Comarca. Je compte mis rendre, il me faut mon cachet sur ma crédenciale. Ce sera ma balise ultime de mon voyage.

Je me présente devant la porte, c’est déjà ouvert. Une jeune femme avance, légèrement en retrait sur moi, nous nous présentons ensemble. Par galanterie, je la laisse franchir en premier le seuil. Nous longeons un long couloir avant de nous présenter aux hospitaliers. Ils sont deux, je m’avance donc vers celui de gauche, de plus il parle français. Mais cela ne va pas se passer comme cela. La jeune espagnole commence à rouspéter que je lui ai pris sa place. Bonjour l’ambiance. J’explique que je veux juste le cachet de l’établissement. Rien n’y fait elle continue à vociférer. De quoi a-t-elle peur ? Il n’est qu’onze heure et demi, et c’est déjà la bagarre pour une place de logement ?

L’hospitalier comprend ma démarche. Il appose son timbre sur mon document, puis je m’éclipse discrètement. L’hystérique se démène toujours lorsque je franchis la porte de sortie.

Je m’arrête sur la plaza España pour changer de vêtements. Je suis en nage. L’espagnol m’a rejoint. Il me demande de le prendre en photo.

Il est encore trop tôt pour me rendre à la gare, et puis se serait vraiment bien que je puisse aller diner maintenant, car j’arriverai trop tard à Irun pour trouver quelque chose d’ouvert. Je choisis un établissement où le menu me plait. Comme il n’est pas trop tard, je suis le seul client pour l’instant. Je passerai encore une heure à redécouvrir la ville. Il fait un temps magnifique, ce n’était pas le cas lors de ma visite précédente.

Astorga est une ville qui existe depuis plus de deux mille ans. Elle était déjà connue au deuxième siècle. On la certitude, qu’elle contribua à l’installation d’un camp militaire d'une légion romaine pour ensuite se convertir en colonie civile. Au Vème siècle, lors du déclin de l'Empire romain d'Occident et des Invasions barbares, Astorga est plusieurs fois pillée et saccagée. La ville appartient jusqu'au début du VIIIème siècle au royaume wisigoth d'Espagne. L'invasion musulmane de l'Espagne provoqua la chute de ce royaume. La ville serra assiégée par les Arabes en 714. Elle est reconquise assez rapidement par le roi Alphonse Ier des Asturies. Lors de la Guerre d'indépendance espagnole, Astorga fut en 1808 une des premières villes espagnoles à se soulever contre l'occupation française : renforcée par les troupes britanniques de Moore, la ville tomba quelques mois après, face aux troupes napoléoniennes qui l'abandonnèrent puis tour à tour la reprirent.

Astorga est entourée d'une puissante muraille située sur un promontoire. La construction de la cathédrale Santa Maria a débuté en 1471 et s'est achevée à la fin du siècle suivant. Sa façade est en grès rose et son imposant portail est orné de reliefs. A côté, se trouve le Palais épiscopal d'Astorga. Il fut conçu par Antoni Gaudi, ami de l'évêque de l'époque. Il est de style néo-gothique. A ce jour, il abrite le Museo de los Caminos dédié aux chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il est vraiment unique et exceptionnel.

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Je redescends la colline, et me dirige vers la gare. Néanmoins, il me reste encore une heure à attendre.

Peut après, je vois arriver Jacques. Il a changé d’avis, le bus qu’il avait prévu de prendre ne circule pas aujourd’hui.

Il est 15h03 lorsque l’Intercity 00280 entre à quai. Nous nous retrouvons dans la même voiture, mais assez loin l’un de l’autre. Par période, nous nous rapprochons et discutons de notre parcours et évoquons nos spéculations prochaines. Bien que le trajet soit assez long, j’aime ce voyage avec ce train. Il me permet de revoir pas mal d’endroits que j’ai traversé à pied.

Nous arrivons à Irun. Nous descendons tous les deux. Un copain de Jacques est venu le chercher, ce n’est pas très loin de son lieu de résidence. On se serre une dernière fois la main, Dieu seul sait si nous nous reverrons un jour !

Le chemin pour l’hôtel Bowling ne m’est pas inconnu. Ce n’est pas la première fois, que j’y descends. L’accueil est chaleureux. Je monte dans ma chambre. Enfin une bonne douche … et puis dodo. Je suis fourbu.

Epilogue.

25 mai 2018

Irun Hendaye Luxembourg

J’ai vraiment bien dormi, dans un lit très confortable. Après avoir remis mon sac en ordre, je quitte l’hôtel pour la gare d’Hendaye. C’est très bien, il ne pleut pas mais le ciel est vraiment très chargé.

Je me place à l'entrée des guichets, qui sont encore fermé à la clientèle. J’aimerais être servit le premier. Le guichet ouvre à 6h45. Encore un quart d’heure à attendre. Pendant ce délai, je remarque l’arrivée d’une allemande. Je dois l’avoir croisée quelque part, mais je n’en suis pas vraiment certain. Néanmoins, elle porte, outre son sac à dos, un petit sac jaune muni d’un logo particulier que je connais bien. Je possède également le même sac. Je l’ai reçu à l’hôtel Asturias de Jarilla, à la suite de ma visite du site Romain de Arco de Capara. Cette dame, d’une rare élégance, parle un peu le français. Je prends un malin plaisir de lui demander, s’il elle a apprécier son périple sur la Via de la Plata. Elle reste interloquée jusqu’au moment où je lui avoue que moi aussi, je possède le même sac.

Lors de mon voyage de retour, à l’origine, j’avais prévu de faire une pause à Bordeaux. Toutefois, cela ne sera pas possible. Depuis plusieurs mois, une grève tournante paralyse le transport ferroviaire français. Pour autant, aujourd’hui, le trafic ne souffre pas de perturbations. Alors ne tentons pas le diable, je rentrerai directement. Fin d’après-midi, je devrais être à destination. Désolé pour mes deux copines de pèlerinage, que j’avais rencontré en 2015. J'aurais aimé leur payer un verre, attablés en leur agréable compagnie à une terrasse. Donc, ce sera pour une autre fois.

Il est 7h00, j’ai embarqué dans le TGV. Le départ est pour 7h12. Je devrais arriver à Paris Montparnasse à 12h07. Sur ce trajet, nous rencontrons quelques problèmes aux environs de Dax. Le chef de train annonce un vol de câbles. Cette situation nous ferra ralentir sur une distance assez longue. Lorsque le train rentre en gare de Bordeaux, le retard se porte à vingt minutes.

Je regarde par la fenêtre, le paysage défile à toute vitesse. Il fait un temps exécrable, il va falloir que je me réhabitue à la pluie. Le train gardera les vingt minutes jusque Paris.

A Paris Montparnasse, je prends le métro. Ma correspondance en gare de l’Est pour relier Luxembourg est à 13h35.

Décidément, la vie en ville a l’air bien morose. Tout le monde cavale dans tous les sens. Et de fait, pris dans ce flot, j’accélère mon pas, enfilant les couloirs, les escaliers, les tapis roulants dans cet assortiment de souterrains à l’aspect bien peu engageant. Les sièges dans les véhicules métropolitains sont rares et la place est très exiguë, spécialement si un personnage hors gabarit s'assied à vos côtés.

J’arrive à la gare de l'est. Parfait, il me reste finalement une demi-heure de battement. Pour des raisons de sécurité, on annonce la voie à peine un quart d'heure avant le départ. Comme je me trouve en face de la voie 23 et que le quai annoncé est le n°7, c’est de nouveau la course afin de me diriger vers l'autre extrémité de la gare.

Naturellement tout le monde s'y précipite. Chacun désire passer avant tout le monde. Actuellement, pour pénétrer sur le quai afin d’accéder à sa voiture, il faut passer son billet dans une appareil informatique dans le but qu’une porte mécanique vous ouvre le passage. Naturellement dans ma rangée, se trouve une personne, présentant une élégance bien peu recommandable, dont le ticket n’est pas reconnu. Il perturbe la fluidité en insistant vainement pour que cette maudite ouverture se libère. Une queue se produit instantanément et le passage est bloqué. Des agents de l’ordre, l’invitent à se mettre sur le côté. Ils règleront son problème dès que la foule aura dégagée. De toute évidence, je soupçonne le voyageur de vouloir frauder.

Après m’avoir enfilé toute la longueur du quai, je monte dans la voiture où un siège m’a été attribué.

Un autre voyageur s’assit à côté de moi. Il a une crève carabinée, il tousse et se mouche sans arrêt. J’espère qu’il ne va pas me la refiler. Un petit garçon sur les bras de sa mère pousse une gueulante. Un pépé vient le distraire. Cela fonctionne, du moins pour un temps.

Le trajet est assez rapide nous arrivons à l’heure à Luxembourg. Je reprends un autre train pour Arlon et Marbehan. A cette gare, ma femme m’attend, ça fait un mois qu’on ne s’est pas vu.