Destabul, un cheminot de l'espace.
Une technique à apprivoiser.
L'aérographie, c'est une technique particulière et relativement peu pratiquée pour peindre de petits tableaux. On la connaît surtout pour son utilisation en publicité, ou encore dans les superbes créations ornant les carrosseries de voitures.
L'aérographe est en fait un petit pistolet, relié à un compresseur, qui pulvérise la peinture sur un support. Contrairement au peintre lorsqu'il emploie ses pinceaux, l'aérographiste ne touche donc pas le tableau, ses traits se font à quelques millimètres du support. Plus il se rapproche, plus le trait est fin. Pour éviter de déborder, on peut protéger les parties qui ne sont pas traitées en employant des masques, on peut séparer les masques en deux grandes parties, les masques fixes et ceux-ci sont collés sur le support, mais aussi les masques mobiles qui peuvent être de petits bouts de plastiques transparents et découpés au cutter ils correspondent exactement aux formes qui ne sont pas peintes dans l'immédiat. Il est à noter que certains aèrographistes qui ont acquis une maîtrise totale de leur appareil parviennent à travailler à main levée sur l'ensemble de leur œuvre.
Les nuances s'obtiennent par l'apposition de couches successives, l'utilisation d'encres acryliques ou de gouaches comme Destabul les emploie permet d'obtenir des effets velouté particulièrement réaliste.
"C'est une technique à apprivoiser, explique Jean-Claude Lahure, mais une fois qu'elle est maîtrisée, c'est fantastique parce que contrairement, à la peinture, elle permet d'obtenir une précision que l'on observe même de près. Il n'y a pas de trait, de coup de pinceau, tout est net, lumineux, pratiquement comme sur une photographie."
Une des grandes difficultés est de rester concentré quand on travaille à main levée. Une petite seconde de distraction et c'est la tache.
Chacun ses petits trucs : Destabul, lui, c'est la musique planante, Vangélis, ou même des CD de chants du monde, le bruit de l'eau qui coule.
"La radio est trop perturbante pour ce travail de précision, affirme l'artiste. Quand j'écoute un genre de musique pour commencer une œuvre, je la garde jusqu'au dernier trait. En plus, cela donne une ambiance à l'oeuvre. Souvent, quand je regarde un de mes anciens tableaux ; la musique que j'écoutais en le réalisant me revient en tête ".
Jean Claude Lahure allias Destabul, manie le crayon depuis toujours, Artiste polyvalent, il s est aussi fait un nom dans le petit monde de la photo d'art avant de se mettre à l' aérographie. Une technique bien adaptée à ses thèmes d'inspiration favoris : les femmes et l'espace.
q Qui répond aux questions : Jean-Claude Lahure ou Destabul ?
Là, nous sommes dans mon atelier je suis donc Destabul. C'est un petit pseudo pour montrer mon attachement à mes origines. ( De Stabul , c'est d'Etalle). Comme je ne suis pas artiste à temps complet, le pseudonyme me permet de changer de peau quand j'ai terminé ma journée de conducteur de train. Il ne faut pas exagérer cette petite fantaisie, ce n'est pas un cas grave de dédoublement de personnalité. On a vu pire avec Dr Jekyll et Mister Hyde...
q Cheminot, dessinateur, photographe, aérographiste...
J'ai toujours dessiné. À quinze ans, je rêvais d'en faire mon métier en créant des BD, mais à l'époque - je suis né en 1957 - pour mes parents, il n'en était pas question. Je dessinais en cachette. J'ai " monté des tuyaux " pendant quatre ans avant d'entrer au Chemins de fer. En passant des examens, je suis devenu conducteur. Je suis alors monté à Bruxelles en pensant qu'en ville, je connaîtrais d'autres choses. En continuant ma carrière, je' faisais des caricatures et des dessins dans la rue Neuve. J'y ai rencontré d'autres artistes partageant mon goût du dessin au crayon. Ensuite, je me suis mis a peindre, mais le dessin reste la base de ce que je fais maintenant.
q Et la photographie ?
Cela a commencé par la création d'un photo club a Etalle. J'y adhérais tout en habitant Bruxelles. Petit à petit, nous avons progressé, on s'est mis à la compétition en participant à des salons nationaux, puis mondiaux. C'est un travail qui a duré sept ans. Un vrai travail parce que je ne voulais pas représenter la réalité : mon truc, c'était le trucage ! La joie de créer. Finalement, je n'avais plus le temps de peindre. Alors, j'ai arrêté. Depuis trois ans, la date de mon retour à Lahage, je n'ai plus tiré une seule photo.
q Quels sont les points communs entre ses techniques ?
Pour l'aérographie comme pour la photo, j'aime bien le côté " défi technique ". Dans les deux cas, il faut maîtriser son matériel. L'aérographie décourage parfois les artistes parce qu'il faut atelier à demeure. On n'installe pas un compresseur dans son salon comme on le ferait pour un chevalet ! Le point commun entre le dessin et l'aérographie est simple : je mets mes dessins en valeur à l'aérographe. D'abord, je réalise l'esquisse sur papier calque. Souvent, pour l'agrandir à la taille du tableau, je la place sur un agrandisseur photographique et je reporte les traits.
q Dans vos créations, on retrouve toujours deux thèmes...
Oui, les femmes et l'espace. Les femmes, je les dessinais au début en pensant que, lorsqu'on savait représenter le corps humain, on savait tout faire. Ce n'est évidemment pas vrai. Je continue de les dessiner parce que cela me plaît vraiment. Parfois, dans mes esquisses, il y a des hommes. Mais quand je réalise le tableau, c'est comme s'ils étaient de trop, je les supprime ! Pour l'espace, dont je m'inspire le plus souvent pour les décors, c'est le goût de la science-fiction dont je suis un grand fan. Ces deux thèmes présents sur un tableau, c'est une représentation du, rêve et en même temps du mystère.
q Et quel accueil réserve le public à vos créations ?
Je ne suis pas professionnel, donc je fais ce qui me plait. Et ce qui plait à ma famille, à mes amis. Mon but est avant tout de, créer quelque chose d'agréable à regarder. Je me rends compte que cela ne touche qu'un certain public et qui est en général plus jeune que moi. Pour les autres, les décors irréalistes, la science-fiction, ce n'est pas le goût de tout le monde. Les livres qui sortent dans ce domaine plaisent peut-être à un lecteur sur dix. Je pense que c'est pareil avec mes tableaux.
q Pourquoi ne pas devenir illustrateur professionnel ?
Cela pourrait être un de mes rêves. Je me donne deux ans pour encore perfectionner ma technique, puis je pense aller présenter mes créations ailleurs ! Mais dans mon esprit, la démarche serait plutôt de rentabiliser mon hobby, parce que devenir professionnel, cela voudrait dire faire des concessions, se conformer à une demande. Je ne crois pas que je suis prêt à le faire.
Propos recueillis par Vincent Fifi Mars 1997
Dans l'atelier qu'il s'est aménagé sous le toit de sa maison de Lahage (Tintigny), Jean-Claude Lahure peaufine son œuvre. Le décor spatial est pratiquement terminé. Le fond sombre est constellé d'étoiles blanches, il reste maintenant à restituer au plus juste le jeu de lumières et d'ombres sur la peau des personnages, deux femmes dénudées qui se font face.
Jovial, volontiers bavard et rieurs, Jean-Claude Lahure n'a rien de l'artiste qui fuit le monde pour créer. Pour lui, l'art est avant tout un plaisir pour le créateur, mais aussi pour ceux qui l'entourent.